I.— LES RELIGIONS ET LES RACES
dominant aujourd'hui. Il rencontrera comme obstacle la défense faite aux enfants du Prophète de prêter Toreille aux sublimes séductions de la parole du Christ^ leur immobilité continue au sein des vertus naturelles que prêche le Coran et qu'il fait souvent fleurir; les liens par lesquels cette éloquente, étrange, et quelquefois grossière compilation de TAncien et du Nouveau Testament enchaîne les populations musulmanes. Cette immobilité peut durer longtemps si la prédication du christianisme est interdire au sein de ces populations, et le gouvernement ottoman en a le droit. Quand même elle ne le serait pas, elle ne ferait probablement pas beaucoup de prosélytes ; j'ai vu en Orient bien peu de musulmans convertis; les femmes passent plus aisément de rislamisme à TËvangile, parce que leur pre* mière religion est la religion du cœur, surtout quand elles n'ont qu'une éducation bornée; c'est ce qui s'est vu parmi celles qui devenaient les prisonnières et les femmes des Grecs pendant la guerre de l'insurrection, et qui se faisaient remarquer par leur beauté, leur douceur, leur fidélité et leur grand air.
Quoi qu'il en soii, l'édit du sultan ou plutôt une communication faite par le ministre des affaires étrangères de Turquie aux ambassadeurs de France et d'Angleterre, quelque temps avant la paix, semble autoriser le passage de l'islamisme au christianisme. Jusqu'ici c'était un crime puni de mort, même quand un chrétien devenu musulman, et il y en a un très-grand nombre dans ce cas, était ramené par le repentir dans la
foi de ses pères. Aujourd'hui^ ces cbangements de religion^ ces retours à la foi primitiTe, n'auraient plus le même danger^ au moins dans les grandes villes où il y a beaucoup d'Européens, et là où les populations chrétiennes sont nombreuses. Le supplice de l'Arménien Ovaghim, décapité en 18i2 dans une rue de Constantinople^ pour avoir abjuré Tislamisme et être rentré dans le giron de TÉglise de ses pères, ne se reproduirait plus; le sang de ce martyr a racheté sa faute et ouyert la voie aux conversions/utures.
Un fait cité par l'historien Cantimir prouve que lors même de la plus grande puissance des sultans, et du plus grand éclat de l'islamisme, il s'était rencontré un homme de loi musulman qui, non content de trouver l'Évangile préférable au Coran, avait voulu faire partager sa conviction à ses coreligionnaires, et faire du prosélytisme par la parole, chose extrêmement rare en Turquie, a En 1 527, dit Cantimir, pendant le règne de Soliman le Législateur, il y avait à Constantinople un savant de premier ordre versé dans la loi et dans k^ autres sciences, nommé Cabyzi-Ajmé, qui soutenait hautement que la religion chrétienne était mieux fondée que la mahométane. Il ne cachait point sur cela ses sentiments: il parlait du même ton, soit dans les écoles privées, soit dans les mosquées, et il faisait son possible pour le persuader au peuple ; c'était un scandale pour le commun peuple, aussi bien que pour les gens de loi^ qui n'écoutaient qu'avec peine ses discoui-s, dont ils ne croyaient pas qu'un homme de son savoir fut capable.