‹ Chrétiens et TurcsChapitre 60 sur 119 · III.-LES TURCS EN VALACHIE · texte numérisé non relu

III.-LES TURCS EN VALACHIE

aTanoement^ et il avait été fait général à la mort de Skariatin^ tué près de Gronstadt.

A cette date, Fuad-Effendi était parti pour Gonstantinople, où il allait remplir les (onctions de conseiller du grand yizir, qui équivalent à celles de ministre de Tintérieur ; il quitta les Principautés après avoir grandi en influence, mais il avait perdu ce charme qui attirait et commandait la confiance, et qui avait dispam avec les espérances qu'il avait fait naître et les bon* neurs dont il avait été comblé. Il fut remplacé par Achmet-Vefyck-Effendi, Tun des bommes les plus distingués et Tun des esprits les plus fermes que nous ayons rencontrés. Le muchir de Roumélie quitta la Valacbie peu de temps après Fuad-Effendi pour se rendre à Gonslantinople, où il était appelé et où on devait lui confier le commandement de Tarmée destinée à opérer en Bulgarie et en Bosnie. La situation de ces deux provinces appelait la plus sérieuse attention de la Porte Ottomane.

Dans les premiers jours d'avril 1880, le nouYeau commandant en chef reçut Tordre de se rendre a Conslantinople pour être investi de ses pouvoirs et en même temps donner son opinion sur la manière d'opérer en Botnie. Omer-Pacba, comme nous l'avons dit, quitta son poste de Bucharest vers la fin du même mois, fut

reçu le 3 mai par le sultan de la façon la plus bienyeillanie, et obtint pour ses services rendus en Valachie une gratification de 1,000 bourses (125,000 fr.). On lui enjoignit de s'entendre avec le ministère de la guerre pour prendre connaissance de l'état de la Bosnie et se concerter sur les détails de l'expédition; mais, ainsi qu'il arrive ordinairement en Turquie, Omer-Pacha rencontra dans le ministère de nombreux ennemis, malgré la baute protection dont Thonoraient le sultan lui-même et son premier ministre Rechid-Pacha. On ne pouvait pardonner au renégat son mérite personnel et surtout la confiance qu'il avait inspirée à son souverain comme homme de guerre. On cbercha à le contrarier de toutes les manières, on rejeta ses plans comme ne répondant pas au but de l'expédition, et on voulut l'amener à en suivre d'autres. Toutes ces contrariétés décidèrent Omer-Pacha à demander au sultan une audience particulière, dans laquelle il lui déclara que les conjonctures au milieu desquelles il se trouvait Tobligeaient à se démettre du commandement. Le sultan, qui avait à cœur le rétablissement de son autorité en Bosnie, calma le général, lui conseilla d'adopter les plans du ministère, et de choisir quelques bons officiers hongrois et polonais pour former son état-m^or. Omer-Pacha put en même temps espérer qu'on le laisserait par la suite libre d'agir d'après ses propres inspirations.

On a beaucoup parlé des abus que crée le despotisme ministériel dans un gouvernement parlementaire ;

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mais ce despotisme devient une monstruosité sous une monarchie absolue comme celle des sultans. Au moins, sous le gouvernement parlementaire^ les ministres portent le poids de la responsabilité et peuvent être attaqués par droit de légitime défense; mais quand la souveraineté réside tout entière^ soit par la force des traditions, soit par le vœu des peuples^ dans la main du monarque^ toute sécurité disparaît^ s'il n'est pas la fontaine de grâce et de justice même contre les instruments de son propre pouvoir.

Omer-Pacha se soumit à la nécessité^ adouci par les paroles flatteuses du sultan^ Tun des hommes dont les manières ont le plus de grandeur simple et de grftce souveraine. Il consentit à suivre les plans qu'on lui proposait^ et quitta Constantioople le 10 mai 1850, accompagné de trente officiers polonais et hongrois, mais sans connaître même les forces placées sous son commandement. Après s'être rendu d'abord à Monastir, siège de son pachalick militaire, et y avoir réglé ses affaires particulières, il partit pour Pristina, où, d'après les avis du ministère de la guerre, il devait trouver son corps d'armée concentré. Chemin faisant, il recueillit quelques données sur les bataillons qui l'attendaient, et, arrivé à Pristina, il sut à quoi s'en tenir sur la force de ces troupes et sur l'état où elles se trouvaient. Onze bataillons d'infanterie formant un effectif de huit mille deux cents hommes, deux régiments de cavalerie, huit canons de différents calibres et deux cent cinquante

artilleurs, en tout environ dix mille hommes, tel était

Teffectif réuni à Pristina. En Bosnie^ Omer-Pacha de- Tait tronrer encore quatre mille hommes, ce qui porterait son armée à quatorze mille hommes^ atec lesquels il devait occuper cette protince.

Ces forces lui semblèrent insuffisantes. Les munitions étaient en abondance : Tinfanterie était assez bien équipée, Partillerie également ; mais la catalerie était presque hors d*état de servir. Sur ces entrefaites, Tahir- Pacha était mort le 11 mai 18S1, — naturellement, disent les uns, — de colère et de rage, disent les autres, — de poison, prétendent les mieux informés. On doit dire cependant que ce genre d^exécution est beaucoup moins à la mode maintenant en Orient On y assassine bien quelquefois, mais les meurtres officiels y sont devenus rares. Quoi qu'il en soit, la Bosnie se trouvait sans gouverneur. Les pachas indigènes et les beys voulurent mettre à profit cette circonstance pour maintenir Tancien état de choses.' Les plus résolus d'entre eux, Fazli et Mahmoud-Pacha, sollicitèrent de nouveau la place de gouverneur. Les beys les pluspuis* sants appuyèrent ces deux candidats, afin de mieox garder par la suite leur inQuence dans le pays. Tout en excitant sous main les chefs insurgés (Méhémed-Riditch et Ali*Keditch),ils ne doutaient nullement du maintien de l'ancien système. Telle était la situation de la province où Omer-Pacha allait avoir à exercer les fonctions de commandant militaire.

Omer-Pacha ne connaissait pas encore ses troupes, i l'exception de deux bataillons; il avait sous ses ordres

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des régiments dont il ne savait que le nom, et qu'il n*ayait jamais commandés en personne. Il chercha à les connaître en ayançant lentement. Il fit bientôt la triste expérience que ces soldais avaient été négligés et commandés jusqu'alors par des officiers incapables et surtout peu habitués à la discipline. Le corps d'officiers supérieurs était composé d'hommes qui dans un conseil de guerre osèrent prétendre qu'il « ne fallait pas prendre au sérieux l'ordre du sultan de transformer tous les habitants des provinces en giaours, que Dieu et le prophète ne favoriseraient pas une pareille entreprise, que les Bosniaques étaient très-belliqueux, et qu'il y avait peu d'espérance de voir une fin glorieuse à la lutte qu'on allait tenter. » Comment compter, avec de pareils officiers, sur le succès d'une expédition ? Mais Omer-Pacha arrêta ses plans de manière à laisser dans l'inaction, lors des rencontres importantes, ceux des officiers supérieurs qui lui paraissaient le plus suspects, et il chercha à gagner les soldats et les sous-officiers en leur parlant d'avancement et de butin.

Avant d'arriver à la frontière de la Bosnie, Omer- Pacha accueillit avec une satisfaction dédaigneuse les hommages des beys bosniaques venus à sa rencontre pour le recevoir et le complimenter, d'après un ancien usage, en sa qualité de haut fonctionnaire de la Porte. Cette cérémonie rappelle encore les vieilles mœurs de rOrient. Les génuflexions, le baisement des pieds et des robes, les protestations de la plus complète soumission aux ordres de la Porte, présentent un spectacle intéres-

sant pour qui sait y discerner ce mélange de politesse et d'humilité, de dissimulation et de dignité qui compose le caractère oriental. Omer-Pacha, né et élevé parmi les Croates, qui d'ailleurs était allié par le sang et le caractère à la race serbe et illyrienDe, ne tarda pas à pénétrer les intentions de ces chefs et à découvrir les diverses nuances de chaque parti. 11 donna en secret des espérances à chacun d'eux, et, comptant par ce moyen se rendre la lâche facile, il employa largement la corruption, fit aux uns des promesses d'emplois lucratifs, laissa entrevoir aux autres les biens de l'Etat conune pouvant bientôt leur appartenir. A Taide de ces artifices, dont l'usage n'a pas été moins fréquent en Occident qu'en Orient, il forma un réseau d'espions, et en arrivant à léni-Bazar le 13 juin 1850, il était déjà au courant de tout ce qui se passait non-seulement en Bosnie, mais encore dans les provinces voisines, notamment en Bulgarie, où il s'attendait d*un moment à l'autre à faire une excursion.. Dès son arrivée, tous les pachas civils, beys, mussélimset cadis, tous les principaux employés et prêtres des provinces de Bosnie et d'Herzégovine furent invités à se rendre à Serajevo, capitale de la Bosnie, pour y former une assemblée, y apprendre les volontés de la Sublime Porte et se concerter sur les moyens de les mettre a exécution. En même temps le commandant des troupes concentrées à Serajevo avait reçu Tordre secret d'obliger tous les membres de l'assemblée qui avait été convoquée à occuper des tentes dans l'intérieur du camp

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même, et de les tenir sous la surveillance militaire. Omer-Pacha n'avait eu que trop raison de se tenir prêt à faire une excursion en Bulgarie. Au moment où il pénétrait sur le territoire bosniaque, un mouvement des chrétiens bulgares autour de Widdin^ Nissa et Liscovatch venait susciter de nouveaux embarras à la Porte. Le muchir, conformément à des instructions secrètes, dut se rendre en Bulgarie pour comprimer le soulèvement. Il quitta, dans la nuit du 26 juin 1850, la ville de léni-Bazar avec deux bataillons d'infanterie et deux escadrons de lanciers^ s'avança à marches forcées à travers les forêts par Cassova et Coursumblia, et entra inopinément le quatrième jour à Nissa. Plusieurs des individus les plus compromis dansTinsurrection n'eurent que le temps de quitter la ville et de se réfugier sur le territoire serbe. Omer-Pacha donna Tordre de rechercher plusieurs fugitifs jusque dans leurs retraites au fond des forêts de Procup, Cuménitza, Liscovatch, et sur la frontière de Serbie, près de Widdin. Ces fugitifs furent ramenés à Nissa pour rendre compte de leur conduite, et condamnés à envoyer une députation à CoDstantinople pour y exposer leurs griefs. Ce soulèvement, qui n'avait pas laissé d'être sérieux, n'était cependant pas arrivé au point de justifier des accusations malveillantes contre les populations des contrées où il avait éclaté. Les habitants de Liscovatch et d'autres lieux avaient déjà précédemment, en s'appuyant sur les principes mêmes du tanzimat, sollicité la suppression de nombreux abus; mais toutes leurs prières

avaient été passées sons silence et leurs pétitions sop* primées par les pachas de Nissa et de Widdin. Tel était Tétai des choses^ lorsqu'au printemps de 1S50 les paysans de Nissa et de Liscovatcb s'étaient plaints aux pachas de Widdin et de Nissa des injusiices et de Top* pression des employés turcs. Ils avaient été dispersés, et la dépulation qu'ils voulaient envoyer à Constantin nople avait été arrêtée en chemin. Les pachas avaient fait savoir à cette époque à tous les chrétiens que, s'ils continuaient à murmurer, ils exciteraient la population turque contre eux, attendu qu'étaot les maîtres du pays, ils ne permettraient jamais que la Bulgarie prit exemple de la Serbie, où le Turc est soumis aui insti«* tutions des chrétiens ^ Ces menaces de la part des pa« chas. Faction de la propagande serbe et russe, avaient motivé une supplique adressée à Tempereur de Russie, « par laquelle trois cent onze Bulgares sollicitaient une intervention russe, ou, pour mieux dire, demandaient à être délivrés du joug turc. » Tous ces faits furent ex* posés au conseil ou mejlis de Nissa, devant lequel ooni* parurent les fugitifs bulgares. Le conseil décida dooe qu'une députation bulgare partirait pour •Gonstanli* nople, et au départ cette députation fut accompagnée d'une forte escorte qui devait, pendant sa marche vers la capitale de l'empire, la préserver de la vengeance des Turcs.

Ml y a encore dans les dislricU du sud de la Serbie plus de huit mille musulmans qui sont obligés de soitre les lois établies daus ceue principauté.

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