‹ Chrétiens illustres au XIXe siècleChapitre 36 sur 44 · M I II I I · texte numérisé non relu

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\ partir de 1850, on peu! suivre facilemenl dans le positions de chaque année le développement du talent de l'artiste, suivant une voie nouvelle dans les suji |u'il

a abordés pour ne les plus quitter', Millet *■ I Bxé i la campagne, à Barbizan : il vit & la lisière de la forêt de Fontaine bleaUj en pleine vie champltre, pour s'inspirer mieux de la belle nature. En 1849, l'artiste avait envoyé au Salon trois toiles. En 1852, il en exposa trois autres, et de même les années suivantes.

Millet avait cherché sa formule d'exécution. A partir de 1 857, « il ne se modifie plus: il s'affirme dans ses idées, il va plus avant dans son mode de rendu. Il base toute sa science sur l'observation ; avant d'être un peintre au sens strict du mot, il est positivement un observateur, il épie la nature en silence, il veut rendre les grandes phases par lesquelles elje passe. Il ne lui suffit plus de donner l'impression des saisons, de la température, de l'atmosphère, de l'épiderme «les choses . motte déterre, touffe de bruyère dans les grandes plaines, sol détrempé par la pluie, neige sourde, arbres morts aux branches noircies qui accrochent un flocon neigeux: il saisira l'insaisissable, il peindra l'air lui-même, humide et lourd, la pluie qui tombe serrée, le nuage cotonneux au ton d'encre qui va crever sur les sillons. Et dans ce cadre approprié, sur ces fonds d'une justesse rare, il va détacher ses compositions dont l'ensemble formera le poème de la Terre. La nature est son vaste champ. Il se fait paysan, il écrit à sa façon des Géorgiques, auxquelles il manque peut-être un côté gracieux pour que ce mot s'applique à l'œuvre avec toute justesse. « A la porte même de son atelier, construit à la lisière du bois, il assiste aux semailles, éternel mystère et joie éternelle. Et Millet peint son Semeur, qui, d'un beau geste, confie aux entrailles de la terre la semence qu'elle rendra au centuple (1). »

mais la commission qui devait l'examiner la refusa pour ce motif. Carpeaux refit alors sa composition dans un sens réaliste, et elle fut acceptée. (1) G. Yriarte.

« La poésie «lu foyer a trouvé également en Millet un grand interprète; il y revenail souvent et sous bien des formes, car on compte dans l?œuvre six compositions, plus ou moins variées, intitulées la Veillée. On voit que l'homme qui a peint de telles scènes avait vécu de cette vie là. Millet avait été berger; le soir il allait à l'école, et la vie des champs était sa vie. Sans doute, il revenait en arrière ; quand il composait ses toiles et cherchait ses sujets, sa mémoire évoquait les scènes de son enfance, et fort désormais de sa constante observation, il prenait le thème dans ses souvenirs et l'exécutait en maître. »

Millet, avec ses tendances et ses goûts, ne pouvait vivre qu'à la campagne. Ce paysan solitaire, chaussé de sabots, à la barbe grisonnante, avait l'abord simple, ouvert, le cœur hospitalier ; sa physionomie était douce et bonne. C'était un homme plus profond que brillant au dehors. Dans ce milieu agreste où il ne se voyait pas forcé de faire des concessions à la vie citadine et de s'imposer une tenue rigoureuse, il s'était voûté un peu prématurément. Même quand il parlait d'art, il avait peine à exprimer ses idées, tâtonnant dan s l'expression, cherchant le mot juste pour rendre sa pensée, et celui qui J'écoutait avec intérêt comprenait vite qu'une source féconde de pensées bouillonnait en lui, ne trouvant point une issue facile pour s'échapper. Avec la conscience de son mérite, Millet ne heurtait jamais personne par ces éclats d'orgueil qui sont l'indice du dédain.

A la fin de sa vie, sans que ses œuvres aient jamais atteint de grand prix, il avait trouvé un débouché assuré et un public peu nombreux mais fidèle, il s'était créé des revenus fixes, basés sur la production régulière de dessins et pastels, pour une collection d'amateurs. Mais ceux qui ont connu les nécessités de la vie, comprendront aisément qu'un artiste qui a à répondre de l'existence physique et morale de dix êtres, malgré sa volonté de fer, n'ayant pour tout patrimoine que son

MILNE-BDWARD8

talenl el sa main, gêné d'ailleurs par les scrupule l<

de sa conscience de chrétien <|iii l'empéchaif de sacrifier à la

mode du jour par des œuvres licencieuses, devail néce aire

meut vivre el mourir pauvre.

Millet n'a pas connu de son vivant la gloire qui déborde il,1 ses œuvres el couvre son nom dans les deux mondes, puisque VAngelus a rie porté en triomphe «m Amérique : il n'a guère connu que les embarras matériels; mais aussi il a goûté le bonheur que procure la foi. Il a vécu modesti caché. Heureux s'il a compris le bonheur du devoir accompli en élevant la famille nombreuse que le Ciel lui avait confiée. Cette gloire tardive éclaire aujourd'hui ceux qui restenl et leur fait comprendre où il faut chercher la satisfaction de la vie. Millet L'avait compris le premier; quoique plein de son art, il est mort sans connaître tout son mérite et son éclatant!', renommée.

Cette gloire posthume l'honore davantage.

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