‹ Chrétiens et TurcsChapitre 53 sur 119 · III.— LES TURCS EN VALACHIE · texte numérisé non relu

III.— LES TURCS EN VALACHIE

école militaire européenne lui furent d'une grande utilité^ et le placèrent tout de suite dans une situation de supériorité réelle à Tégard de ses nouveaux coreligionnaires. Aussi le prince Schwarzemberg^ ce brillant homme du monde dont les révolutions avaient fait un grand ministre en quelques mois, était-il plus spirituel que juste, lorsqu'il disait en 4850 à Fauteur de ces souvenirs, en parlant d'Omer-Pacha : « Vous en faites trop de cas; c'est un Croate, et c'est tout dire ; nous avons deux mille capitaines de cette force-là dans l'armée autrichienne. »

Ce fut en Syrie, où il était commandant militaire du Liban en i%A% qu'Omer-Pacha commença à se faire connaître et apprécier du gouvernement turc et de l'Europe. H déploya dans les difficiles fonctions qui lui furent confiées une fermeté quelquefois cruelle, mais le plus souvent juste, et se rendit si populaire, que les Maronites le souhaitèrent un moment pour chef de la montagne. Lui-même dit volontiers que si la Porte l'eût fait prince du Liban, elle eût comblé les vœux des Druses comme des Maronites. Déjà il se laissait tromper par les mirages de l'ambition : on le verra plus tard sourire à l'idée d'une autre principauté ; la gloire s'habitue volontiers à regarder la domination comme la seule récompense digne d'elle. Dès cette époque, l'Oriental avait chez Omer-Pacba remplacé petit à petit l'Européen. Seulement c'était un Turc discutant en allemand ou en italien avec les consuls étrangers à Beyrouth et gardant toute la netteté de l'intelligence

occidentale. D'ailleurs il réunissait déjà ce mélange de ruse et de violence qui est le trait caractéristique des Orientaui. On peut en juger par le tait suivant^ que je tiens de lui-même. Il était à Deir-el-Kamar^ cette citadelle naturelle du Liban, dans le palais mauresque et féodal de Betteddin, où H. de Lamartine a tu l'émir Béchir dans les derniers jours de sa splendeur. 11 venait de recevoir du gouverneur général de la province Tordre dVréter un des cheiks druses les plus dangereux, lorsqu*on annonça le cheik druse lui-même, qui venait lui rendre visite. Le cheik est introduit et prend place sur le divan, à côté du commandant militaire. Après les compliments d'usage, Omer-Bey (c^était alors sa qualité) est obligé de quitter le divan où il était assis et de passer dans une autre p èce. Son absence ne dure que quelques minutes, mais à son retour il est frappé du changement qu'a subi la physionomie du cheik druse ; il le trouve préoccupé, sombre; un coup d*œil rapide Ta bientôt instruit de la cause de rémotion de son hôte. Il s'aperçoit qu*il a eu Timprudence de laisser sur la place vide, entre le clieik druse et celle qu'il occupait lui-même. Tordre d'arrestation à moitié ouvert. Le cheik, poussé d'abord sans doute par une simple curiosité (dans le Liban, on ne se pique pas d'être discret), avait ensuite lu avec un avide empressement cette (lièce, qui était pour lui d'un intérêt si grave, et n'avait pu cacher son émotion avant la rentrée d'Omer-Bey. Celui-ci ne se trou* ble pas. Tout en entretenant le cheik avec une

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