I.— LES RELIGIONS ET LES RACES
c fondements. Que seraiUil 6i les terres qu'il occupe res- « semblaient davantage par la culture et la population « a ce qu'elles étaient dans les siècles de Tantiquité 1 b
D'Anyille a raison. La Porte Ottomane, après être tombée bien bas^ s'est souvent relevée^ comme sous Soli* man II avec Kuprill Mustapha Pacha, et sous le sultan Mahmoud avec le grand vizir Rechid Mehemmed- Pacha, à une époque où, au sortir d'une guerre malheureuse avec la Russie, la Porte dut tenir tête, malgré le mauvais vouloir de l'Europe, aux Grecs, aux Égyptiens, aux Albanais, aux Bosniaques. Enfin il ne manquait pas de voix sinistres qui, en 1853 et 1854, annonçaient la destruction de la Turquie si la guerre éclatait. Un brillant et souvent profond publiciste ^ avait éioquemment prédit que la Russie anéantirait les Turcs. 11 les effrayait surtout d'une certaine image de la Vierge toujours gardée à Saint-Pétersbourg dans une chaise de poste ; cette image une fois mise en mouvement ne devait s'arrêter qu*à Conslantinople, si l'on en croyait les espé* rances du peuple russe.
Aijyourdhui, la situation de rempireottoman,au point de vue religieux, est à plusieurs égards celle où l'empire d'Orient était à l'avènement au trône de l'empereur Constantin. Deux religions étaient alors en présence : le paganisme, encore en possession du gouvernement et du culte officiel ; et le christianisme, qui avait surmonté les persécutions, qui se sentait maître de l'avenir,
1 M. Saint-Marc Girardin.
i« CHRÉTIENS ET TURCS.
et qui s'apprêtait à passer du silence et des ténèbres des catacombes dans les basiliques et les palais. L'empereur Constantin ménagea le paganisme jusqu'au dernier moment^ et un édit pour l'observation solennelle du jour du Seigneur était suivi d'un autre édit réglant les consultations des aruspices ; mais cependant^ malgré cette alternative de piété et d'idolâtrie, de crimes et d'actes de dévotion^ le triomphe de l'Évangile était assuré sur la foule bigarrée des dieux du polythéisme^ et la société nouvelle flnit par faire disparaître Tancienne^ par ce seul fait que l'empereur Constantin lui avait accordé
régalité.
Je n'ignore pas qu'il y a de grandes différences entre
le polythéisme et l'islamisme ; Tislamisme connaît l'unité de Dieu et n'a jamais été persécuteur à la manière du paganisme. Ildétruisait et exterminait quand les populations refusaient de se soumettre ; mais la soumission le désarmait. Les chrétiens étaient privés des droits politiques; ils devaient adorer leur Dieu et pratiquer leur culte sans pompe et sans éclat extérieur dans les lieux où ils étaient en présence des musulmans. Us avaient souvent, ils ont encore dans certaines provinces, de grandes difficultés à obtenir le droit de bâtir des églises S d'avoir des ciurés^ et aujourd'hui même il y a en Bulgarie des villages privés de prêtres et où le service divin ne se fait qu'à de rares intervalles ; enfin il y a eu, il y a encore malheureusement des cas de barba-
t Voir à l'appendice l'opiniou du grand visir Kioprili HustaphaK Paclia à ce sujet.