‹ Chrétiens et TurcsChapitre 59 sur 119 · III.—LES TURCS EN VALACHIE · texte numérisé non relu

III.—LES TURCS EN VALACHIE

mérite^ quMl ne croyait dû qu'au bonheur^ mais ce bonheur avait été égalé par son activité. La calme franchise de son langage étonnait beaucoup ceux qui croyaient que les Russes tiennent leurs pensées prisonnières, et qui ne savent pas que la plus grande liberté anime et relève souvent leurs conversations. D'ailleurs, à l'époque dont nous parlons^ les Russes se croyaient parvenus à un tel degré de supériorité^ qu'ils ne pensaiem plus avoir à garder d'autres ménagements que ceux commandés par la politesse ou le respect des cou* venances. Parlant de la Transylvanie et de la campagne qu'il y avait faite^ le général Lûders disait : « Il règne entre les Autrichiens et les Hongrois une haine profonde, et ces derniers sont également détestés par toutes les races qui couTrent le territoire de la Hongrie^ Saxons, Serbes, Croates, Vaiaques. Ceux-ci surtout sont à l'état de parias, et forment en Transyl* vanie la population la plus malheureuse ; ce sont eux qui ont, dès le commencement de l'insurrection, soutenu l'armée auH*ichienne, et les Russes ont eu beaucoup à se louer de leur concours pour les approvisionnements. Dès le principe, leur union avec les Hongrois aurait probablement donné une autre tournure à l'insurrection. 'Sans les provisions que j'ai trouvées dans les principautés et sans Yanco, le chef des Valaques de Transylvanie, je n'aurais pu réussir. Aussi, parmi les correspondances que j'ai interceptées, ai-je trouvé des lettres de Kossuth à Yanco, dans lesquelles il disait que les Hongrois se repentaient d'avoir méconnu les droits

de leurs frères valaques^ et qu'en cas de succès ceux-ci pourraient compter sur toutes les concessions qu'ils demanderaient. Les Valaqiies, ajoutait le général Lùders, sont très-dignes dlntérèt^ et j'ai adressé en leur faveur un mémoire à l'empereur, qui m'a répondu qu'il ne pouvait pas intervenir en pareille matière, mais qu'il avait transmis le mémoire à la cour de Vienne. L'Autriche sera obligée de donner aux Valaques des droits égaux à ceux des autres nationalités; mais ils sont dans un abaissement complet. »

Le général Lûders n'était pas le seul à s'exprimer avec oette franchise : un autre général russe trouvait que la facilité avec laquelle l'armée d'intervention avait vaincu diminuait infiniment Timportance du triomphe. Le général Dannenberg était un homme d'une grande instruction, d'une conversation pleine d'attrait, et du commerce le plus agréable et le plus doux. Son langage, avec les formes les plus réservées, était dans le fond d'une hardiesse qui se plaisait à aborder les questions de philosophie ou de religion les plus délicates. Il n'occupait pas à cette époque le rang dû à ses services et à son mérite, et il passait pour avoir encouru la disgrâce de Fempereur Nicolas; mais rien dans son langage ou dans son attitude ne sentait l'aigreur, et son mécontentement ne se devinait qu'à une tristesse douce et à la fine ironie qui était un des attraits de sa conversation. Quant au général Niépokoëtchinski, il était entré comme capitaine en 1848 en Valachie ; ses talents oonmie officier d'état-nuyor lui avaient valu un rapide

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