VICTOR GUÉ
il a eu aussi de cruelles douleurs. Des epl enfanta qui fai aient sa richesse et celle de sa noble femme, cinq lui on! i té enli dès leur adolescence (1) i
En 1880, le savant avait publié un volume qui a pour litre : Description géographique, historique <i archéologique <l> lu Palestine*
L'auteur y décrit jusqu'au plus petit hameau de cette contrée privilégiée, pensant à juste litre qu'un pays aussi célèbre devait Être exploré en tous sens. Il va sans dire que les localités marquées par des miracles, le passage ou le séjour du Sauveur ont été, de la part de M. Guérin, l'objet d'une attention particulière, par exemple Nazareth, Naïm, Cana, le mont Thabor, Capharnaûm, Bethsaïde, Magdala, Tibériade, la montagne des Béatitudes , tous les alentours enfin de la petite mer de Galilée tant de fois sillonnée par ta barque du Sauveur Jésus.
Le judicieux observateur réfute par avance ceux qui l'accuseraient de s'attarder en ces lieux, souvent si stériles et si sauvages aujourd'hui.
« Quelques lecteurs trouveront que je suis entré dans des détails trop minutieux ; mais il faut se rappeler que j'étudie une terre sainte entre toutes, théâtre des plus graves événements qui se soient accomplis dans le monde. Tels sont les principes qui m'ont guidé et soutenu dans mes divers voyages en Palestine depuis 1852. Mon unique ambition a été de contribuer, selon mes faibles moyens, à jeter une nouvelle lumière sur un pays qui, dans les desseins de la Providence, a été choisi pour [réparer, par son histoire, et voir ensuite se réaliser le grand mystère de la Rédemption.
» De plus, en même temps que le chrétien y foule à chaque pas les vestiges des augustes personnages qui ont été la figure anticipée du Messie et les traces infiniment plus vénérables
(1) M. Deltour.
encore du Messie lui-même, les Français y rencontrant également partout les mômes souvenirs toujours vivants de l'occupation et des exploits de leurs aïeux. A ces deux titres, et comme chrétien et comme Français, je me suis particulièrement attaché à cette terre, berceau de ma foi et lambeau détaché de ma patrie, et je me suis imposé la tâche de la mieux faire connaître à tous ceux pour qui la patrie et la religion sont chères. »
Tels sont les principes qui ont dirigé M. Guérin dans l'étude de celte vénérable antiquité.
En 1882, l'Académie française, reconnaissant et consacrant son mérite, accordait à ce savant un prix de 2,000 francs pour son œuvre intitulée : la Terre-Sainte , magnifique volume illustré de vingt et une planches en taille-douce et de trois cents gravures sur bois. Si le cadre de ces pages ne s'y opposait, il nous serait agréable de reproduire des passages de ce beau livre où l'auteur prouve l'authenticité de l'emplacement actuel du Saint-Sépulcre, authenticité sur laquelle on a essayé de jeter des doutes. La démonstration de M. Guérin est péremptoire : la piété chrétienne peut se rassurer. Lorsque le pèlerin s'agenouille dans le Saint-Sépulcre de Jérusalem, c'est bien au lieu même où a reposé le corps du divin Crucifié.
Cet auteur restera le maître et le modèle de tous ceux qui se hasarderont à écrire sur la Palestine.
« Mais la qualité qui dominait toute autre en M. Guérin, c'était sa foi.
» Il avait eu le bonheur d'avoir pour mère une femme qui comprenait en chrétienne la mission sublime de la maternité, qui est de former le Christ dans l'âme des enfants. Le jeune Victor fut bercé au récit des principaux événements de l'Ancien et du Nouveau Testament; il apprit à lire dans une vieille Bible illustrée que sa mère lui commentait avec
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son cœur de croyante : il en ressenti! des impre lions qui ne B'effacèrenl jamais. »
Naguère il écrivait à ce souvenir :
« Les Évangiles me ravissaient, el le nom divin du Messie, prononcé toujours i>;ir ma mère avec un religieui n éclipsait pour moi tous les autres noms. •
Heureux les enfants qui on! une telle mère pour veil sur leurs jeunes ans et les former à la piété.
Chez Victor Guérin, la foi alla toujours grandissante. Ce n'était pas seulement un respect platonique pour la religion, ni nue croyance vague et indécise; c'était une adhésion complète, de cette intelligence supérieure, à tous les dogmes divins et ecclésiastiques. Cet homme dont le nom faisait autorité remplissait ses devoirs religieux avec la candeur d'une jeune fille. Sous la tente, pendant ses longs voy. en Orient, comme dans sa paroisse à Paris ou dans la modeste église de la Cenevraye, ce savant plein de foi rendait à Dieu ses adorations avec une simplicité ferme qui imposait le respect à tous, aussi bien à l'Arabe du désert qu'à ceux de ses compatriotes qui n'avaient pas le bonheur de part ses convictions.
« Cette foi, qui n'a jamais subi d'éclipsé, s'affirme dans les milliers de pages tracées par sa plume féconde. Le prophète royal chantait : « Gredidi, propter quod locutus sum, J'ai cru, voilà pourquoi j'ai parlé. » M. Guérin aurait pu dire : « J'ai cru, voilà pourquoi j'ai écrit. »
« En lui s'est opérée l'alliance si désirable de la science et de la foi; mais, dans cet esprit si loyal, la foi prime la science dont elle est la sœur aînée. » 11 en devrait toujours être ainsi. Saint Thomas d'Aquin mourant s'écriait : « 0 mon Dieu, c'est pour l'amour de vous que j'ai travaillé ! » L'auteur dont la main maintenant est glacée aurait pu s'approprier les paroles du docteur angélique.
« Pendant près de quarante ans , il écrivit sans se lasser,
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avec un enthousiasme qui ne nuisait en rien à son exactitude scrupuleuse, sur cet Orient qui fut la passion de sa vie; mais il visait surtout à faire connaître et aimer « le Verbe divin, descendu sur la terre pour relever l'humanité déchue. » Je
cite ses propres paroles.
Pourquoi ne le dirais-je? Ce catholique si fervent eut à souffrir pour la foi.
« Certains honneurs officiels justement mérités lui furent refusés; les portes de l'Institut ne s'ouvrirent pas devant lui, parce que partout il soutint et défendit les croyances chrétiennes, et ne diminua jamais les vérités, pas plus dans ses écrits que dans son cœur. Une telle fidélité à la foi n'est-elle pas pour les deux enfants qui lui restent , sur les sept que Dieu lui avait donnés, un patrimoine plus précieux que les distinctions les plus enviées? Comme l'intrépide général de Sonis, cet autre saint laïque de notre génération, M. Guérin aurait pu s'écrier : « Quand on se met à aimer Dieu , on ne peut l'aimer assez. »
» De quel éclat cette foi inviolée brilla au soir de sa vie î
II y a un mois à peine, j'entendais ce père m'exprimer sa joie de ce que l'un de ses fils allait bientôt revêtir le costume lévitique.
» Quelle humilité dans ce savant si profond! Je le vois encore, et j'en suis tout ému, s'agenouiller tout vaillant devant ma pauvre personne pour me demander ma bénédiction sacerdotale (1). »
Après tant de travaux si remarquables pour la France et l'Église, Victor Guérin n'avait eu aucune récompense des biens d'ici-bas. Les livres savants coûtent beaucoup et ne rapportent guère. Sa récompense et celle des siens sont d'un ordre supérieur. Mais Dieu voulut le purifier par la souffrance avant de
(1) Allocution prononcée aux funérailles de M. Guérin, par M. l'abbé Barbier, curé de Nemours.
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lui accorder cette rôcompen e surnaturelle. Éprouvé par une cruelle maladie depuis plus de deux an , M. Guérie l'était relire dans sa campagne de Lu Tour (Seine-el Marne et j semblait reprendre i;i vie ei l'activité dont il avait besoin.
Nous étions heureux, écrit l'un «les Biens, espérant que le Ciel allait enfin répondre à nos prières et qu'une améliora tion allait se produire. Dieu n'en a pas jugé ainsi. Une crise grave étant survenue, il eût fallu de grandes foires pour la supporter; malheureusement la faiblesse du malade devint vite 1res mande. En môme temps, les souffrances étaient atro et constantes; cependant, même au milieu dc> plus grandes douleurs, il garda la patience et le courage, et jusqu'à la dernière heure, il eut une parfaite connaissance d'esprit qu'augmentait encore l'horreur de cette lutte acharnée entre la vie et la mort. Enfin, après trois heures d'agonie, il rendait à Dieu sa belle âme, que sa vie toute de labeurs avait sanctifiée, mais qui depuis deux ans avait été purifiée et grandie encore par les souffrances tant morales que physiques. »
« De telles séparations, a écrit son panégyriste, déchirent le cœur, mais combien elles remplissent de consolations l'âme des croyants! Sa veuve, ses fils, ses parents, animés des mêmes sentiments de foi, ne sont point contristés comme ceux qui n'ont point d'espérance. Ils ont la certitude de rejoindre devant Dieu celui qui les a quittés. Quant à ce pieux défunt, il me semble que de ses lèvres closes désormais s'échappe la parole d'un éminent publiciste chrétien de notre époque : « J'ai cru, je vois. Je vois ce que j'ai désiré, je possède ce que j'ai espéré, je contemple ce Christ que j'ai tant étudié, je retrouve à ses pieds ceux que j'ai pleures, et à tous ceux que j'ai laissés après moi, je dis : Au revoir! Et je leur donne rendez-vous au ciel. »
JAMIN (Jules)