I.— LES RELIGIONS ET LES RACES
quête des différentes provinces a été accompagnée ou suivie de concessions, de capitulations, de privilèges, que le sabre n*a pas été Tunique instrument des triomphes des Ottomans, et que, si ces concessions avaient été observées, la condition des chrétiens ne serait point digne de pitié comme elle Ta été et Test encore dans plu* sieurs localités. Il y a, au contraire, des points de l'empire où la modération et le respect du gouvernement ottoman pour les privilèges des chrétiens éclatent d'une manière qui mérite l'attention et l'approbation.
Il y a, en Épire, à Textrémilé de la chaîne du Pinde, un district appelé Zagori, qui veut dire en slave au delà de la montagne, et qui se compose de quarantequatre villages contenant environ 30,000 habitants qui cachent^ en effet, leur indépendance, leur paix et leur bonheur dans les vallées profondes du célèbre mont. Tous ces vilUges sont habités par des Grecs qui parlent une langue beaucoup plus pure que dans la plaine, bien que les invasions slaves aient laissé leur trace dans toute cette contrée par les noms que portent encore les lieux mêmes. Chaque village a son ancien, son maire, et ces quarante-quatre anciens se réunissent tous les six mois iM)ur nommer un représentant de tous les villages qui se rend à Janina, chef-lieu de la province où réside le pacha. Ce représentant, qui est en même temps le président de Zagori, est reconnu officiellement par le pacha. Il a le nom de 7rpos(r7bç (proestos). 11 est le défenseur des intérêts de son district et réunit tous les pouvoirs. 11 juge, il administre, il condamne ses
compatriotes qui ne sont dispensés de paraître de- Tant son tribunal (siriffraoïa)^ que lorsque la contestalion est mixte , c'est-à-dire lorsqu'un musulman est aussi en cause; dans ce cas, raffaire est portée devaut le cadi. A une époque où le despotisme le moins contenu régnait en Épire^ sous le fameux Ali-Pacha de Tépelen, le (icpotortx;) maire de Zagori^ était un person* nage nommé Alexis Noutzos, admis dans la familiarité du vizir et montant à chcTal à la suite de ses grands officiers et des premiers l)eys de l'Albanie. Les villages de Zagori s'imposent eux-mêmes. Chaque village aune école et chaque école un maître de français, qui bien souvent n'a appris la langue que dans les livres^ mais tous y ont puisé Tadmiration de nos écrivains et de notre histoire. L'un d'eux^ pendant que j'étais à Janina, m'écrivait pour me demander des journaux de la c lumineuse France. » Quoi qu'on fasse, nous passerons toujours en Orient pour tenir le flambeau de la civili* sation.
Placée à côté des Bulgares, des Grecs et des Albanais^ mais non pas mêlée à eux, se trouve une population de près d'un million d'habitants qui parle le roumain mélangé de quelques mots turcs, et qui est désignée sous le nom de Coutzo Vlachi, littéralement Valaques boiteux. Ce sont les Yalaques Macédoniens. Nous allons tâcher de donner une idée de l'origine et de l'histoire de ces Yalaques.
L'empereur Aurélien voyant que la Dacie de Trajan (les Principautés, la Transylvanie et le banat de Ternes-