‹ Chrétiens illustres au XIXe siècleChapitre 24 sur 44 · TONIO FRANCHI · texte numérisé non relu

TONIO FRANCHI

démocratie pure, éclairée par la science, confirmée par une religion sans culte extérieur, sans sacerdoce, sam paurre Sans pauvres, ce qui nécessite légalité el le parts !

autre absurdité sans nom. FrancM, qui occupa la chaire de philosophie à Paris, eut le loisir de propai i théories i»armi la jeunesse universitaire et d'j causer an mal considérable.

Aussi, est-ce sans étonnemenf que nous le voyons descendre au troisième degré *l** sa chute, en devenant le disciple de Mazzini. Il arrivait par là dans la carrière politique, • favorisant les desseins de la révolution, c'est-à-dire la souveraineté de la raison ei du peuple, avec la déification de l'homme el Rome capitale (1). »

Cependant, l'incrédule était avancé en âge. Vieilli dans les études et semeur de scandales, Antonio Franchi, se voyant près de comparaître au tribunal de Dieu, jeta enfin un douloureux regard sur son passé, et se prit à réfléchir sur ses pensées et sa conduite. Puis, éclairé d'une lumière plus saine, après de longues et pénibles réflexions, on le vit rebrousser chemin et retrouver cette même vérité (car la vérité est immuable) que cinquante ans auparavant il avait quittée. Il eut même le courage de confesser à la face de l'univers ses tristes égarements : « J'ai vécu dans l'erreur, » de condamner ses écrits, les proclamant contraires à la saine raison et funestes dans leurs résultats (2).

On recherchera sans doute les causes de la conversion d'un ennemi si déclaré de la religion. Selon les paroles citées au commencement de cette notice, la grâce est le seul moteur de ces retours admirables, dont l'Église catholique offre le consolant spectacle. Cette force qui, il y a quatorze siècles, fit

(1) Civiltà Catholica.

(2) LTn romancier moderne, G. Sand, fit également le même aveu à la fin de sa vie, en écrivant ces mots: Je me suis trompoe toute ma vie. Mais il n'eut pas le courage d'aller plus loin, et de revenir à la vérité.

d'Augustin, encore dans l'erreur des manichéens, le grand docteur de l'Église, est la même qui arracha à Franchi cet humble aveu, que la vérité révélée, dont l'Église a le dépôt, est l'unique salut de la pauvre raison humaine.

L'UUima critica, la dernière critique, est l'ouvrage où le prodigue repentant, dans une longue et savante rétractation, déclare rentrer au sein de l'Église catholique. L'idée dominante en est de démontrer l'absurdité de ce double absolutisme de la raison et du peuple, qui découle de la négation de l'autorité de Dieu, et qui, pour conséquence, conduit à une monstrueuse anarchie. « Combien mon esprit s'égarait, écrit le philosophe devenu chrétien, quand il voulait se persuader qu'une philosophie digne de ce nom nécessitait la liberté de la pensée et de la parole, de la conscience et du culte, de l'association et de la presse ; mais cette liberté, telle que la requiert la politique moderne, n'est qu'une exagération manifeste. » Aussi ne conseille-t-il point d'aller à ce honteux matérialisme demander la régénération de la société civile.

A l'occasion de cette conversion étonnante, on aime à se rappeler les paroles de saint Rémi à Clovis :

— Adore ce que tu as brûlé, et brûle ce que tu as adoré.

Quel sacrifice plus pénible pour l'amour-propre que cette soumission aux vérités divines, après les avoir tant de fois niées et ridiculisées ; mais, d'autre part, quel sujet d'admiration que celui qui reconnaît ses erreurs et a le courage de les désavouer ! Hien de plus humble et de plus admirable que les dispositions nouvelles d'Antonio Franchi, que cette sincérité qui paraît dans ses récents écrits. Nouvel Augustin, il expose ses confessions, et, faisant un examen rigoureux de sa vie, -il réfute le rationalisme avec une telle puissance d'arguments, que les positivistes les plus convaincus, s'ils étaient de bonne foi, seraient dans l'impossibilité de ne point se déclarer, comme Franchi, vaincus et forcés d'abandonner leurs erreurs.

Page 1