‹ Chrétiens et TurcsChapitre 22 sur 119 · I.— LES RELIGIONS ET LES RACES · texte numérisé non relu

I.— LES RELIGIONS ET LES RACES

excepter les Valaques qui, dès 18^1, se soulevaient pour expulser de leur sol les Grecs et les Hétairistes qui y avaient cependant d'assez profondes racines. Ce fut un mouvement national d'autant plus remarquable qu'il était antirusse et qu'il favorisait la puissance turque^ contre laquelle l'opinion européenne presque tout entière s'était alors prononcée. L'engouement pour les Hellènes était si grand à l'époque de l'insurrection, et la haine des musulmans si répandue parmi les populations chrétiennes, que s'il se fût trouvé un homme de génie parmi les chrétiens; si par exemple Alexandre Ypsilanti, eût été un homme éminent, c'en était peut-être fait de l'empire ottomane Mais il eût fallu que cet homme de génie eût quelque chose du génie de Washington, et qu'il comprit que la forme fédérative était la seule qui convint aux diverses nationalités chrétiennes de l'Orient, et même à diverses fractions d'une même nationalité. Toutes ces nationalités ayant un régime municipal parfaitement établi et qui sufQt à leur vie et à leur progrès intérieur, il faudrait pour les réunir des liens politiques aussi peu nombreux que possible, et qui n'entravassent en rien leur Ubre et propre développement. Tout concourait alors à soulever la masse des chrétiens de l'Orient, c'est-à-dire les Grecs, les Bulgares, les Serbes, les Valaques de Macédoine, contre les Turcs : les souvenirs de l'ancienne Grèce, l'inspiration classique aussi bien que l'inspiration chrétienne. Le Bulgare

* Voir k l'ÂppeDdice la note sur la famille Ypsilanii.

etie Serbe lettré se persuadaient aisément qu'ils étaient des descendants de Tbémistocle et d'Aristide. On chantait les hymnes de Riga^ et en même temps Colocotroni, réfugié dans une humble chapelle déserte de la Vierge^ s'écriait : « Sainte mère de Dieu, abandonnerez-vous les Chrétiens?» Pendant que les lettrés s'exaltaient aux accents de lord Byron :

He Yiïio hath bent bim o*er the dead Ere tbe iirst day of death is fled

Clime of Ibe unforgolten brave

Les plus humbles chrétiens répétaient avec un enthousiasme profond un hymne appris par eux dès l'enfance et composé par le poète couronné, l'empereur Lascaris :

Louons la mère de Notre Seigneur la toute pure. Exaltons la Vierge qui a donné naissance au Verbe. Elle plane audessus des brillantes phalanges des chérubins et des séraphins.

Honorons par nos hymnes la maîtresse du monde.

Depuis les temps de l'insurrection grecque les choses ont bien changé, et les diverses nationalités chrétiennes se sont développées séparément et avec une vie propre; cela est heureux pour ces populations qui ont gardé leur langue, leur originalité et les traditions de leur origine, mais il est évident qu'un pareil état de choses est infiniment moins à redouter pour les Turcs que Tunion qui fut un moment possible entre les diverses familles chrétiennes qui habitent le sol qu'ils ont conquis. Il n'est pas aisé avec des Bulgares, des Grecs, des

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