CHIRURGIEN, DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE
« .... L'âme pure et sans matière
Doit être un rayon de lumière ,
Que ne troubleront plus les pleurs. »
(Ricord.)
Une des gloires de la science française, le docteur Ricord, s'est éteint au mois d'octobre 1889. Bicord était né à Baltimore, aux États-Unis, en 1800. Il a donc parcouru une longue carrière. Son père l'avait envoyé à Paris pour y compléter ses
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études juridiques ; c'était en 1821. Fixé à vingt ans dan la capitale, le jeune étudiant avail travaillé aérien emenl on droit. Quelques jours encore, et le voilà licencié. Mail roici qu'un malin, en allant au cours, il rencontre un camarade qui se rendait à une leçon de Dupuytren el l'emmène avec lui. La parole .In maîire charme le jeune Ricord; son en eignemenl éveille en son esprit je ne sais quelle curiosité qui le Datte singulièrement; il vent aussi connaître le mystère de la rie, interroger les libres qui tressaillent sons le scalpel, et apprendre à soulager les corps.
Adieu Jnstinien, Cnjas et leurs principes de droit : adieu grimoires et chicanes !
Ricord court à la Faculté de médecine, s'y fait inscrire, travaille douze heures par jour durant trois années, concourt pour une place d'interne dans le service de Dupuytren, et peut enfin suivre le savant pas à pas, l'écouter à loisir, apprendre toujours davantage, comme ces philosophes de la Grèce, qui jamais ne quittaient leurs maîtres pour ne rien perdre de leurs paroles et de leurs exemples.
Dupuytren ne se distinguait pas par sa douceur et sa patience ; son caractère dur et froid n'inspirait point de sympathie à ses nombreux élèves. Sa science attirait, ses manières repoussaient. Il paraissait n'avoir que du mépris pour l'humanité et manquer de ces sentiments privés qui font le charme de la vie. D'humeur chagrine, il brusquait facilement ses internes, entrait au moindre mot déplaisant en de violentes colères et chassait impitoyablement ses élèves pour de futiles motifs (1).
Uu jour, le célèbre chirurgien s'arrête devant le lit d'un alcoolique, mort pendant la nuit :
— Ce malade doit être mort du deîiriiim tremens, dit-il gravement.
— Très mince ! pas si mince que ça , murmure Ricord derrière lui, puisqu'il en est mort.
Voir sa biographie, au t. Ier de Chrétiens et Hommes célèbres au XIXe siècle.
Dupuytreo se retourne, regarde l'interne d'un œil courroucé, crie et donne congé au malheureux étudiant. Surpris, non découragé, celui-ci n'en continua pas inoins ses études médicales, soutint avec succès sa thèse de doctorat, et se mit à chercher un petit appartement, où tout nouveau médecin attend avec inquiétude son premier client. Ce fut à Olivet, près d'Orléans, que Ricord commença d'exercer et se fit promptement une assez belle clientèle. On l'aimait beaucoup à Olivet, où il était appelé le « docteur des pauvres. » Beau titre qui prouvait son bon cœur et sa charité. On lui offrit la main d'une jeune et riche fermière, mais il refusa. Ce qu'il voulait, c'était Paris, Paris avec la lutte pour la science, Paris et la vie active : il lui faut mener une existence de travail capable de ruiner sa santé.
Donc, laissant de côté ces chances de fortune en province, il se présente, en 1828, au concours pour une place de chirurgien des hôpitaux de la capitale. Ricord, sorti le premier de l'épreuve, vécut, près de deux ans, d'un cours qu'il fit à l'hôpital de la Pitié sur les opérations chirurgicales. En 1831, il passait à l'hôpital du Midi : désormais sa voie était tracée, il avait de quoi subsister et la renommée allait venir.
Là commencent, en effet, la carrière et la réputation spéciale du docteur Ricord. Il apportait dans ce vaste champ ouvert à la chirurgie, autant qu'à la médecine, une intelligence très vaste, des connaissances très variées, une main sûre et une hardiesse remarquable, garanties du succès. En même temps, on le voyait organiser et délimiter le service de son hôpital, où jusque là les malades étaient confondus sans distinction d'âge ni de sexe. Ce qui ne l'empêchait pas de continuer ses études avec une activité dévorante.
Ces travaux multipliés furent récompensés parle succès.
L'éminent praticien gagna une fortune princière. Tout Paris a connu sa splendide demeure de la rue de Tournon, ce grand