‹ Chrétiens illustres au XIXe siècleChapitre 34 sur 44 · ARTISTE PE1 NT RE · texte numérisé non relu

ARTISTE PE1 NT RE

« Millet n'a pas connu rie son vivant la gloire qui déborde d<t ses œuvres et couvre son nom dans les deux mondes, mais il a goûté les avantages que procure la foi. ■

« Que la peinture, a écrit X. de Maistre, est un art sublime î Heureux celui que le spectacle de la nature a touché ! Heureux le peintre que l'amour du paysage entraîne dans les promenades solitaires, et qui sait exprimer sur la toile le sentiment de tristesse que lui inspire un bois sombre ou une campagne déserte! Ses productions reproduisent la nature. 11 crée des mers nouvelles et de noires cavernes inconnues au soleil ; à son ordre, de vers bocages sortent du néant, l'azur du ciel se réfléchit dans ses tableaux; il connaît l'art de troubler les airs et de faire mugir les tempêtes.... »

Ces lignes indiquent bien le genre du célèbre artiste Millet, le peintre des scènes champêtres, mort à Barbizan, le 20 janvier 1875. Cet artiste appartient par son origine et par ses tendances à cette pléiade de peintres contemporains, qui, tout en professant l'admiration des maîtres et en respectant leurs traditions, cherchent surtout dans la nature et leurs inspirations et leur mode d'exécution. Dans ce groupe de novateurs, quelque peu discutés d'abord, mais dont l'heure est arrivée, le peintre de Y Angélus représente une tendance très personnelle; à côté des plus illustres, il reste original comme penseur et comme peintre.

Jean-François Millet est d'origine modeste. Fils d'un berger, berger lui-même, il avait passé son enfance et une partie de sa jeunesse dans les champs. Lui-même en a raconté les

détails dans des /Votai sur sa jeune e, écrite prétention

avec une grâce un peu naïve. Millel j évoque le souvenir d'un grand-oncle qui étail prêtre el [e (il instruire :

« J'avais un vieux grand ilé'qui étail prêtre; il m'aimai!

beaucoup <•( me traînait partoul avec lui. Il paratl qu'une fois pendant la messe, jV babillai avec d'autres enfants. Lui, de place, avait toussé pour me faire signe de me taire ; j'avais cessé un instant, mais quelque temps après j'avais recommencé. Alors il était venu me prendre par le bras, pour me mettre à genoux, sous la lampe, au milieu du chœur. .!•' ne comment la chose se fit, car je n'ai jamais eu de ma vie la moindre velléité de regimber contre les corrections. Toujours est-il que son surplis 5(3 trouva déchiré. Dire de quel air consterné toute la famille me regardait ensuite ne serait pas possible. »

C'est parles soins de ce prêtre que l'enfant, sachant déjà lire des l'âge de six ans, fut envoyé à l'école. Ce bon vieillard ne manqua point de poser à la base de l'éducation de l'enfant l'instruction religieuse.

François Millet vécut ainsi longtemps dans une atmosphère de vertus et de piété, qui ne contribua pas peu à donner à son talent un caractère religieux, et à inspirer son principal chefd'œuvre, Y Angélus, qui a fait sa réputation.

Mais laissons le peintre nous parler du vieux prêtre dont l'histoire est un moment mêlée à la sienne. Ce récit n'est pas sans charme :

« Voici ce que je me rappelle avoir ouï dire sur ce grandoncle : c'était le frère de mon grand-père paternel. Il avait été laboureur toute sa vie et s'était fait prêtre assez tard. Je crois qu'il avait, je ne sais pas où, une petite cure quand la Révolution arriva. Je sais qu'il fut persécuté, car j'ai ouï raconter qu'il était venu des hommes fouiller la maison de mon grandpère chez lequel il était revenu, et qu'ils faisaient leurs persécutions de la manière la plus brutale. 11 était d'un esprit très

inventif. Il avait trouvé le moyen de se faire une cachette qui communiquait avec son lit, et dans laquelle il se jetait au moment où l'on venait.

)> Un jour, on vint si brusquement que le lit n'avait pas eu le temps de se refroidir, et malgré qu'on leur dit qu'il n'y était pas, ils s'écriaient :

» — Si, si! il y était, le lit est encore chaud; mais il aura trouvé le moyen de sortir.

» Il les entendait. Ils se mirent, de rage, à bouleverser la maison, et après s'en allèrent.

» Il disait la messe quand il le pouvait dans la maison. J'ai encore le calice en plomb dont il se servait. La Révolution passée, il était resté chez son frère et faisait l'office de vicaire de la paroisse. Il allait alors tous les matins à l'église dire sa messe. Après son déjeûner, il allait travailler dans les champs. Je me souviens qu'il m'emmenait presque toujours avec lui pour garder les bestiaux. Il avait été d'une force d'hercule.... Il était devenu très pesant, et marchait quelquefois plus vite qu'il ne voulait. Je me rappelle bien encore l'avoir entendu dire souvent :

» — Ah! la tête emporte le reste.

» A sa mort, j'avais huit ans. Il est très curieux de se rendre compte à soi-même des impressions qu'on a reçues et de voir la marque indélébile qu'elles laissent au fond du caractère. »

Millet, ayant passé sa jeunesse dans les travaux des champs, garda toute sa vie quelque chose de cette contemplation du solitaire au milieu de la nature. Ce qu'il sut dans les lettres, il l'avait appris lui-même. Plus tard, il allait à l'école du soir, et dès ses jeunes années, on découvrit en lui un goût extrême pour les arts du dessin et de la peinture. Quelques années après, l'élève studieux s'était fait une seconde éducation par son travail. Le jeune homme dut faire beaucoup de lectures;

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