III.-.LBS TURCS EN VALACHIE
des États chrétiens. Les Principautés de Valachie et de Moldavie aspiraient depuis longtemps à devenir une nation unie. Dès 4849^ l'auteur de ce travail, frappé de cette tendance, leur donnait le nom de Belgique du Danube; et dès 1853^ il proposait^ comme une des meilleures solutions partielles de la question d'Orient^ de les constituer en État neutre et indépendant sous le sceptre d'un prince étranger. La Porte Ottomane et quelques-uns de ses alliés se sont opposés avec force à un établissement hautement réclamé par les Roumains, et dont l'avantage était évident pour la Turquie ellemême, à laquelle il eût constitué un boulevard, élevé, pour ainsi dire, par les mains de l'Europe, et gardé par des stipulations solennelles. Les vœux de la Turquie sont écoutés et remplis par la Conférence de Paris; mais tandis que l'on s'occupe à organiser, au moyen de combinaisons plus ou moins ingénieuses, les principautés de Valachie et de Moldavie, voilà que des événements de la plus haute gravité éclatent sur d'autres points de la Turquie.
Les Monténégrins réclament les armes à la main et achètent de leur sang le droit de se mouvoir et de respirer librement; les chrétiens de l'île de Crète demandent à l'Europe de faire cesser l'état d'ilotisme sous lequel ils ne veulent plus gémir; enfin la Serbie s'agite pleine du souvenir de ses triomphes, du sentiment de sa force et des destinées qui lui sont réservées. L'Europe s'est émue , car ce n'est pas sans raison que la Serbie est l'objet et l'attention particulière*des hommes
politiques. Depuis le jour ou l'historien Léopold Rauke, aTec la curiosité savante et Télégance de style qui le distingue^ initiait l'Europe aux révolutions du peuple serbe, elle n'a cessé de s'en occuper avec intérêt. Aujourd'hui, rirritatioii qui règne dans la principauté de Serbie est Toccasion de sérieuses réflexions. On y voit le présage d'événements qui peuvent avoir des conséquences graves pour Tempire ottoman et l'Europe en général.
Les Serbes conquirent leur autonomie les armes à la main, comme les Grecs, et après une lutte de plusieurs années, signalée par des avantages et des défaites, mais couronnée par un triomphe définitif et auquel rintervention diplomatique et armée de la Russie contribua considérablement. Les traités de Rukarest en 1812, d'Ackerman en 18% et d'Andrinople en 1829 firent reconnaître les nouveaux droits que les Serbes avaient payés de leur sang.
Pendant cette lutte mémorable,les Serbes eurent tour à tour à leur tête George le Noir et Miloch Obrenowitch.
A la mort du premier de ces chefs, ce fut le second qui recueillit tous les fruits de leurs communs travaux, de son audace, de sa valeur et de son opinifitre énergie. Ce fut lui qui eut l'honneur d'expliquer à rassemblée serbe, le 7 février 1830, le contenu du firman du mois de septembre 1829, adressé, en exécution de l'article Yl du traité d'Andrinople , aux vizirs Hussein-Pacha et Cavanous-Oglou, et au mollah résidant à Bellegrade. On remarqua les paroles par lesquelles Miloch annon-
m.— LES TURCS EN VALACHIE. 353
çait aux Serbes leur affranchissement religieux et les libertésdontleur culte allait jouir :(cLes Serbes n^ont plus à craindre la destruction de leurs églises et de leurs cloîtres; ils ne rencontreront plus d'empêchement de la part des Turcs à la célébration de leurs fêtes et à TaccompUssementdes usages de leur sainte religion ; la nation est maintenant libre de glorifier son Dieu et d'orner ses demeures avec des tours et avec des cloches. » Suivait rénumération des droits acquis par les Serbes, et qui en faisaient un peuple libre et indépendant.
En 1832, la Porte Ottomane prit une intelligente initiative en confirmant dans la famille Obrenowitch la dignité héréditaire de prince de Serbie, conférée par une loi de Tassenriblée nationale serbe en 1827. Elle posait elle-même les assises d'un État chrétien où elle espérait trouver des défenseurs; et armait, pour leur cause commune, des vassaux, dont elle avait appris à connaître» dans les combats et les conseils, la valeur et la prudence. La Russie, qui avait si puissamment aidé la Serbie à s'affranchir du servage, et qui avait stipulé ses nouveaux droits, vit d'un mauvais œil la création de la Principauté héréditaire de Serbie, et protesta, à Constantinople, contre un acte qui dépassait les espérances qu'elle avait fait concevoir aux Serbes.
Milochy après plusieurs années de règne, abdique; son fils Milan lui succède, meurt sans enfants, et transmet à son jeune frère Michel un sceptre que le temps semblait déjà avoir consacré.
En 4842, la fuite du prince Michel laisse la Princi-
pauté vacante; et le Sénats dépositaire du poavcMr Dationaly choisit pour le remplacer^ non point le chef d'un parti politique^ mais le fils de George le Noir, le prince Alexandre i qui vivait naguère encore obscur dans une ville de la petite Valachie^ comme Tindividu qui représentait le mieux le principe héréditaire adopté par la nation. Cette élection par le Sénat serbe mécontenta vivement la Russie, qui exigea son annulation.
La Porte Ottomane voulut résister et maintenir les droits du sénat serbe, avec l'appui des puissances occi* dentales; mais cet appui n'était pas unanime, et la Grande-Bretagne fut la première à présenter un moyen terme entre les exigences de la cour de Saint-Pétersbourg et ce qu^elle désirait elle-même soutenir en Serbie. Elle proposa une élection légale, et l'assemblée nationale extraordinaire proclama, le 37 juin 1842, unanimement, le prince Alexandre-George le Noir. Le cabinet russe accepta cette nomination, qui prouvait la légalité de celle du Sénat et montrait que les Serbes étaient décides à résister à toutes les influences étrangères.
Le gouvernement du prince Alexandre s'est jusqu'ici maintenu avec assez de bonheur, et a traversé des crises qui n'étaient point sans gravité, notamment celle de la dernière guerre d'Orien t, où les Serbes, bien que favoblement disposés pour leurs coreligionnaires, n'imitèrent cependant pas Timprudente tentative des Grecs. Mais les événements de la Valachie et du Monténégro ne pouvaient pas être sans influence sur eux; et il était difficile qu'une nation si bien faite pour se défendre