IV.— LA GUERRE SUR LE DANUBE
trois officiers supérieurs. Le reste de la suite était demeuré à une centaine de pas en arrière. Le tsar^ avec cette bienveillance pleine de grâce qui venait quelquefois tempérer la sévère grandeur de son attitude^ adressa quelques questions à Fhetman Mavrocordato ^ un des principaux membres de la députation, sur la milice moldave qu'il commandait. Il invita ensuite les boyards députés à le suivre^ et monta à cheval pour passer l'armée en revue.
Dans la soirée du jour où il avait reçu les députés moldaves, deux courriers arrivèrent de Constantinople et de Jassy au camp de Wosnesensk, et le tsar trouva sans doute dans les dépêches qu'ils apportèrent l'explication complète de la conduite du prince de Moldavie^ car le lendemain matin le général Niépokoêtchinski vint annoncer aux boyards moldaves qu'ils ne devaient considérer Taudience de la veille que comme un moyen dont l'empereur avait bien voulu se servir pour les faire assister à la revue, maïs qu'ils seraient reçus officiellement le jour même et invités à la table de Tem* pereur. La présentation eut lieu, et les boyards eurent à table des places d'honneur. Après le dîner le général Niépokoêtchinski demanda quel était le chef de la députation, et on lui indiqua le doyen d'âge, le boyard George Ghika. Celui-ci fut conduit devant l'empereur^ qui le prit à l'écart et lui parla ainsi : a Dites au prince Ghika que je suis très-content de son administration honnête et sage ainsi que de ses rapports personnels avec mon cabinet, mais que je lui recommande beau-
coup de surveiller la jeunesse. J'ai eu occasion de voir quelques Holdayes à Berlin, à la chapelle russe, et j'ai été fort peu édîGé sur leur compte. Us ne savent même pas faire le signe de la croix ^ Le prince devrait leur refuser des passe-ports et les retenir dans le pays. Qu'il s'applique à organiser de bonnes écoles, à y perfectionner renseignement de manière à ce que la jeunesse puisse y recevoir une instruction solide. Dites-lui aussi que mes univei*sités sont à sa disposition, et que je verrais avec beaucoup de plaisir les jeunes Moldaves y venir faire leurs études. 11 peut être sûr qu'ils ne rapporteront pas, comme de l'Allemagne et de la France, des idées immorales et subversives. Dites-lui enfin que je vois avec peine qu'il emploie des hommes de 4848, tous ces sans^ulotles qui ont troublé la tranquillité de leur pays. » L'empereur avait prononcé le mot de sansculottes avec beaucoup de vivacité. M. George Ghika
' 11 est malheureusement vrai qu*il y a fort pea de véritable piété dans les Principautés comme dans la plupart des pays de religion grecque, et que la religion s*y t>orne à des pratiques extérieures et k des dons aux pauvres et aux établissements religieux; il y a la foi, mais le christianisme n*a pas pénétré dans les mœnr?. Cela tient à Tignorance et à la gros>icre(é du clergé, k son amour du lucce et au peu de respect qu'il inspire ; cela tient aussi à ce que la prédication est à peu près inconnue dans les pays de religion grecque. 11 est également vrai que cette même indifférence reli-
i gieuse chez la jeunesse fait qu'elle n*est nullement attachée à la
Russie par le lien de Vorihodoxie grecque, et de la sorte la seule
^ cause de la puissante influence de la Russie sur les populations
chrétiennes de TOrient n'existe nullement dans les Principautés en ce qui touche la jeunesse moMo-valaque. C'est h ce qui déphisait au tsar.