ANTONIO FRANCHI
Mais écoutons-le :
a Ce système, dans la pratique duqueJ, en m'éloignanl de Dieu, je pensais trouver l'harmonie du cœur el de l'intelli gence, Don moins que la paix de rame, u'étail qu'un dont, grâce à Dieu, il fui tiré à temps. « Il convenait cependant de me refaire entièrement, de remonter aux cause ette
nouvelle reprise d'études faites aV€C ttnr liberté Si UM itnpCU
tialitépius sincères et plus parfaites que la première fois, devait
elle. -tuer mon retour du rationalisme an christianisme, et par
conséquent au catholicisme, seule forme vrai-' de la religion chrétienne, et à L'Église, qui en est la forme unique historiquement vrai»1. »
De crainte qu'on ne vienne à se méprendre sur sa pensée,
Franchi se hâte d'ajouter :
« Je dis religion et Église catholique, c'est-à-dire romaine, puisque l'Eglise et la religion catholique est la seul»' qui ait son centre à Rome et dont le Pontife romain soit le chef.... A mes yeux, c'est une vile hypocrisie, une infâme perfidie, de se dire catholique et d'être en réalité pire qu'un protestant. Car au jour où Ton cesse de soumettre sa volonté, en tout et pour tout, à l'autorité de l'Église et du Pape, où le jugement de la propre raison commence à les vouloir anéantir, on doit déclarer : Je ne suis plus catholique, mais rationaliste. Et de même, quand, dans le repentir, on sent renaître la foi chrétienne catholique, on doit en même temps reconnaître l'obligation d'une soumission absolue de cœur, d'esprit et de volonté à l'autorité de l'Église et du Pape. Ainsi agit, sans restriction ni exception d'aucun genre, celui qui n'établit point une distinction entre être religieux et être homme de bien. »
Paroles vraiment d'or, qui nous révèlent combien est sincère la conversion du philosophe, combien loyal son retour à la foi de son enfance.
Au milieu de la joie et du bonheur que procure aux catholiques un merveilleux changement, il ne reste qu'à formuler ce
vœu : Puissent les disciples de Franchi qui ont connu les égarements de ce grand esprit, s'inspirer des exemples du maître, et, avec lui, courber leur front superbe sous la croix du Golgotha ! Qu'ils n'attendent point que cette illusion que leur fait une espérance présomptueuse les conduise à une autre illusion, plus funeste encore, celle du désespoir.
FROMENTIN (Eugène)
PEINTRE, DE l' ACADEMIE DES BEAUX-ARTS.
o A ne hanter que les sommets, on ne peut moins faire que de s'approcher de Dieu. »
(H. Jodin.) .
Une mort prématurée enlevait, en 1876, aux arts et aux lettres, cet artiste célèbre. Il n'avait que cinquante-six ans, et le front déjà ceint d'une double couronne, l'avenir lui promettait de nouveaux lauriers, si une maladie maligne n'était venue moissonner en quelques jours tant de gloire et d'espérance.
Eugène Fromentin était né près de la Rochelle.
c Tous ont parlé de lui, écrivait M. Henri Jouin. Publicistes, critiques, orateurs, prélats, hommes de guerre, tous ont rendu justice au peintre, à l'écrivain, à l'homme privé, au chrétien. Une sorte d'attraction a porté grand nombre d'esprits de ce temps vers l'artiste et le penseur, dont la main vaillante a tenu, sans fléchir, la plume et le pinceau.
Mais à défaut de la présence du peintre, son souvenir et ses œuvres restent.
« Fromentin, a dit M. Pailleron à l'Académie, artiste avant tout, peintre délicat, écrivain raffiné, plus écrivain encore que peintre, obsédé par un idéal qu'il a placé lui-même hors de sa
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portée, essaye de l'atteindre avec sa plumej trouvanl son pinceau insuffisant.
» Jamais satisfait, tourmenté du mal de ce mieux qu*il a l'impérieux besoin d'exprimer, ce qui 'm semble incomplet
dans son tableau, il le parlait dans son livre.... Mais cela ne
suffit pas a cet insatiable ; de même qu'il a retourné la toile, il tourne la page, et, cette fois, il s'en prend aux maîtres i !. Il
les contemple, il s'y unit, il s'y absorbe ; car il veut truuwi
en eux ce qu'il cherche en lui, et quand il le- découvre avec ce que le désir a de plus subtil, il le célèbre avec ce que le talent a de plus exquis. Émerveillé, ravi, il va et vient éperdument de l'une à l'autre de leurs beautés, et c'est une jouissance délicieuse de voir se poser tour à tour sur ces fleurs de l'art la Heur ailée de sa pensée. »
Que le talent de cet homme ait des faces multiples, qu'il se montre à nous sous un double aspect, nous ne pouvons en être surpris, bien que les esprits de cette trempe soient rares. Tels nous pouvons compter Léonard de Vinci, Bramante, Benvenuto, Michel-Ange, Palladio, tous ces hommes de haute taille qui se sont délassés du ciseau, de la palette ou de l'équerre en prenant la plume.
Peintre, Fromentin l'a été depuis le jour où il a signé ces toiles admirables, les Gorges de la Chiffa, la Place de la Brèche à Gonstantine, le Fauconnier arabe, jusqu'à l'heure où il exposait sa Fantasia et sa Halte des muletiers.
Ses succès l'avaient rendu prisonnier du désert d'Afrique, orientaliste à perpétuité, peintre de genre contre son gré. Les marchands, les amateurs de tableaux le repoussaient à l'envi vers le Tell et le Sahara, qu'il aurait voulu fuir. C'est que nul autre ne reproduisait plus merveilleusement les hommes et les choses d'Afrique. Il eût voulu s'y dérober; mais sans cesse on lui disait :
— Non, faites-nous quelque chose d'algérien.
(i) Dans ses Maîtres d'autrefois.
Il pestait, et, pour la centième fois peut-être, il recommençait le petit cheval blanc, le ciel bleu, l'arbre inconnu dans la botanique et le petit Arabe aux bras nus. Et ensuite, montrant une de ces jolies toiles et levant les épaules avec impatience, il disait, raconte Maxime du Camp :
— Se suis condamné à ça à perpétuité.
Et cependant la préparation de ses œuvres, les études fondamentales avaient manqué à l'artiste. Jusqu'à l'âge de vingt ans, il s'était attardé dans l'étude d'un avoué, où son père l'avait placé sans consulter ses goûts. Que faisait-il devant ce papier timbré, en face de ces arides formules du code ? Une voix s'était fait entendre à lui, et un jour d'automne, se trompant de rue, au lieu de se rendre chez son patron, maître Denormandie, il était allé frapper à la porte du peintre Rémond. Le printemps suivant avait vu Fromentin se ranger parmi les élèves de Gabat.
C'est à l'école de ce maître que se forma le talent de l'artiste.
« Il y a chez Fromentin, écrit M. H. Jouin, comme chez Musset dans ses bons jours, une poésie voilée, à travers laquelle perce une émotion sincère et toujours élevée. Ce peintre est un gentilhomme : Marilhat, Decamps, Delacroix n'ont pas sa crânerie. Watteau l'a possédée. Distingué comme Watteau, Fromentin, plus heureux encore que son devancier, est entré en colloque avec la nature. Ses yeux l'ont contemplé sans se lasser du spectacle. Son âme est allée vers l'âme des sites et lui a ravi son secret. C'est pourquoi toute composition de Fromentin est à la fois élégante et attendrie, baignée de lumière et plus encore de poésie rêveuse. La nature qu'il rappelle est sévère sans austérité. Je ne sais quoi d'ému se dégage de ces toiles : sunt lacrymœ rerunu Voilà ce que Fromentin peut revendiquer sans nulle crainte. Ils sont nombreux, croyez-le bien, les peintres aujourd'hui fêtés, auxquels on ne voudra pas reconnaître, après leur mort, un patrimoine de cette importance. »