PAUL FÉ VAL
Grâce, ce magnifique couronnement d'une grande oeuvn <i> cceurt d'esprit et de foi, ce touchant et splendide dénouement de* Éta| d'une Conversion, ce livre qui relève $i haut, auxyi u i de Vétran ger et à nos propres yeux, la littérature fran{ léshono\ par un parti-pris de publications infâmes, — Quand on connaît V œuvre, on a le désir (Ten connaître l'auteur. L'uni' ni le grand et intarissable romancier, c'est le doux et vaillant con rerti une le succès et la légitime popularité n'ont pas obandonné sur son chemin de Hamas ; c'est le poétique auteur de la I dos Grèves, le rude champion des Jésuites, l'historien des Merveilles du Mont Saint-Michel ; c'est Paul Féval. — Eh ou\ ' écrira is-je encore à la suite du récit de Chincholle, Paul Féval ù « fait le plongeon, » comme disait le marquis de Voltaire de ceux de ses acolytes, qui, à l'heure de la mort, comme La Mettrie et Maupertuis, appelaient à leur chevet deux prêtres plutôt qu'un. Mais il a fait le plongeon en homme de cœur et d'esprit ; il napas attendu un seul jour, un seul instant pour revenir à Dieu, lorsque, dans son âme généreuse, il a senti la claire raison de la foi terrasser lumineusement la triste foi de la raison. C'est dans la plénitude de sa belle et vivante intelligence qu'il a repris la voie sacrée, la voie de vie et de vérité, et l'on peut dire de Paul Féval. admirable et providentielle récompense de sa triomphante humilité , que jamais le fécond et charmant écrivain ne fut plus merveilleusement inspiré que depuis sa conversion (1). »
Paul Féval, non content d'écrire de nouvelles œuvres qui marquaient le point de départ de sa vie nouvelle, s'était imposé, pour satisfaire sa conscience et sa foi, une œuvre gigantesque. Il s'agissait de corriger tous ses ouvrages, de les expurger au point qu'ils pussent être laissés entre les mains de tous. C'est ce qu'il faisait comprendre à l'un de ses amis auquel il écrivit alors, qu'il se livrait aune véritable « orgie de travail. »
(1) Cette page fait honneur à son auteur presque autant qu'à P. Féval lui-même.
Et, en réalité, ce fut un labeur insensé qu'il accomplit pendant
les quelques années qui suivirent sa conversion jusqu'à sa dernière maladie. Il écrivit dix nouveaux volumes et en corrigea plus de trente. Sans une minute de répit, sans un instant de repos, il demeura rivé à sa table de travail, ne s'en relevant que pour aller s'agenouiller au pied du crucifix, souvent terrassé par cette maladie nerveuse qui l'avait repris une deuxième fois, comme à l'époque de son mariage. On le voyait là, haletant, épuisé. Bientôt, sa main tremblante se refusa au service, mais il persistait, et continuait quand même son pénible labeur. Un jour, enfin, il fallut y renoncer et s'avouer vaincu.
Cette magnifique intelligence qui avait créé tout un monde de personnages, qui avait donné la vie à tant de figures héroïques, se tarit en quelque sorte. Le vide s'était fait dans son cerveau : il ne pouvait plus penser. Mais il pouvait souffrir, et sa souffrance fut terrible, car il avait conscience de son état (1). »
Une nouvelle et douloureuse épreuve était encore réservée à sa vieillesse. Il voyait ses enfants à l'abri du besoin et il allait pouvoir mourir en paix au milieu d'eux, quand « un soir, raconte Albert Second, soir fatal, un voisin pénétra dans son cabinet et lui offrit de faire fructifier ses capitaux en l'associant à une affaire donnant des bénéfices considérables. D'honorables ecclésiastiques avaient eu confiance et s'en félicitaient, l'étranger en nomma du moins. Féval donna tout l'argent qu'il possédait, toucha le mois suivant un bon dividende, et le lendemain, le voleur mit la frontière entre ses victimes et lui. »
Le cœur se serre à la pensée d'une ruine semblable, dont est victime un vieillard impotent, et avec lui des enfants incapables encore, pour la plupart, de se suffire à eux-mêmes. Avoir connu toutes les joies et l'aisance de la vie, avoir possédé tant de richesses, goûté toutes les ivresses de la gloire et du triomphe, et ne posséder rien, plus rien ! C'en était trop.
(1) Delaigne. Un homme de lettres.
Dieu semblait prendre plaisir à humilier dans -a rie efl intelligence le grand écrivain pour épurer son âme éprise de sacrifices. Il est vrai qu'il ne fui pas abandonné de ton Toutes les grandes voix de la publicité, le Clairon d'abord, par la plume de M. Cornély, annoncèrent le désastre, et beaucoup d'anciens amis, les maîtres de la littérature, formèrent an comité de secours. On doit nommer surtout A. Delpit, Al|». Daudet, de Pêne, Nadar.
Féval, anéanti, de sa main tremblante, écrivit ce laconique billet, qui disait toute son immense reconnaissant
« De Pêne, Delpit, c'est avec vous toute ma vie. Adieu, soyez heureux et merci ! »
Le malheur vint encore le frapper dans ses affections ! !S plus chères. Sa sainte femme, l'admirable compagne de ses bons et de ses mauvais jours, mourut à cette époque. Ce fut pour lui la fin.
Paralysé dans son corps et dans son esprit, Paul Féval dut se retirer chez les Frères de Saint-Jean de Dieu, où il mit près de cinq années à mourir, désormais oublié. de tous.
Certes, mieux que Guillaume de Nangis, il pouvait s'écrier dans ce douloureux abandon :
Le Seigneur a brise' mes membres tour à tour De sa barre de fer. Voici la fin du jour, Et j'ai le dernier coup.
Ce dernier coup, le vieillard le reçut avec la même patience, la même humilité qu'autrefois ; Dieu, le voyant résigné jusqu'à la fin, le consolait. A peine cent cinquante personnes suivirent son cercueil.
Toute la France religieuse retentit des éloges du grand romancier catholique, et ses amis répétaient avec M. Oscar de Poli :
« Vous qui l'avez aimé, ne pleurez pas ; comme Madeleine, Féval a eu la meilleure part. »
FRANCHI (Antonio)