PAUL FÉVAL
Notre fille aînée, Joséphine, venait de nalti C til an bel enfant si joyeux que le cœur me chante en traversant le ou venir de ce printemps. Jésus l'a [>rise pour épou e I , voici un Huns ;"i peine, au jour de la s. uni Michel. Je l'ai donn< toute charmante à la persécution avec une joie sans borne . La sœur Marie Gabriel, c'est son nom .1 présent, tendn , i
de mon cœur, ne lira peut-être jamais ces lignes. VI i Mère, gardez-lui son immense bonheur sur la terre el dans If
ciel' »
Mais d'autres berceaux vinrent se joindre au premier, et pour Faire vivre tout, ce petit peuple, le romancier dut multiplie]
les feuilletons. Il joignit l<i théâtre au roman, devint a la fois rédacteur au Siècle, au Temps, au Journal des Débats, au Constitutionnel } a la Presse. Avec son activité fébrile «'t sa prodigieuse fécondité, il suffit à tout, heureux que la popularité de son talent lui lit pardonner ce qu'on appelait des idi arriérées.
Bien que collaborant à toutes ces feuilles mondaines. Féval eut un mérite devenu rare de notre temps, c'est que jamais il ne consentit à flatter les passions viles et ordurières de la multitude pour obtenir la popularité, ni retourner des immondices et violer la pudeur pour plaire aux maîtres du jour, dont le premier et non le moins puissant fut le grand public. Jamais il ne souilla sa plume, et il put dire avec un légitime orgueil à la lin de sa carrière : « Dans toutes mes œuvres, je puis affirmer que je n'ai jamais écrit une seule ligne contre Dieu et contre la sainteté du mariage. »
Aussi Louis Veuillot, même à cette époque malheureuse sous un autre rapport pour le grand écrivain, l'a-t-il appelé le plus honnête des romanciers. Ce qui ne veut pas dire que l'on puisse mettre dans toutes les mains les œuvres que Paul Féval a créées avant sa conversion et qui n'ont pas été corrigées.
(1) Elle entra dans la Congrégation des Sœurs de la Sainte Famille à Bordeaux.
Mais voici l'époque à jamais mémorable de sa vie, celle qu'un a appelée et que lai-môme a nommée l'époque de sa conversion. On a vaque Paul Féval n'avait jamais perdu la foi
et que ses ouvrages étaient irréprochables au point de vue de la religion -. « Je n'ai jamais et»'1 incrédule, quoique parfois, dans les essais échappés à ma jeunesse, j'ai parlé avec légèreté de choses profondément respectables. »
Mais si le romancier n'avait pas à se convertir à la croyance chrétienne, il était fort loin de la pratique religieuse :
« Ce n'était presque rien, comme le disait avec raison son ami Barbey d'Aurevilly, mais ce presque rien était tout. C'est la dentelle qui est le mur d'airain, transparent mais impénétrable. »
Souvent la pieuse épouse de Féval l'avait prêché, sollicité, harcelé, sans beaucoup de paroles, il est vrai, mais par son silence et ses exemples de chaque jour : prédication excellente de l'épouse chrétienne sur un mari indifférent ou incrédule. Enfin Raymond Brucker, ce lutteur infatigable et tenace, harcelait à tous moments ses doutes et ses irrésolutions, lui montrant l'inconséquence de sa conduite et de ses convictions religieuses.
Le malheureux romancier, prisonnier des idées du jour et des succès qui lui avaient un peu tourné la tête, pouvait-il bien s'exposer aux plaisanteries acerbes des boulevardiers, le montrant le cierge à la main dans les cérémonies publiques, lui le moqueur et l'ironiste, qui, par-dessus tout, craignait le ridicule et l'humiliation? Non î l'orgueil et le respect humain étaient là, comme deux obstacles d'une hauteur démesurée, impossible à franchir. Il fallait un événement considérable et inattendu, un coup d'en haut, la foudre tombant d'un ciel tranquille et sans nuages.
Le bonheur matériel et la prospérité de l'écrivain allaient, en effet, toujours croissants. En 1870, au moment où l'Empire allait s'écrouler, Féval avait huit enfants. Pour augmenter sa
PAUL KÉVAL
fortune, il lui pril fantaisie de spéculer sui les fonda turc qui promettaient de doubler son revenu. Mais la faillite ïurvinl inopinément, et il se vil Mimer : toute sa prospérité subitement évanouie.
« Jamais personne, avoue-l il, ne fui plus loin que moi de «•('iic vaillance qui ne vient | » .■ i s de l'homme. le sub nn
affaissement à plat, et pendant que je restais seul avec moi en l'absence de ma femme, je me souvins que les menus aiguillons du malheur personnel, passant à travers la cuisson de ma maîtresse torture, qui était la pensée (\e* enfants, piquèrent mon orgueil, dont, alentour de mon cœur, je ramassai les
miettes de mon supplice ; je me vis tombé, je vis les ennemis et les curieux au spectacle, autour de ma chute.... On appuyait avec plaisir sur le poids d'enfants qui chargeait mes épaules, on riait sur moi à se tenir Jes côtes, et surtout on criait : Gare dessous I »
Tremblant et anéanti dans ces désespérantes pensées, l'infortuné voit arriver la compagne de sa vie. Quelques mots lui apprennent tout, et l'épouse admirable pâlit à cause de ses enfants; mais à la manière de Job, femme vaillante, elle salue la ruine de ses espérances :
— Tant mieux, s'écrie-t-elle, car désormais rien ne nous sépare de Dieu ! . . . . Veux-tu prier avec moi ?
— C'est fait! J'aime Dieu, je suis à Dieu, je n'écrirai plus rien qui ne soit pour Dieu.
Paroles sublimes dans la bouche des deux époux.
Le romancier résista bien encore quelques vingt-quatre heures, mais enfin il suivit le conseil de cette femme sublime de résignation et de foi :
— A ta place, je ferais ce que tu vas faire. Dien t'appelle, il ne trompe jamais : cours à lui, tout droit, sans même regarder ce qui barre la route.... A ta place, j'irais à confesse demain, de bon matin. Il t'a appelé parce qu'il t'aime, et puisqu'il t'a appelé, il t'attend.
Féval va donc trouver un religieux de la rue de Sèvres et se confesse, c'est-à-dire revient à la pratique chrétienne. Féval pleura, et, du milieu de ses larmes, la prière jaillit. C'était la conversion parfaite d'où il ne sortira plus. Écrivons cette date bénie : 21 décembre 1874. Il faisait sa seconde communion (juarante-six ans après la première.
La nouvelle de ce changement fut diversement interprétée. Les catholiques comme Veuillot lui tendirent la main, et celuici envoya au converti le baiser de paix en l'appelant son frère, et ajoutant : « — Vous naissez. »
Mais bien des anciens amis se détournèrent et plus d'une défection inattendue vint attrister le chrétien repentant. Sarcey fut sublime dans son genre.
Un ami de Paul Féval étant allé lui porter un des premiers ouvrages du converti : La première communion, le priant d'en dire un mot dans son journal, le grave pontife du Siècle avait répondu avec majesté :
— J'aimais beaucoup Féval, mais je ne parlerai jamais plus de lui : il a mal tourné.
Pauvre Féval ! avoir gagné Dieu et perdu Sarcey, quel malheur !
Écoutons maintenant le converti, riche des dons de l'intelligence et de la grâce, raconter ce qui s'était passé.
« Cependant Dieu me cherchait. Mon chemin errant croisa, un jour, la voie droite et si belle où marchait le R. P. Oli-
vaint Je dormais dans ma prospérité mondaine, j'avais
besoin du châtiment pour m'éveiller, et d'une douleur qui dessillât mes yeux par les larmes. J'eus le châtiment : la douleur inconnue, tombant sur moi à l'improviste, me terrassa, et dans ce moment solennel où l'âme des blessés hésite et chancelle, appelée d'un côté par le repentir et la vie, de l'autre par la révolte et la mort, je fus assisté par un Jésuite qui coucha son crucifix sur mon agonie et me ressuscita du désespoir.
Paul FÉVAL
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