I.— LES RELIGIONS ET LES RACES
jour. Les Serbes n'ont pas seulement le sentiment de leur indépendance comme race» ils ont Tambition de dominer un jour les Bulgares et les Bosniaques, elles Grecs rencontreraient chez eux la plus terrible résistance s'ils cherchaient à établir leur domination sur des contrées dont Belgrade se considère-déjà comme la future capitale.
Si de la Turquie d'Europe nous passons en Asie, nous y yerrons des races, des religions diverses, des nationalités profondément divisées les unes des autres. Les Arméniens, les Nestoriens, les Maronites, les Druses, les Métaoulis, etc. L'empire ottoman est une agglomération de races diverses dominées par une race conquérante. Cette agglomération peut devenir, entre les mains d'hommes d'Etat vraiment dignesde ce nom, une confédération de races sans distinction de conquérants et de conquis, de chrétiens et de musulmans placés sous un sceptre unique, intelligent, paternel. Ces iraces se jalousent entre elles, se repoussent, n'ont pas oublié dans la servitude commune les luttes sanglantes qu'elles se sont livrées avant leur asservissement. Elles ne veulent point accepter la domination Tune de l'autre. Les Bulgares, les Serbes, les Bosniaques sont Slaves et préfèrent pour les gouverner, à défaut d'un des leurs, un Osmanli à un Grec, à un Arménien, à un Roumain.
Le3 Roumains ne veulent point de Grecs à leur têle. Les Arméniens sont presque des Turcs chrétiens. Us sont, de toutes les races chrétiennes, celle qui se rapproche le plus des Ottomans dont ils apprennent faci« lement la langue t et dont ils ont la gravité, au moins apparente. Les populations chrétiennes de rAsie> qu^ nous avons déjà nommées, les Nestoriens, les Maronites, les Syriens, les Chaldéens, les Jacobites, différents par la communion, mais non pas toujours par la race, ne voudraient pas être gouvernées par des chrétiens d'une autre nationalité. La Porte Ottomane pourrait donc, et elle le devrait, si elle entend appliquer le dernier édit du sultan d'une façon sincère, flaire gouverner chacune des races par des autorités prises dans leur propre sein, et en opérer autant que possible la séparation, ainsi que cela s'est pratiqué dans le Liban, à la grande satisfaction des Maronites^ qui n'ont commencé à respirer que lorsque le principe de la séparation des races a été adopté et mis à exécution aussi complètement que l'enchevêtrement des populations le permettait. Un clergé indigène, des autorités inférieures indigènes, devront désormais administrer les diverses races chétiennes de
i Les Ârméoiens, toui en se servaol du turc avec le peuple coaquérant ou les autres races conquises, ont conservé Tusage et la culture de leur langue. Ils lisent les ouvrages turcs écrits en caractères arméniens et ils ont à Constantinople dea jooruoz rédigés et imprimés en arménien. J'ai vu Vllittoire romaine et d'Angleterre de Goldsmitb, et les Nuits d*Young traduites en turc et imprimées en caractères arméniens, plus aisés à lire que les caractères turcs.