PAUL F É VA
Je pris place à la sainte Table, el je ti ma tecondi commun quarante-sept ans après la première.
» Ainsi se renouvelèrent les deui extrémités de ma rie pi dessus l'abîme d'un demi Biècle perdu. Que Dieu soil ardem ment béni dans la grandeur de e miséricordes I Je me relevai fort. Avec l'aide de Jésus Chrisl je vivrai et je mourrai dans cette force
» Au retour, le bon sourire des petits nous attendait à la maison. Ce fut une fête ; on me dévora de baisers.
» Et, depuis lors, notre gaieté èsl revenue... Au temps des vacances, il est chez nous une heure charmante, Nous sommes dix. Chaque soir, les huit enfants s'agenouillent autour de la mère, e1 moi, sous le crucifix, je récite la prière qui est aux premières pages du Catéchisme. Leurs voix inégales me répondent, quelques-unes déjà mâles, d'autres si douces î 11 y a le soldat de demain, le marin de l'année prochaine, la blonde tête hérissée de soie qui sera de l'Ecole polytechnique dans dix ans, et le gros ange lourdeau qui plaidera dans douze ans ; il y a celle qui travaille déjà pour vivre, et qui ne savait pas hier que ses études lui serviraient, l'aînée des trois autres qui travailleront aussi, qui le savent et qui en sont fières. Que Dieu les bénisse tous, mon Père; ce sont de chers enfants; ils ont bon cœur.
» Autrefois, leur meilleure récompense était de donner. Entre les joies que l'argent procure, c'est celle-là qu'ils regrettent. Madeleine, qui a sept ans, s'égare parfois jusqu'à dire :
» — Le bon Dieu devrait nous rendre au moins un peu de quoi donner....
» Vous jugez si je la gronde !
)> Hier, pourtant, je l'ai trouvée gaillarde et toute consolée d'une découverte qu'elle a faite. Elle a grimpé le long de moi pour me dire en triomphe :
» — Tu ne sais pas? Ça vaut mille francs quand on n'a que dix sous et qu'on les donne !
» Elle a justement dix sons : c'est donc mille francs pour m pauvre,
i Mon Père, je ne me souviens pas que nous nous soyons tant aimés ! Ils ne seront pas riches, cela paraît certain ; mais s'ils •'■(aient condamnés tout à fait, la providence de Dieu qui nous voit, me laisserait-elle encore sourire ! »
Comme on peut le constater, le désespoir n'était point dans le cœur du chrétien converti ; avec le pardon divin, la paix, la joie, l'humilité, la confiance, tous ces dons que Dieu met dans l'âme par surcroit avaient apporté à son cœur le calme el l'espérance. Il s'était remis au travail, et son talent ayant changé de direction, « Féval eut soudain un renouveau de jeunesse. Les larmes qu'il versa tendirent les cordes déjà mollissantes de sa lyre (l), et il en tira des accords plus sonores que jamais. » Il voulut d'abord raconter la grâce qu'il avait reçue et le fit dans un ouvrage intitulé : Les Étapes d'une conversion. De ce livre, un critique a dit : « M. Paul Féval, dont la conversion a fait éclat ces derniers temps, a mis son cœur ici, et je vous jure que c'est une boîte d'or, digne d'être offerte à Dieu sur son autel. »
« A notre insu, écrivait l'auteur de la préface de ce livre, nos joies et nos douleurs, nos triomphes et nos défaites nous rapprochent de Dieu. Ce n'est pas nous qui marchons vers la conversion, c'est la conversion qui vient à nous. »
Parole d'une étonnante vérité, qui marque bien que la conversion est plutôt i'œuvre de Dieu que la nôtre.
Puis viennent ensuite : Pierre Blot, la Mort du Père, Second récit de Jean, que tous les catholiques ont lus, et où, sous des noms d'emprunt, le grand romancier raconte l'histoire de sa vie et de son changement, ou bien la conversion de son
(1) Quelques jours avant sa ruine, Villemessan l'ayant rencontré lui avait fait entendre qu'il baissait, parole cruelle pour l'écrivain vieillissant.