I.— LES RELIGIONS ET LES RACES
race turque a gardé sa religion au 8ein des populations chrétiennes, et tout en imitant quelques-unes des races conquises, elle est restée profondément séparée là même où elle oubliait sa langue pour parler celle de ses sujels comme dans Ttle de Crète, en Tbessalie, en Epire où la masse des musulmans ne sait pas le turc et se contente de mêler à la langue des chrétiens les mots turcs, arabes ou persans, qui rappellent le souvenir, les usages ou les traditions de leur foi. Ce fut le grand malheur des Turcs de ne pas avoir embrassé le christianisme. Je ne parle pas au point de vue de la vérité religieuse et éternelle ; c'est au point de vue humain, c'est politiquement, que j'entends dire que ce fut un grand malheur pour les Osmanlis de ne pas être devenus chrétiens : leur empire, aujourd'hui en décadence, serait peut-être un des plus puissants du monde; le christianisme, qui leur aurait donné quelques vertus inconnues aux autres religions, leur aurait conféré, comme nation, un bienfait immense, et dont il semble jusqu'ici avoir eu seul le secret : la faculté pour les peuples de se transformer *sans s'anéantir, comme les Grecs nous en ont donné un glorieux exemple, car on peut dire sans exagération que c'est l'Evangile qui a conservé aux Grecs leur langue et leur nationalité. Malheureusement l'islamisme, malgré les nombreux emprunts faits au judaïsme et au christianisme, était l'ennemi de l'Évangile. Les Turcs valaient mieux que les Barbares, au point de vue religieux, et ce fut un malheur. Ils reconnaissaient un seul Dieu ; l'islamisme avait aidé à arracher les peuples de
i>6 CHRÉTIENS ET TURCS.
l'Arabie an culte des idoles ; mais loin d'être un bienfait pour l'humanité^ comme certains écrivains protestants^ et notamment un savant traducteur du Koran Tont prétendu^ cette nouvelle religion fut un obstacle au développement de la civilisation universelle^ et arrêta la diffusion du christianisme^ c'est-à-dire de l'expression même la plus pure de la civilisation^ sur l'Europe et l'Asie. Depuis les savants travaux de Sprenger^ il est difficile de conserver des doutes a cet égard. Sprenger a prouvé avec beaucoup de force que sans Mahomet le christianisme s'introduisait dans l'IIedjaz^ et que c'est le prophète qui a été le principal obstacle à son établissement. Quoi qu*il en soit^ les musulmans eurent le malheur d'avoir une civilisation et d'avoir entrevu la vérité religieuse ; mieux eût valu pour eux et pour l'Europe qu'ils eussent été dans un entier aveuglement comme les hordes envahissantes des siècles précédents. Malgré cette cause profonde d'affaiblissement^ l'empire ottoman avait cependant des éléments de puissance^ de grandeur et de durée qui ont frappé tous les politiques. « Quand a on réfléchit, disait en 1772 le célèbre géographe a d'AnviUe, sur le peu de durée et de consistance des a monarchies asiatiques qui ont pris la place les unes et des autres , dans la Porse, dans l'Inde, et que nonoba stant une grande réputation de sagesse, la Chine a été a depuis le commencement du Xe siècle assujettie qua- « tre fois à des nations sorties de la Tartarie, on a lieu a d'estimer qu'un empire qui se soutient depuis envici ron cinq cents ans est plus solidement assis sur ses