‹ Chrétiens et TurcsChapitre 52 sur 119 · III.— LES TURCS EN VALACHIE. S · texte numérisé non relu

III.— LES TURCS EN VALACHIE. S

raient même au besoin^ pour occuper et affaiblir la Porte par des troubles continuels. Si les motifs d'inquiétude et do crainte ne manquaient pas au gouvernement ottoman, on était loin d'apercevoir encora les moyens de faire face à cette crise, lorsque la Porte reçut de l'Angleterre le conseil de prendre énergiquement l'offensive. Décidé par cette démarche du caMnet britanni(|ue, le divan désigna les réserves de la Roumélie pour entrer en Bosnie, soumettre cette province et y introduire le tanzimat. Omer-Pacha fut nommé commandant en chef de l'expédition.

On connaît peu en Occident la vie aventureuse dOmer-Pacha. Uicbel Littas (c'était son nom parmi les chrétiens) est né au commencement du siècle dans le royaume d'iUyrie. Comme plusieurs de ses compa- Irioles, et notamment le trop fameux Djezzar, pacha de Saint-Jean-d'Acre, il fut obligé, dans sa première jeu- Des8e,de quitter son pays et de s'enfuir en Turquie pour échapper à la rigueur des lois militaires. Uâlons-nous de dire que Latlas n'était coupable qu'envers la discipline. Il tut d'abord soumis aux plus rudes épreuves, et dut même contre la misère recourir à des travaux manuels; mais il embrassa de bonne heure l'islamisme comme le seul moyen, à cette époque, de faire disparaître en Turquie les obstacles qui gênaient l'essor de

son ambition, ou simplement les progrès d'one carrière qui s'annonçait alors comme bien modeste^ car il est douteux que ie petit officier fugitif ou le Croate devenu musulman se soit vu à cette époque, même dans ses rêves les plus audacieux, généralissime de Tarmée ottomane et Pobjel des plus hautes distinctions de la part des souverains de l'Europe. Michel Lattas appartenait à une famille obscure, et son éducation n'avait pu être achevée ; il est surtout probable que renseignement religieux avait laissé des traces peu profondes dans son âme. Je ne chercherai pas à le justifier, mais la facilité avec laquelle j'ai vu en 18^9 les débris de l'insurrection magyare, des Croates, des Polonais, des Hongrois, abandonner la noble et antique religion de leurs pères, le signe sacré des croisades, avec lequel Icurb ancêtres avaient si souvent vaincu, pour embrasser rislamisme, a dû m'inspirer des réflexions moins sévères, sans effleurer mes croyances.

Le fameux comte de Bonneval disait : c On se casse la tête en Europe pour savoir pourquoi je me suis fait musulman. Mon Dieu, c'est uniquement pour aller en robe de chambre et en pantoufles toute la journée, i Michel Lattas, qui n'était pas né comte et qui devait se créer une position à force de travail, ne pouvait pas imiter le célèbre renégat français; il entra dans l'armée turque, eut des commencements lents, difficiles^ se» mes d'incidents curieux, et parvint, par son propre mérite et de grade en grade , aux plus hautes dignités de l'armée ottomane. Ses premières études dans une

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