IV.— LA GUERRE SUR LE DANUBE
extraordinaires. Cela déplut à la cour de Saint-Péters* bourgs auprès de laquelle la Turquie n'a pas le droit d'entretenir de représentant , et qui ne reçoit de missions extraordinaires de la Porte qu'après en avoir été prévenue et les avoir agréées ^ Le tsar fit savoir qu'il ne pouvait pas recevoir les hospodars à Wosnesensk; il autorisa seulement l'envoi d'une députation de boyards moldaves^ parmi lesquels le prince Slirbey chercha vainement à faire admettre son flis aîné et son gendre préféré. Les deux hospodars furent vivement contrariés du refus de l'empereur de Russie^ qui inspirait alors aux boyards^dans les Principautés, une crainte respectueuse; mais leur inquiétude se changea en une profonde tristesse quand ils connurent les détails de la réception faite à la députation moldave. Cette députation avait précédé l'empereur à Wosnesensk. Dès que 16 tsar fut arrivé, H. Nicolas Mavrocordato, gendre du prince Ghika» se rendit chez le comte Orlof^ et> lui annonçant qu'il était porteur d'une lettre de Son Altesse pour l'empereur, il le pria de solliciter une audience pour lui et pour les autres membres de la députation. Le comte Orlof % qui porte un nom illustre en Russie, jouissait de toute la confiance de son maître, et avait pour ainsi dire une sorte de refiet de sa puissance, a Ah çà! dit-il à M. Havrocordato, quelle idée a donc eue votre prince de demander à remplir une mission de la part du sultan auprès de Sa Majesté? — Mille pardons, monsieur
1 Tel était du moins Tétat des choses avant le traité de Paris. < Le comte Orlof a été créé prince après le congrès de Paris.
le comle^ le prince n'a rien demandé. — Gomment^ rien demandé ! Est-ce qae nous ne savons pas toutes les intrigues qu'a faites à Constantinople M. Aristarki pour arriver à ce but ? — Hais H. Aristarki n'est pas l'agent du prince Gbika; il représente le prince de Valachie. Le prince Gbika s'est borné à demander dès le printemps l'aulorisation d'envoyer une députalion à Wosnesensky pour y présenter ses hommages à l'empereur. Ce n'est que plus tard^ et à la suite des démarches du prince Stîrbey, que la Porte a eu l'idée de charger notre prince d'une mission personnelle auprès de Sa Msù^t^ Impériale de la part du sultan. Le prince a dâ nécessairement l'accepter.— Ah! s'il en est ainsi, reprit lecomteOrlof; la question change complètement de face. Je ne manquerai pas de répéter à Sa Majesté tout ce que vous venez de me dire. Quant au prince Stirbey, il n'aura eu que ce qu'il a mérité, i»
Le lendemain matin, le général Niépokoëtchinski vint annoncer à la députation qu'elle serait reçue par le tsar à onze heures, avant la revue et au camp mème^ attendu, ajoula-t-il , que le voyage de l'empereur à Wosnesensk n'ayant qu'un but purement militaire, la volonté du souverain était que tout s'y passât sur le pied de guerre, comme dans un camp. Ces explications indiquaient déjà que l'empereur semblait être revenu de sa première humeur contre le prince Ghika, et promettaient un bienveillant accueil à la députation. Celleci put paraître bientôt en présence du tzar, qui n'avait auprès de sa personne que le comte Orlof et deux ou