IV.— LA GUERRE SUR LE DANUBE
voulut excuser ses compatriotes^ et^ en voisin peu charitable, il le fit en blâmant la conduite de Ja jeunesse Talaque et en essayant un parallèle favorable aux Moldaves. « Pas de comparaison avec la Valachie ! répondit vivement Tempereur. Les Valaques, je les déteste, ce sont des communistes: mais les Moldaves, je les aime, et c'est pour cela que je recommande à votre prince de mettre de côté tous ces jeunes écervelés. Je désire qu'il suive mes conseils^ car autrement je me verrais forcé d'y mettre ordre moi-mémey et si mes troupes vont encore une fois occuper la Moldavie, les consi^ quences en seront des plus graves pour votre pays, n
On peut facilement se représenter l'émotion et la crainte que ces paroles, répétées par le boyard George Ghika, répandirent en Moldavie et surtout en Valachie. Elles jetèrent un jour soudain sur les projets de la cour de Russie, et, dès le mois de décembre 4852^ on put comprendre que le prince Stirbey appréhendait une nouvelle occupation des Principautés par la Russie. A cette époque, en effets Tempire ottoman se trouvait dans les conjonctures les plus graves : le Hontenegix) s'était soulevé, et l'influence russe n'avait pas été étrangère à ce mouvement, qui venait augmenter la faiblesse de la Porte à la veille même de la mission du prince Henchikof. Les agents russes disaient hautement que la cour dcSaint-Pétersbourgsoutiendrait lesMonténégrlbs. Oubliant les déprédations commises sur le territoire de Catlaro par ces montagnards, qui, à plusieurs reprises,
n'avaient échappé aux rigueurs de l'Autriche que grâce
à l'intercession de la Russie^ la cour de Vienne prenait cette fois leur parti contre les Turcs, et blâmait l'expédition du Monténégro^ dont le commandement arait été confié à Omer-Pacha^ qui avait déjà remporté sur les rebelles quelques avantages. Toute la presse autrichienne attaquait le général en chef ottoman avec la même animosité que lorsqu'il combattait les Bosniaques. En même temps les agents russes et autrichiens, avec un ensemble qui faisait honneur à leur esprit de discipline^ représentaient la Turquie comme livrée à une complète dissolution. Jamais on n'avait vu régner plus d'inquiétude sur le présent^ plus de doute sur Tarenir; jamais les opinions sur l'impossibilité de régénérer cet empire^ ou de réussir à en étayer longtemps encore l'édifice chancelant^ ne s'étaient exprimées avec plas de force et malheureusement avec moins de contradictions. La détresse de l'empire ottoman était mise à nu sans ménagement par des centaines de correspondances, et les choses représentées sous le jour le plus sombre. La Russie agitait la Bulgarie par son influence; des brigands descendaient en grand nombre de la Servie, se répandaient dans les Balkans, s'éparpillaienten bandes dans tout le pays, et commettaient des actes de rapine pour lesquels ils trouvaient en Bulgarie des adhérents ou des protecteurs. Les discussions qui se poursuivaient à Constantinople sur l'affaire des lieux saints devenaient de plus en plus sérieuses, et les nombreux agents que la Russie entretenait dans les Principautés poursuivaient leurs menées avec un redoublement d'activité.