SECRÉTAIRE PERPÉTUEL DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES
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plusieurs autres, qui pendant la plu [rande partie de leur carrière ne prennent pas le temps d< cuper de qui lions religieuses, «'t. par suite, mettent de côté Irop longtemps les pratiques de la rie chrétienne, mais qui n'en conservent
p;is moins, nu fond <ln cœur, une foi invariable à toutes les vérités catholiques. Pour eux, la religion (et c'est leur gloire) est bien toujours la fidèle dépositaire et la gardienne des grandes vérités morales, patrimoine <l»1 l'humanité et vie des sociétés comme «les individus.
M. Jules .lamin était convaincu que la science, comme l'esprit, es! faite pour conduire à la vérité «it au souverain bien, et que l'homme qui, sans passion, sans préjugé, étudie la nature, le regard fixé vers la lumière éternelle, ne peut : la Révélation surnaturelle.
« Aussi jamais, comme nous l'écrit l'un de ses plus dignes amis qui connaissait bien ses sentiments intimes, jamais dans ses discours publics et dans ses entretiens privés M. Jamin n'a xlonné signe de libre-pensée; il a toujours professé au contraire des doctrines spiritualistes, se plaisant à prononcer le nom de Dieu et de la divine Providence, à faire éclater la puissance du Créateur, en décrivant les merveilles de la nature. »
Certes, ce n'est pas ce qu'ont proclamé les louangeurs officiels et les publicistes dans les discours prononcés sur sa tombe, et les journaux, en donnant des détails sur les travaux et la vie du regretté secrétaire de l'Académie des sciences. Ce qu'ils n'ont pas osé dire, notamment, c'est que, quelque temps avant la fin de sa carrière, le savant était revenu entièrement aux sentiments les plus chrétiens; c'est que spontanément, et dans la possession complète de ses facultés, il avait demandé plusieurs fois Mgr Langénieux, et voulu, par son ministère, recevoir les sacrements de l'Église.
Dans cette circonstance il dit ces paroles, preuve manifeste de ses bonnes dispositions :
— Si Dieu me rend la santé, j'irai à l'Académie, appuyé sur mon docteur et sur mon archevêque, et je dirai à mes collègues, en leur montrant celui-ci : Voilà le vrai médecin qui m'a guéri; il a les paroles de Jésus-Christ, qui es! la vérité et la rie.
M. Jamin recouvra, en effet, la santé pendant de longs mois, et demeura fidèle aux sentiments qu'il exprimait si bien, continuant avec une foi vive et une touchante simplicité à prier et à accomplir tous les actes de la vie chrétienne, suivant le conseil d'Ozanam : « Il faut devenir simple, humble avec les hommes, et point raisonneur avec Dieu. » Ces pratiques religieuses lui firent retrouver dans la foi de son enfance toute la lumière nécessaire à sa vieillesse, la sanctification de ses joies domestiques et la consolation dans ses peines.
A plusieurs reprises, au témoignage de Son Éminence le cardinal de Reims, en présence de ses enfants, M. Jamin répéta ces mots :
— La première partie de ma vie a été uniquement consacrée à la science : je veux consacrer le reste de mes jours à prêcher le Dieu de la science. J'ai à réparer et je veux compléter ma vie. Dites bien haut que je remplis mes devoirs de chrétien en pleine connaissance et liberté. Je désire que tout le monde le sache, à l'Institut et en France.
Admirable programme que le temps ne lui permit pas de réaliser, mais qui n'en fait pas moins l'éloge du vénérable Académicien.
Voilà bien le savant qui ne cache pas sa foi, mais au contraire s'en fait gloire à juste titre. Sur lui le respect humain n'a nulle prise.
M. Jamin est mort depuis, en I88G, fidèle à ses convictions. Aussi, en ce temps où le matérialisme s'est réfugié surtout dans la science, nous sommes heureux de nous retrouver dans la société de ces esprits éclairés, de ces intelligences distinguées, de ces âmes qui, dès qu'elles ont connu
A.LPH0N8E KAB
Dieu, deviennent véritablement forte* 1 1 généreu gnant pas de heurter les repu [nances de leui ami el de l< ai collègues, pour affirmer leuc foi el marcbei résolument ren les destinées éternelles.
KARR (Alphonsi I
LITTÉRATEUR , PUBUCISTE.
• Je vois Dieu et je lui parle dans cl de ces petites fleurs, dans chacun de ces flots et dans chacun de ces rayons. »
(Alpb. K.ARH.)
Alphonse Karr, qui vient de mourir à Nice en 1890, était à Paris. Après avoir fait ses études à l'ancien Collège Bourbon, où il professa la cinquième, il fit ses débuts comme romancier en publiant : Sous les Tilleuls, qui commença sa réputation. Dès lors, et pendant une assez longue période, ce littérateur publia de nombreux volumes, dont plusieurs eurent beaucoup de succès, tels que : Fort en thème, Plus ça change, plus c'est la mêuie chose.
Alphonse Karr a aussi collaboré au Figaro, dont il devint rédacteur en chef. En 1839, il lança une petite revue satirique, les Guêpes, dont le succès fut immense. On le voit reprendre, dans le Siècle, les Guêpes, en 1852; mais sa verve est épuisée, et cette publication tombe aussitôt. Outre les journaux cités , Alphonse Karr a collaboré à Y Artiste, à la Reçue des Deux- Mondes, au Courrier du Dimanche, à l'Opinion nationale, etc. Il a même donné au théâtre deux pièces de comédies tirées de ses romans.
Un étrange mérite d'Alphonse Karr, c'est d'être double, de réunir deux qualités opposées. « Il est à la fois romanesque et
positif, dit Théophile Gantier. Personne n'est moins dnpe que lui des mensonges humains; il trouve le côté ridicule, emphalique on déraisonnable des choses de la fie a?ec une sûreté <k
tact, une précision de coup d'œil que les satiriques les plus amers n'ont pas possédées à un plus haut degré.... Sa raillerie est impitoyable de raison, et il pousse le bon sens jusqu'à la • ruante. Il n'a accepté aucune bêtise reçue; aucun charlatanisme soit politique, soit littéraire, ne l'a ébloui ; il a poursuivi jusque dans les détours les plus insaisissables, la réclame, ce Protée moderne et l'avocasserie n'a pas eu d'ennemi plus acharné.... Pour tout ce qui regarde les usages, les préjugés, les convenances et les relations sociales, il est aussi positif que le mathématicien le plus exact. Larochefoucault n'a pas une intuition plus nette des petits motifs honteux et des lâches égoïsmes. La nature toujours vraie, toujours sincère et bonne; la nature qui n'a aucune prétention, qui n'est jamais ridicule, et dont la sérénité est si douce pour ceux qui ont connu les agitations humaines, lui inspire un enthousiasme reconnaissant.
» On voit que les arbres l'ont consolé des maisons; les rivières, des rues ; et l'aspect du ciel bleu, de l'homme et de la femme. Un sentiment très fin et très naïf de la nature respire dans ses descriptions champêtres qui sont d'une grande fraîcheur et d'une grande fidélité. Il étonne par une haute science de la vie et une plaisanterie de vaste portée. »
Ce talent de la raillerie qu'il possédait à un degré si élevé, Alphonse Karr, souvent, l'a mis volontiers et avec bonheur au service de la religion de son enfance. Combien de fois il a 11agellé de ses rires sarcastiques les prétendus athées et impies qu'il appelle et montre simplement des imbéciles. Lisons plutôt :
« Il est des gens qui ont inventé une sorte de contre-religion, qui a ses dogmes, ses rites, ses superstitions au moins autant qu'aucune religion; ces gens-là, par exemple, s'as-
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treignent scrupuleusement i mangei ra le vendredi, el fonl de cette obligation un devoir.... Ils adorent le néant, rien du tout, nikilt avec dea cérémonies dont il semble qu'ils pourraient se passer. Leurpcw de cuite est un culte rigoun leur athéisme est une religion; ils adorent * pas de D\ avec pompe, Fanatisme et superstition, el surtout beaucoup de bruit...,
» L'athéisme, la plus grosse, la plus insoutenable et, d certains cas, la plus malheureuse des bêtises, provient, j'en suis convaincu, pour la plupart, des malheureux crétins qui le professent, de ce qu'ils n'ont ni la possibilité, ni le loisir, ni le goût d'étudier, de connaître, de contempler la nature. De tous les arguments qu'on peut opposer à cette imbécillité de l'athéisme, le plus triomphant est, sans contredit, l'étude de l'histoire naturelle, beaucoup trop négligée dans nos collèges.
• Quand on lit les récits des voyageurs aux pays sauvages, on voit ees peuples si enfants, si peu éclairés, s'imaginer quelquefois des dieux bizarres, monstrueux, ridicules, mais on ne les voit jamais ne reconnaître aucun Dieu. J'ai toujours été frappé de la réponse de Vendredi à Robinson le questionnant sur sa religion :
» — Nous regardons le ciel, dit-il, et nous disons : Oh
» Sur la cote du Goromandel, les naturels regardent le ciel au soleil levant, et crient avec enthousiasme : Tam-Tam, c'està-dire : Dieu, Dieu !
» Il suffit de regarder une fois avec attention un brin d'herbe ou une goutte d'eau, que tous les hommes réunis ne pourraient créer ni détruire, pour être convaincu de l'existence d'un Être suprême, créateur de la nature. Il suffit de se regarder, de se contempler, de s'étudier soi-même (si mal bâti, si bête que Ton soit), pour voir un admirable ouvrage qui ne peut s'être fait lui-même.
» ... Donc, s'il se trouve par hasard quelque athée véritable, ce dont je doute, son incrédulité ne pourrait résister à trois ou
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quatre questions bien simples; !ti vrai athée, s'il existe, est quelque chose de bizarre, de rare et de curieux à examiner, et on comprend facilement ce que fit le savant Père Oudin, auquel un jeune homme lit la proposition de discuter avec lui, en ajoutant :
» — Je commence, mon Père, par vous dire que je suis athée.
» — Ah! vraiment, dit le Père, je suis bien content de vous avoir rencontré. Faites-moi le plaisir de vous lever de votre siège.... Très bien. Maintenant retournez-vous.... Très bien, merci ! Maintenant faites trois pas.... A merveille ! Eh bien! j'avais quelquefois entendu parler d'un athée, mais j'y ■croyais peu et je ne savais pas comment c'était fait. Mille remerciements (1). »
C'est ainsi que le spirituel écrivain donne de terribles coups à ces matérialistes, ces viveurs qui, pour vivre plus à l'aise, font litière de toute croyance et de toute religion, et cela , avec une verve à l'emporte-pièce, avec une licence un peu rabelaisienne dont il a le secret, frappant fort et juste pour la bonne cause, celle de la morale et de la religion.
On sait qu'Alphonse Karr avait conservé jusqu'à sa mort des sentiments vraiment chrétiens. Un an auparavant, il reçut la visite d'un religieux de Toulouse, qui en a publié le récit suivant, bien fait pour rassurer les catholiques sur les sentiments du romancier.
« Ce poète m'a admirablement accueilli : la conversation est bientôt devenue sympathique et pleine de charmes ! Quelle simplicité et quelle solitude dans cette demeure! C'est presque la pauvreté monastique ; comme on y reconnaît bien l'esprit élevé et le grand cœur qui, ayant vu le monde de trop près, ne veut maintenant le voir que de très loin; aussi a-t-il donné à sa petite résidence un nom qui ne ressemble à aucun autre :
(l) Les Guêpes.
Alphonse KARR
Maison close, oui, close aux profane el ouverte eulemenl ;ni\ rares amis, avec le grand jour sur la mer, le fleui et le ciel bleu.
» Là, tout parle de Dieu : au ! i la peu 6e de Dieu .1 1 elle tout le temps dominé cette conversation intime el inoubliable.
Je le vois, me disait il, e( je lui parle dans chai de ces petites fleurs, dans chacun <!«' ces flots el dans chacun de ces rayons.
» — Je le vois de plus près que vous, lui ai-je dit alo dans l'Incarnation, la Croix et l'Eucharistie ; dans la nature, il montre sa puissance; ici, il se manifeste dans ce qu'il j a do plus grand, de plus infini, de plus beau dans son amour. 11 fallait qu'il arrivât là pour se révéler à mou âme. A cette révélation seule je l'ai complètement connu, je l'ai aimé, et il a ravi tout mou être, et me voici devant vous, pieds nus, avec cette corde et celte pauvre bure, et cependant plus riche et plus heureux que les rois de la terre, n'ayant qu'une passion, celle de l'aimer davantage et de le faire connaître et aimer, surtout par les grandes intelligences et les grands cœurs comme le vôtre !
» A ces paroles, le grand esprit du vieillard s'illuminait, son cœur se dilatait et ses yeux se remplissaient de larmes. 11 m'a pressé la main en me disant :
» — Ah! que ces choses sont belles! La grande joie de l'intelligence est d'entendre de hautes vérités énoncées avec des formules claires et précises.
» — Que serait-ce, lui ai-je dit, si vous entendiez Dieu lui-même parlant aux Prophètes ou inspirant les Pères de l'Église? Vous disiez, il n'y a qu'un instant, que la France s'abîmait dans la bêtise et la servitude. Le Prophète l'avait dit avant vous. Mais voyez la formule : « Quand un peuple est coupable, Dieu, pour le punir, le fait tomber sous le joug d'une multitude de tyrans ridicules : Et ujranni ejus ridiculi enint. »
» — Je déteste Voltaire, mVt-il dit, et j'ai grand' pitié de Rousseau; le premier était vil, le second était malheureux; la haine et l'orgueil ont égaré le premier, l'imagination a égaré le second.
» — Voltaire, ai-je ajouté, a démoli la société chrétienne en l'attaquant par le ridicule et en trompant les nigauds. Rousseau a pu, dès lors, élever sur ces ruines une société fantastique, idéale, qui fait le fond de toutes nos folies sociales modernes.
» Si Voltaire n'avait pas fait le vide dans les têtes en démolissant la foi et les vertus catholiques, jamais les théories si creuses de Rousseau n'auraient pu y entrer. Voltaire et Rousseau ont fait l'œuvre du mal; mais, encore une fois, Rousseau est le moins coupable et mérite compassion. Voltaire, lui, ne mérite que le mépris. La grande erreur de Rousseau, ai-je conclu, c'est de croire l'homme parfait dans sa nature ; la négation du péché originel, erreur fondamentale, est le fond de toute sa doctrine et aussi de toutes les erreurs modernes qui en sont la fatale conséquence.
» Voilà les vrais ancêtres de nos tyrans ridicules : Tyranni ridiculi.
» M. Karr a voulu garder ce texte.
» — Ce n'est pas tout, ai-je ajouté : vous me disiez, il n'y a qu'un instant, que vous trouviez Dieu admirable dans la petite fleur comme dans les astres des cieux. Saint Augustin Ta dit avant vous ; entendez sa formule : « Deus in cœlo créait t angelos, in terra vermiculos ; nec major in Mis, nec minor in islis. »
» — Admirable, admirable ! s'est écrié le vieillard ; dictez, dictez-moi !
» Et il a écrit ces belles paroles, et a été prendre un manuscrit pour m'y lire le passage suivant : « Dans l'ordre merveilleux et immuable de la nature, il n'est pas un être, quelque petit qu'il soit, qui n'ait dans la vie son rôle à accomplir;
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ions oumettenl sans hésitation, ni plainte; l'homme eul tente de s'j dérober, et de cette in mrrection 01 tent ton malheurs. •
o - Je veux garder ces paroles, ai je dil i mon tour, comme précieux souvenir.
» El comme je prenais la plume pour les écrire, il a roulu me les écrire lui-môme et me les a données avec nature,
en plaçant mon nom près du sien et médisant :
» — Ainsi, désormais, nos cœurs seront toujours nuis.
» Quand il a fallu nous séparer, M. Alphonse Karr a voulu m'accompagner à travers les petits sentiers fleuris, me donner une des fleurs qu'il cultive et arrose lui-même, me faisant promettre «le nous réunir bientôt avec le H. P. Bœtman, pour faire ensemble une fête d'amis.
» Je m'y suis engagé pour mon ami, mais à condition que « ce serait la fête de son complet retour aux pratiques les plus saintes de la religion. » Son émotion, à ce mot, était visible, et on voyait que son cœur, comme ses lèvres, disait : Oui. »
MAS (Alphonse)