I.—LES RELIGIONS ET LES RACES
Après le culte voyons Télat de rinstrnction publique, chez les musulmans. On peut afflrmer^ sans crainte d être démenti^ que dans l'empire ottoman Tinstruction publique a toujours étc^ non pas seulement encourngée^ mais rendue en quelque sorte obligatoire. Ainsi tout musulman qui Veut fonder une mosquée ne peut le faire qu'à certaines conditions. En fondant une mosquée^ il faut y adjoindre une école ; si la mosquée est importante, une bibliothèque et des cuisines pour les pauvres. « Tout cela est aux frais du fondateur, qui doit affecter des terres ou d'autres propriétés pour l'entretien, la conservation, le service de ses fondations. Ainsi Ton compte dans Constantinople 480 écoles pour les filles et 300 |)Our les garçons musulmans, en tout 780. Tous les enfants musulmans, ou à peu près, apprennent donc au moins à lire, et s'ils ne poussent pas au delà leur éducation, ce n'est point à Tabsence des écoles qu'il faut attribuer la limite apportée à leur instruction.
C'est d'ailleurs un jour de fête pour la famille, pour les voisins, pour les étrangers même, que celui où un enfant turc est conduit pour la première fois à Técole, et cet acte se fait avec solennité. Les musulmans en font une occasion de récompense, d'honneur, de plaisir; c'est un des rares cas où les fidèles forment ime sorte de cortège, de procession. Ils y figurent dans leurs plus beaux habits et portent des fleurs et des branches chargées de fruits. Le gouvernement turc a fondé des écoles militaires, de médecine, d'agriculture, qui ne sont pas seulement gratuites, comme quelques-unes
des nôtres; les élèves sont payés : ils touchent un traitement qui augmente en raison de leur degré de savoir. Quelquefois ce traitement est fixé dès le principe à un taux assez élevé, à cause du rang de l'élèye, car dans toutes ces écoles, les fils des pachas, des bas-officiers ou des soldats sont indifféremment admis.
Le firman qui règle l'instruction publique est l'œuvre la plus libérale, la plus élevée dans ses vues et dans ses dispositions, et ne craint la comparaison avec aucun des programmes, aucune des lois qui existent pour l'instruction publique chez les nations européennes. C'est à Rechid-Pacha que la Turquie doit cette institution qui est susceptible d'un plus grand développement; c'est lui qui a également; fait établir les écoles pour les femmes, création profonde dans un pays où les mères ont une si grande influence, puisqu'elles sont souvent les seuls précepteurs de leurs enfants, qui restent dans le harem jusqu'à Tâge de dix a douze ans.
L'islamisme, on l'a vu par les preuves que nous avons apportées, n'est point persécuteur par essence. Propagé par la conquête, il ne rayonne pas pendant la paix par la seule force de ses doctrines, et n'a aucune tendance au prosélytisme spirituel; il n'a pas de missionnaires, et la propagande qu'il a faite dans quelques circonstances exceptionnelles a été toute politique. H
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procède aujourd'hui par exclusion et non par absorption^
au rebours du christianisme^ et en cela il s'est^ comme
le judaïsme^ condamné à l'immobilité. Sa grande faute
politique^ qui a été en même temps une conséquence
de son esprit religieux, est d'avoir établi la distinction
entre les croyants et les infidèles; mais ce caractère exclusif des musulmans, est-il un obstacle à leur
développement ? leur ferme-t-il l'accès des voies ouvertes par la civilisation moderne ? Les sociétés musul- mânes n'ont eu ju.«qu'ici> il est vrai, qu'une civilisation de reflet, comme les Arabes d'Espagne, et, sauf Fempire ottoman, les autres États musulmans sont tombés dans la corruption et la barbarie; mais la civilisation moderne, c'est-à-dire celle qui consiste dans le développement des ressources d'un pays, 1 amélioration de la condition des masses, le respect des pays faibles et leur garantie par l'équilibre européen ; cette civilisation peut certainement offrir aux Turcs de grandes chances d'avenir à la condition qu'ils imitent les Israélites qui ont su adopter toutes les aspirations des sociétés modernes, se plier à toutes leurs exigences, se conformer à toutes leurs lois, quand même ces aspirations, ces exigences et ces lois, étaient le résultat de l'introduction du christianisme dans le monde.
Peut-être la faiblesse croissante de l'islamisme et la force prc^ressive du christianisme auraient rendu le niahométisme persécuteur, pour pouvoir se défendre sans llntervention de l'Europe dans les affaires de l'Orient, intervention qui a pris des développements
considérables et qui est devenue désormais la sauvegarde de Tempire ottoman autant que des chrétiens euxmêmes. Toutefois, si la domination des sectateurs du Prophète sur le Bosphore a retardé en Orient les progrès de la religion du Christ, nous sommes convaincus, s'il faut dire toute notre pensée, que cette captivité de Babylone, subie sur leur propre sol par les diverses populations chrétiennes de FOrient, a été pour elle d'un profond et salutaire effet, et il n'y a pas de doute que le christianisme et le clergé grec tombés ensemble, grâce au schisme et à leur servilité envers le pouvoir temporel \ dans la plus profonde corruption, ne se soient régénérés dans le malheur. Aujourd'hui de nouvelles destinées apparaissent en Orient pour la Croix : les vieilles églises cachées dans d'obscurs quartiers, avec leurs portes basses et humbles où il faut se courber pour entrer, leurs voûtes sombres, leurs nefs étroites qui ne peuvent plus contenir une population croissante obligée d'entendre la messe assise sur les pierres des tombes qui entourent l'église, ces églises seront peu à peu remplacées par de glorieux temples, et rien désormais ne pourra plus arrêter la marche du christianisme au point de vue spirituel. Mais comme élément de société politique, il ne faut pas s'attendre à le voin malgré l'égalité qu'il va conquérir, triompher du culte
i AncîlloQ a fait ressortir avec beaucoup de force les causes qui ont contribué à rendre la papauté indépendante et avec elle le calbolicisme, et celles qui uni concouru à ras^ervisseuieni du clergé grec de Con&taniinople.