‹ Chrétiens et TurcsChapitre 6 sur 119 · I.-LES RELIGIONS ET LES RACES · texte numérisé non relu

I.-LES RELIGIONS ET LES RACES

être étranger. Le rôle que doit jouer maintenant le gouvernement de Tempire ottoman, sous les yeux de ce conseil imposant, peut donc avoir une grandeur nouvelle, il peut tenter l'ambition à défaut du patriotisme des hommes d'État de la Turquie ; mais ce rôle est hérissé de difficultés d'autant plus grandes qu'aucun empire n'offre des intérêts plus multiples. Pour les apprécier, il faut pénétrer dans les entrailles mêmes de cet empire, se rendre compte de son passé, de ses dévelo|9pements, des tentatives de réforme qui y ont été faites. Il faut étudier ses différentes parties constitutives souvent si dissemblables entre elles, y saisir l'explication de sa faiblesse, le secret de ses forces, et essayer de lire dans l'avenir. La tâche n'est pas aisée et nous n'espérons pas l'accomplir à notre propre satisfaction. Nous allons toutefois tenter l'entreprise. De plus heureux, de plus habiles surtout, achèveront ce que nous conunençons.

L'empire des sultans s'étend sur l'Europe, l'Asie et l'Afrique. Constantinople, Andrinople, Smyme, Damas, le Caire, la Mecque, obéissent au sceptre du successeur des califes et son ascendant religieux est reconnu et accepté par les princes du Maroc, de Mascate et de r Afghanistan, partout enfin où il y a des Musulmans orthodoxes ou sunnites. Dans les rues de Constantinople, le voyageur peut voir des représentants des nombreuses races qui peuplent ces contrées où se rencontrent tous

les climats et toutes les productions de la terre : TOsmaDli, le Turc de l'Asie^ le Mongol au teint jaune et à rœil oblique^ le Laze au bonnet fourré, aux traits fins, et qui vend de belles esclaves aux riches, le Turkman conduisant ses chameaux, le nègre de TÉthiopie, le Grec avec les larges pantalons et la jaquette du marin, ou la robe longue du scribe et du commerçant, TArménien, le Bulgare, le Kurde, le Bosniaque, le Persan, le Chaldéen, l'Albanais, etc.^ etc. Toutes les races conquérantes qui ont envahi l'Europe se sont peu à peu fdbdues dans les races conquises ou se sont mêlées a elles, ont adopté leur langue ou ont imposé leur idiome, ont forcé les vaincus à embrasser leur religion ou se sont convertis à leur foi. Les Francs, les Burgondes, les Normands, les Lombards, les Visigoths, se sont fondus peu à peu dans la masse des populations conquises ou envahies et ont de bonne heure bu avec elles à la source vivifiante du christianisme ; bien plus, ce sont surtout ces races jeunes et qui faisaient leur entrée dans Thistoire qui ont accueilli le dogme nouveau avec le plus de promptitude. Là où les inégalités de race, de noblesse, de richesses, créées par la conquête subsistaient, celles de la religion disparaissaient ou adoucissaient les autres. Le christianisme n'a pas été seulement un bien* fait spirituel immortel, il a été immédiatement le don le plus humain fait aux sociétés, et ce n'est que plusieurs siècles après son apparition que l'aveugle intolérance et l'intelligence dépravée des hommes ont pu en faire un instrument de persécution et de cruauté. La

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