I.— LES RELIGIONS ET LES RACES
\'ent encore tenir longtemps le sceptre que la conquête leur a livré. En i825, auvioment du sanglant conflit entre les Grecs insurgés et les Turcs, un écrivain anglais, très-connu comme archéologue, et qui a publié sur la révolution grecque un petit volume qui est, à mon avis, un excellent morceau d'histoire, le colonel Leake, disait : « La lutte actuelle entre les Turcs et leurs anciens sujets en Grèce est probablement le commencement d'un nouveau changement dans cette prépondérance qui a alterné entre l'Europe sud-orientale et l'Asie occidentale depuis les premières annales de rhistoire.
« Par la victorieuse résistance des Grecs à la grande inyasion orientale de ce pays, sous Darius et Xerxès, le peuple envahi s'éleva au plus haut degré de gloire, de civilisation et de jouissance intellectuelle qu'il fût peutêtre permis d'atteindre à une nation qui était privée de la lumière de la religion révélée, et de tous les perfectionnements modernes de la science. Par leur supériorité dans l'art de la guerre ils furent bientôt à même, non-seulement d^attaquer leurs envahisseurs, mais de porter leurs armes victorieuses jusque dans le cœur de l'Asie. De cette hauteur, ils déclinèrent graduellement et inévitablement comme le soleil descend du méridien, jusqu'à ce que ayant d'abord perdu l'esprit guenîer qui leur était propre et leur habileté, puis la discipline militaire qu'ils avaient apprise au service de leurs conquérants romains, ils devinrent hors d'état de résister à la féroce valeur d'un peuple d'Asie inspiré par le zèle
religieux, et guidé par l'énergie des premiers sultans ottomans, et tombèrent enQy sous les attaques des barbares asiatiques, dix-neuf siècles après la première invasion. La situation dans laquelle les deux peuples ont été placés pendant les quatre derniers siècles a maintenant produit une nouvelle révolution. Tandis que le luxe, emprunté principalement aux peuples conquis, ajoutait aux eOèts du déclin général de Tenthousiasme musulman, et amenait la dégénérescence des maîtres asiatiques de la Grèce, leurs sujets se sont tellement améliorés par Tadversité et par les lumières que le christianisme leur a communiquées, que leurs conquérants sont encore une fois menacés d'être expulsés de l'Europe. » Ce tableau et les conséquences qu'en tirait Leake étaient vrais en 48*25 et quelques-unes de ses prévisions se sont réalisées. A l'époque de Tinsurrection grecque, l'Europe ne connaissait que les Hellènes, et plus d'un Valaque, d'un Serbe et d'un Bulgare contribua au succès et à la gloire des Grecs. Combien peu de personnes savent que Colettis était né à Mezzovo sur le Pinde, dans un gros bourg entièrement habité par des Yalaques ( Koutzovlachi ) , qui parlent le roumain. Mais tous ces chrétiens se présentaient à l'Europe sous la dénomination d'Hellènes ou plutôt de Grecs. (Nous avions et avons encore l'habitude d'appeler grec tout chrétien d'Orient.) D'ailleurs, à cette époque, les différentes nationalités chrétiennes de l'Orient n'avaient pas encore senti leurs forces, et ne se rendaient pas bien compte de leurs aspirations. On peut en