I.— LES RELIGIONS ET LES RACES
de science théologique et d'éloquence. Va-t-elle maintenant entrer dans Tarène? Si elle le fait^ elle y apportera de grands éléments de succès, et^ il faut le dire^ d'agitation; car il ne faut pas craindre de le reconnaître, si nous avons enlevé à la Russie des forces matérielles, nous lui en avons donné, ou au moins indiqué, de morales, et l'empereur Alexandre semble ravoir compris avec une grandeur d'âme et une élévation de vues qui font du nouveau tzar de toutes les Russies un personnage qui ne nous parait nullement inférieur à ses deux grands prédécesseurs. Hais toutes ces issues ouvertes en Orient aux flots de la lumière chrétienne ou philosophique ne laisseront-elles pas entrer des idées perturbatrices, et cet empire qu'on a défendu par l'épée pourra-t-il être garanti contre la lance invisible dont le Christ sait armer ceux qu'il veut rendre vainqueurs? Et le gouvernement turc ne cherchera-t-il pas à se défendre, n'aura-t-il pas le droit de se garantir contre les dangers même de la vérité? Cette question, je ne la pose pas aux chrétiens^ je la pose aux hommes d'État, et je ne crains pas de la dire aux hommes d'ordre. Je ne l'ai pas caché, je ne suis pas partisan des missions protestantes en Orient, parce que je leur crois peu d'avenir, peu de chances de succès, mais je suis aussi partisan de la liberté et de l'égalité pour toutes les consciences et pour tous les cultes; je ne ferme ni mes yeux ni mon cœur à ce qu'il peut y avoir de grand et de louchant dans les missions des protestants^ et tout catholique que
je suis, je me sens remué et je partage^ l'émoUoD de Wesley quand il raconte combien il fut ému en voyant les larmes couler des yeux jusqu'alors secs, et tracer de blancs sillons sur les faces noircies des mineure, qui sortaient pour l'écouler de leurs sombres houillères où jamais la parole divine n'était venue frapper leurs oreilles endurcies. Béni soit celui qui sait faire jaillir l'eau vive du cœur de l'homme, au nom d'un Dieu de paix, quel que soit le culte qu'il professe ! Mais cependant il ne serait pas juste de confondre les missions latines avec les missions protestantes, a Les missionnaires catholiques, écrivions-nous il y a bientôt douze ans (le Correspondant dn 25 octobre i846),évangélisent des populations rattaciiées au saintsiége. Us ne sont établis que dans les centres où ces populations existent. Ils se trouvent chez les Maronites, les Grecs unis, les Chaldéens, les Syriens, etc. Leur premier but est surtout de cultiver la foi, là où elle est plantée; et d'ailleurs, les chrétiens qu'ils ramènent à l'unité de l'Eglise n'en sont séparés que par une faible barrière. Au contraire, les missionnaires protestants s'implantent au milieu de populations dont ils ne partagent pas les croyances ; il leur suffit que
ces populations soient séparées de l'Église romaine pour s'adresser à elles, pour prêcher la haine et le mépris
contre les catholiques ; aussi les conversions des missionnaires protestants sont*elles nulles *.
I Évidemment, elles ont maifUenant un peu plus d*exteDsioii, au reste, ce boot des tentatives d'un esprit occidental étroit, injuste envers le passé et la nature de TOrient, qu'il ne coanatt pas.