‹ Chrétiens et TurcsChapitre 95 sur 119 · IV.— LA GUERRE SUR LE DANUBE · texte numérisé non relu

IV.— LA GUERRE SUR LE DANUBE

comineucée, promettait d'être rude^ et il importait aux Russes d'avoir entre leurs mains les rênes de Tadministration des Principautés. Déjà quelques mesures avaient préparé^ à Bucharest comme à Jassy, l'installation d'un nouveau pouvoir. Il fallut procéder sans plus de retard à cette installation. En ordonnant aux hos* podars, le 15 juin 1853, de suspendre le payement du tribut à la Porte, la Russie n'ignorait certainement pas les conséquences de la conduite qu'elle leur imposait. Sans que la Russie désirât l'éloignement immédiat des hospodars, elle ne pouvait se dissimuler quMl était de son intérêt de faire dans les Principautés ce qu'elle avait fait en 1806,lorsqu'elleavait retiré le pouvoir au prince Ypsilanti, qui lui était cependant tout dévoué, et en 1838, lorsque Thospodar Grégoire Gbika s'était retiré devant l'armée d'occupation. Néanmoins la Russie voulait éviter l'initiative d'une pareille mesure, odieuse de la part d'un gouvernement protecteur : elle voulait que la Porte Ottomane fût amenée à se prononcer la première au nom de son autorité méconnue. Fidèle a ses instructions, le prince Gortchakof souleva pour le prince Stirbey un des coins du voile qui couvrait les projets de la cour protectrice. L'hospodar, mis en demeure de provoquer sa destitution par une résistance ouverte à la Porte, voulut un ordre écrit, et mit en œuvre pour l'obtenir toutes les finesses de la diplomatie. Les agents russes refusèrent d'engager ainsi leur gouvernement, et on vit alors l'hospodar les menacer de partir, non pour satisfaire la Russie, mais pour don-

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ner un témoignage d'obéissance à la Porie. Il résolut ensuite de porter la question devant le gouTemement russe lui-même. Il présenta au consul général de Russie une lettre adressée au corn te de Nesseirode et annonçant son prochain départ S lettre que le consul jeta sur la table en déclarant qu'il ne se prêterait jamais à serrir d'intermédiaire pour faire connaître une décision hostile à la Russie. L^hospodar, décidé à rompre la glace, envoya la lettre le lendemain au prince Gortchakof , en le priant de la faire parvenir à son adresse. S'il espérait ainsi faire fléchir Tinexorable taciturnité officielle qui lui refusait Tordre écrit qu'il sollicitait, il se trompa. Le prince Gortchakof pressa dès lors Thospodar de se prononcer; il refusa même l'invitation à dîner que lui adressait Stirbey , disant qu'il ne pouvait l'accepter tant qu'il ne saurait pas s'il avait affaire à un ami ou i un ennemi de la Russie. La lettre au comte de Nesseirode fut cependant expédiée, et Thospodar effrayé voulut alors lui en faire parveniruneseconde pour rétracter la première. Le prince Gortchakof refusa défaire parvenir cette nouvelle lettre avant que le divan ad hoe convoqué par le prince Stirbey ne se fût prononcé sur le parti à prendre *. La Porte prit enfin une décision.

* En date du même jour, le prince écrivait k Rechid-Pacha pour lui annoncer son intention de rester; c^est du moins ce qui fut divulgué par une personne de son intimité.

* On sait que dans cette occasion le divan valaque n*avail aucun droit an rôle que Thospodar lui confiait, et qu*il s^attribua sans souci pour la dignité du sultan, à qui cette assemblée se permit même de faire des représentations. Dtns son opinion , la Porte

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