‹ Chrétiens illustres au XIXe siècleChapitre 27 sur 44 · LAD · texte numérisé non relu

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littérateur, aussi bien que celle «lu théologien el du dévot. » On voil «in»' la forme comme le fond que l'auteur Bail donner à ses écrits doivenl leur donn r un grand intérêt.

Ladj Fullerton ne fui pas seulement un écrivain distin né, mais avant toutel surtout une grande chrétienne, au mar quable par son esprit de charité que par la haute culture de son intelligence. Les lettres l'ont regrettée, les chrétiens pan . Ton! pleurée, car elle fui pour ces derniers une mère et un*'. providence. A Londres, son salon était fréquenté par l'élite des catholiques anglais. M. de Melun, reçu par elle dans son voyage en Angleterre, lui rend ce témoignage :

« Je fus reçu chez l'illustre lady Fullerton, dont les écrits religieux ont rendu le nom européen, et que sa charité a placée à la tête des catholiques anglais. Elle me présenta à l'aristocratie catholique du pays, qui me reçut comme un frère. Dans le salon d'élite où je fus introduit, toutes les questions religieuses étaient à l'ordre du jour, et à l'ardeur de leur langage, il n'était pas difficile de reconnaître des néophytes qui, après avoir lutté longtemps pour la liberté, tenaient aujourd'hui à donner une large place à la religion dans les affaires de leur vie, comme ils lui faisaient une large part de leur fortune. On sortait de ces réunions édifié et fortifié. »

Une lettre, adressée d'Angleterre à Y Univers à l'époque de la mort de Georgiana Fullerton, arrivée en 1885, montre que la perte de la noble Anglaise fut aussi cruellement sentie par la colonie française que par les religieux auxquels elle se montra si dévouée.

En voici quelques passages :

« La mémoire de Lady Georgiana est ici en bénédiction,

car sa longue vie, bien orientée vers Dieu, n'a été qu'un doux

reflet de sa charité. En cette noble lady, les pauvres, les

malades perdent une véritable mère, toujours prête à les

consoler, à les soulager, à se dépouiller pour eux, et les

œuvres catholiques un soutien intelligent, dévoué et puissant.

» Mais si, pour ious les cœurs catholiques en Angleterre, cette mort est un deuil douloureux, elle l'est particulièrement pour notre colonie.

» Lady Georgiana avait, en effet, pour elle, une tendre sympathie, car son amour pour l'Église lui avait communiqué l'amour pour la France.

» Auxiliaire dévouée et infatigable de tout ce qui pouvait contribuer au bien de nos compatriotes exilés et réfugiés à Londres, la maison et les écoles de Notre-Dame de France la considèrent avec raison comme leur bienfaitrice insigne. Aucune épreuve n'a pu affaiblir cette prédilection de son grand cœur pour la Mission catholique de la France à Londres, et l'un de ses derniers actes de charité a été encore pour elle.

» Il y a de cela trois ans à peine, malgré son grand âge, ses infirmités et ses travaux, elle voulut organiser une vente de charité pour l'Église et les écoles françaises. Ne s' épargnant en rien pour la faire réussir, elle-même présida les réunions préparatoires, distribua les rôles avec un entrain admirable, rédigea la lettre-circulaire de sa propre main et l'expédia à un nombre considérable de personnes. Le temps de la vente arrivé, on la vit partout, deux jours consécutifs, se transformer joyeuse et active en marchande très intéressée et aimable : « Elle était, disait-elle, si heureuse de consacrer son temps et de dépenser ses dernières forces pour la France! »

» Aussi M. Tissot, alors notre ambassadeur, touché de son dévouement, écrivit-il à la pieuse lady ces paroles, arrachées par 1'admiraticn à son cœur d'honnête homme et de Français, en dépit de toutes les instructions officielles :

» — Je vous suis, Madame, personnellement reconnaissant de l'intérêt que vous portez à nos religieux.

» La mort vint priver la colonie française des bienfaits de la noble convertie, près de laquelle tous retrouvaient aide et * protection, avec Dieu en sus, la charité et la piété. »

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(( Le graveur Gaillard fut jadis un libre-penseur des plus incrédules. Il combattait môme avec une certaine àpreté toutes les idées religieuses. La force <it la beauté de la vérité ont eu raison de lui. »

Ces paroles que nous lisons dans la Petite Guerre de L<''<> Taxil expliquent pourquoi nous insérons dans ces pages le nom de Ferdinand Gaillard.

Le Voltaire appelle cet artiste « le chef reconnu de la gravure contemporaine, le rénovateur de l'art du burin. » Il avoue que sa mort « enlève au pays une de ses gloires les plus pures, au xixe siècle une de ses figures les plus grandes. »

D'origine franc-comtoise, Claude-Ferdinand Gaillard est né à Paris en 1834 dans une condition modeste. De bonne heure il fréquenta les écoles spéciales de dessin populaire et grandit par ses seules forces. Ses aptitudes pour le dessin se révélèrent dès l'enfance. Il passa par l'atelier de Léon Gogniet, devint élève des Beaux-Arts et obtint, à dix-huit ans, le second prix de gravure. Dès 1856, il avait conquis le premier grand prix de Home et partait pour y habiter la villa Médicis.

L'une des premières œuvres de Gaillard, celle qui avait attiré d'une façon spéciale l'attention du public, fut la gravure de l'Homme à l'œillet de Van-Eyck. Ce morceau, grand comme la main, parut dans la Gazette des Beaux-Arts, et les connaisseurs estiment que l'artiste n'a rien fait de plus achevé.

Cependant Gaillard était privé de ressources personnelles qui pussent l'aider à se perfectionner dans son art. Mais, à

force d'économies, de Rome il va étudier à Athènes, à Naples et jusqu'à Consténtinople. C'esl vers cette époque, qu'après la fougue de sa jeunesse, il revint à des idées plus saines et plus chrétiennes. Alors l'art lui apparut dans toute sa grandeur avec l'idéal de la beauté surnaturelle et devint pour lui une mission, la mission de l'artiste de Dieu : on vit sa foi grandir avec son talent., dont il ne faisait point parade. C'est cette foi profonde qui bientôt élèvera si haut Gaillard dans l'art religieux et le distinguera de la foule des peintres, qui encombrent chaque année le Salon de mornes tableaux de sainteté, uù l'on peut sans doute apprécier l'habileté de l'ouvrier, mais que l'absence de convictions religieuses rend si froids et dépourvus de sentiment.

Chaque année, néanmoins, apportait à notre artiste médailles et distinctions.

A l'Exposition universelle de Vienne, où était réunie son œuvre de peinture et de gravure, le modeste artiste acquit à la France un grand honneur, en remportant sur ses concurrents de toutes les nations et sur les plus célèbres peintres, sculpteurs, architectes et graveurs, hormis ceux d'Autriche, la grande médaille d'or, récompense unique dans ce genre. A cette occasion, les journaux allemands proclamèrent Gaillard le chef de l'école moderre de gravure, l'égal d'Albert Durer et de Rembrandt, et grâce à l'artiste chrétien notre pays recueillit là un véritable triomphe.

Depuis cette époque, l'éminent graveur ne cessa de paraître au premier rang de tous les jurys et des commissions d'art : il fut élu à l'unanimité président de la Société des graveurs de France.

Ferdinand Gaillard vivait comme un moine. Il eût pu être riche, très riche même, il voulut vivre pauvre, ne travaillant jamais pour l'argent qu'il méprisait en vrai chrétien et en véritable artiste. De ce qu'il gagnait, il gardait pour lui les

quelques centaines de franc \ n< i sa i ie d'anacho

rète. Ces faibles ress ce ubvenaienl également aux besoins

de sa vénérable mère el d'une famille nombreuse; le pour les pauvres.

« Je n'ai pas eu l»1 bonheur de connaître cet homme admirablement doué et si digne du talent que Dieu lui avait donné, écril M. Albert Rogat, mais aux dévouements qui lui survivent et aux soins pieux dont entourent sa mémoire les braves cœurs de ses plus vieux amis, je puis juger quelle âme cl'élite palpitait sous ce grand artiste. Le public qui va, tout naturellement, aux Georges Onhet île la peinture, ne connai sait guère l<i nom de Gaillard. Mais, dan- le monde artistique, grande était la place faite à Gaillard. »

Les récompenses officielles ne lui ont pas manqué. Il «'tait décoré de plusieurs ordres étrangers et commandeur de l'Ordre do François-Joseph d'Autriche. En France, il ne fut qu'officii r de la Légion d'honneur, chez nous il n'eut jamais la médaille d'or. Et en voici la raison donnée par le Rappel, journal athée, avec un rare cynisme. M. C. Fréminé veut bien avouer que si Gaillard n'a pas eu la médaille d'honneur, « bien qu'il l'ait méritée plusieurs fois, c'est parce que, tout en reconnoisini son grand talent et son autorité, ses confrères ne voulaient pas se donner un moine pour directeur. »

Quel jour de tels aveux ne donnent-ils pas sur l'indépendance d'esprit et la hauteur d'idées attribuées par les écrivains incrédules aux artistes français contemporains! Ainsi, ce sont les étrangers surtout qui ont dû rendre à Gaillard la justice la plus complète, en lui donnant la première place au milieu des graveurs contemporains.

C'est, en effet, dans la gravure que Ferdinand Gaillard était sans rival. Quand on pense à la lenteur et à la délicatesse des procédés de l'art du graveur, on peut dire, surtout pour Gaillard, que le génie est fait de patience.

Il a fallu à cet homme la claustration absolue qu'il s'était

l:;i LITTÉRATEURS, BAVANTS ET ARTISTES

imposée, cette consécration de sa rie entière à l'art et à la re-

ligion, pour lui permettre de laisser une œuvre si considérable.

La seule énumération des planches du grand artiste nous

mènerait trop loin. Citons an hasard : Le Condottiere, d'après

Àntonello, de Messine, Dom Guéranger, lu Vierge, d'après Boticelli, les splendides portraits de Pie IX et de Léon XIII. « C'est dans ses différents travaux qu'on peut admirer la souplesse et la variété du talent de Gaillard, rendant avec un égal bonheur la grâce et la mollesse des maîtres de la Renaissance, et la précision et la sécheresse des primitifs vers lesquels le portent ses prédilections et des affinités de tempérament (1). »

Quand la mort est venue le surprendre, Gaillard travaillait à la Joconde et à la Cène de Léonard de Vinci. Il disait qu'en six ou sept années il aurait achevé le grand œuvre de sa vie, cette Cène immortelle presque disparue et qu'il voulait reconstituer avec des documents recueillis depuis longtemps en Italie, en Allemagne et en Angleterre. D'Italie, Gaillard avait rapporté d'admirables aquarelles et des dessins d'après les peintures récemment découvertes à Pompéi. L'État s'en est rendu acquéreur, ainsi que du Portrait de matante, payé 26,000 francs."

« Comme, ajoute Albert Rogat, cet artiste eut également de grandes qualités, le Saint-Sébastien, qui a passé du musée du Luxembourg au musée du Louvre, et le Portrait de ma tante sont, dans des genres différents, deux œuvres capitales. Le corps du Saint-Sébastien est admirable et montre quelles solides études sur le nu avait faites Gaillard. Quant au Portrait de ma tante il vaut les plus beaux portraits d'Ingres. »

En 1859 ou 60, raconte Meurville, l'artiste rencontra à Pérouse un jeune Français qui étudiait comme lui et copiait les œuvres du Pérugin; tous deux lièrent connaissance, se retrouvèrent plus tard à Rome et il leur arriva souvent de discuter les questions religieuses.

fi) Alb. Rogat, dans l'Autorité.

Gaillard à cette date était plu qu'incrédule, Il apportai! une

certaine ftpreté à combattre les idées religieu e d jeune

compagnon. Celui ci les défendait de son mieux, avecdouceur, conviction et non sans un certain savoir. La dernière fois qu'ils se rencontrèrent ce fut à la Villa Médicis: Gaillard revenait toujours aux mômes arguments comme s'il eut voulu convaincre son adversaire, finalement il le quitta sur ces mot

— Vous êtes encore bien jeune; je vous donne rendez-vous à Paris dans dix ans d'ici, el je vous parie ce que vous voudrez que vous aurez changé de manière de voir. Votre foi admirable, mais elle est absurde; vous vous en apercevrez et vous en reviendrez.

— Non, répondit avec une foi naïve son jeune adversaire, je ne compte pas vous retrouver à Paris, et il est possible que nous ne nous îwovions plus. Je vous donne rendez-vous au jugement dernier, et vous verrez alors si j'avais raison.

Tout autre que Gaillard eût éclaté de rire; mais son esprit sérieux fut vivement frappé de cette audace d'enfant; il le regarda un instant, stupéfait et touché jusqu'au fond de son être par cette foi sans bornes :

— Adieu donc, dit-il, je me souviendrai de ça.

Les deux adversaires ne se sont jamais revus, mais ils se rencontreront au jugement dernier, et, en attendant, Gaillard est revenu de ses premières idées à tel point qu'il est mort avec l'habit du Tiers-Ordre franciscain.

L'Église se montra pleine de tendresse pour un fils qui lui faisait tant d'honneur. Le pape Pie IX et son successeur Léon XIII, desquels il lit d'admirables portraits, lui donnèrent plusieurs fois l'hospitalité au Vatican. Ferdinand Gaillard a fait aussi ceux du cardinal Pie, du comte de Chambord, de dom Guéranger, et jamais il n'a voulu exécuter un travail qui ne fût directement pour l'art et pour l'exaltation d'un personnage tenant une place dans l'Église.

Tel est l'homme que la mort a ravi dans la fleur de son âge

et la foire de son talent. Il est de ceux dont les travaux ont une récompense supérieure à celle de la terre. Nous sommes heureux d'avoir pu faire admirer quelques traits de cette noble figure d'artiste et de chrétien, qui, à ce double titre, a procuré tant d'honneur à notre pays.

GUERIN (Victor)

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