‹ Chrétiens illustres au XIXe siècleChapitre 40 sur 44 · IU · texte numérisé non relu

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hôtel des temps anciens avec sa ma oifiqoe Façade. D'ordinaire, on ne pouvait pénétrer dans le cabinel du docteur qu'aprèf des heures d'attente, et là en trouvait l'homme du monde charmant) le père bienveillant, le confident intime et ûi an lieu du savant dur <ii Ber de a cience. Cette science n'était pas égoïste, car Ricord vivait du malade

Le Docteur RICORD

riche, mais son bon cœur le portait à épancher sur les petits et les pauvres des trésors de charité. Un de ces derniers le consultait-il ? Ricord, considérant l'art de soigner les corps comme un véritable sacerdoce, se dévouait tout entier, passait de longs instants à étudier le mal du nouveau venu, rédigeait avec un soin scrupuleux l'ordonnance comme celle d'un malade riche, puis mettait cinq francs dans la main du pauvre en disant :

pour cas remèdes. Si bien que même les plus fortunés ne savaient comment se libérer envers lui.

« N'est-ce pas Emile Augier, rapporte un chroniqueur, qui, le voulant remercier d'une consultation, lui envoya un jour un tableau le représentant, lui Augier, sous les traits d'un Grec, offrant un coq à Ricord déguisé en Esculape ? »

M. Ricord, qui passait pour avoir la clientèle la plus étendue et la plus fructueuse de tout Paris, fut élu membre de l'Académie de Médecine en 1850, puis de la Société de Chirurgie. Un décret de 18G2 le nomma médecin ordinaire de la maison du prince Napoléon. En 1869, l'empereur le" choisit comme médecin consultant et fut soigné par lui jusqu'à sa mort. Ses mémoires, traités et bulletins rédigés par le savant chirurgien sont nombreux ; il serait impossible de les citer tous ici ; la science, au jugement des hommes compétents, y est exposée avec érudition, et en même temps avec cette simplicité et facilité de style qui a fait surnommer le savant spécialiste le Marivaux de la Médecine.

Ricord a aussi publié des vers et des couplets fort spirituels, car l'esprit ne lui manquait pas. Et quel esprit dans cet homme si sérieux dans l'exercice de son art ! Un volume serait nécessaire pour conter toutes les saillies du grand chirurgien, lesquelles il appelait : mes bonnes histoires. Bonnes en vérité, car sa gaieté n'était jamais factice ; celle que nous contions plus haut en est la preuve.

Mais la partie la plus glorieuse de la vie de Ricord fut peutêtre celle qui date de 1870-71. Pendant la guerre, le rôle rempli par lui a été brillant. Malgré son grand âge, l'habile praticien montrait souvent sur le champ de bataille, autour de Paris, une abnégation, un zèle et une intrépidité admirables. Médecin en chef des ambulances de la presse, il avait insisté pour laisser aux religieux leur costume, que la Société de secours aux blessés voulait interdire. Il facilita aux blessés les

moyens de recevoir les secours spirituels, el obtint pooi i nue chapelle i LoDgchamps, centre des ambulance

Personne n'a oublié le dévouement des Frère de i. chrétiennes (1) pendant l<i siège de Paris. On rencontrai! i humbles religieux aux postes les plus dangereux, bravée parmi les braves, ils marchaienl calmes ri gan s'arrêter mhm les halles et la mitraille. Au plus fort 'le la mêlée, on le ait, sans craindre la mort, courir à nos ble acquitter de

leur devoir sans rechercher d'autre récompense que '-''II'' de Dieu et la paix de leur conscience.

Après la guerre, le l" janvier 1872, 1rs derniers mala des ambulances étaient guéris, et les Frères brancardiers el

(]> Parmi les victimes du siège île 1,1 capitale, on compte le i rère Nethelme, professeur à l'École St-Nicolas (Paris), mortellement atteint par une balle prussienne a la dernière attaque dn Bourget, 22 décembre 1870. Les chirurgiens ayant déclaré l'extraction du projectile impossible, le blessé dut se rés son sort et se préparer à mourir. Pendant trois jours d'horribles SOUffranc le Frère ne perdit pas un seul instant sa sérénité d'âme et la patience qu'il puisait dans sa pieté. Sa lin fut celle du juste qui aime Dieu et son pays sépulture eut lieu à Paris avec une grande solennité et un grand concours.

Cette cérémonie était à peine terminée qu'un jeune homme se présentait au Très Cher Frère Philippe, supérieur général : Je viens, dit-il, du département de la Lozère pour prendre la place de mon propre frère Néthelme qui a été tué. — Avez-vous le consentement de votre famille ? demande le vieillard. — Mon père et ma mère, répond le jeune homme, m'ont embrassé et béni avant de me laisser partir. Voilà le dévouement qu'inspire la religion à ces humbles héros.

Le 6 février 1871, alors que les Prussiens levaient des contributions à Cuchery et à Belval, ils entendirent des cris provocateurs et reçurent des coups de fusil dont ils voulurent tirer vengeance sur les habitants. Ceux-ci effrayés coururent au presbytère à trois heures du matin et réveillèrent le curé, en le priant d'aller solliciter leur grâce. L'abbé Miroy accepte volontiers cette périlleuse mission ; mais, a peine arrivé à Belval, il est saisi et arrêté par l'ordre d'un chef prussien, qui l'accuse d'avoir été le complice et l'instigateur de la résistance et de l'attaque. Le curé de Cuchery était étranger à cette révolte de quelques-uns de ses habitants ; mais, se dit-il à lui-même, « si je prouve mon innocence, plusieurs de mes paroissiens seront fusillés, et comme le Bon Pasteur donne sa vie pour son troupeau, je ne me défendrai pas. » Ce digne prêtre, soutenu dans son malheur par l'héroïsme des Français, la foi du chrétien et la résignation du martyr, se dévoua pour sauver ses paroissiens. Pour eux, il se laissa juger, condamner et fusiller. Ses concitoyens reconnaissants ont élevé à sa mémoire un magnifique monument funèbre.

Le fait suivant, qui montre le même courage héroïque mérite d'être connu de nos lecteurs. Au mois de septembre 1870, les Prussiens prenant possession de Bougival, y avaient établi un fil télégraphique les reliant à Versailles. Bientôt le fil est coupé ; rétabli, il est coupé de nouveau et ainsi à cinq

Infirmiers retournaient à leurs écoles. Le docteur Ricord crut devoir adresser à leur vénérable Supérieur, dont au reste il était l'ami personnel, la lettre suivante :

« Au Très Honoré Frère Philippe, Supérieur des communautés des Frères des Ecoles Chrétiennes :

» Très Honoré,

» Vous voilà désormais tranquille ; après tant de fatigues et avoir couru tant de dangers, vous et les bons Frères de vos communautés, vous êtes enfin rendus à votre vie calme et toute de charité.

» Vous avez retrouvé vos enfants, les enfants du peuple, que vous instruisez si patiemment. Allez, continuez votre belle mission. Vous ne ferez pas toujours des ingrats; beaucoup se souviendront que vous leur avez appris la première lettre, le premier mot correct et honnête de leur langue, et la première prière qu'ils doivent adresser à Dieu !

» A vous toujours,

» Ricord. »

reprises successives. Un jardinier de cette localité soupçonné d'avoir commis cet acte, passible de la peine de mort, est traduit devant le conseil de guerre, et le dialogue suivant s'établit entre les accusateurs et l'accusé : « Votre nom ?

— Debergue, François. — Est-ce vous qui avez rompu nos ûls télégraphiques ?

— Oui, c'est moi. — Pourquoi, avez-vous fait cela? — Parce que vous êtes mes ennemis. — Libre, recommenceriez-vous ? — Oui. — Pourquoi ? — Parce que je suis Français. »

La peine de mort est prononcée. La nouvelle s'en répand dans Bougival et dans les environs, une collecte est faite, et monte à 10.000 francs, qu'on offre comme rançon à la justice militaire prussienne. Le généreux chrétien malgré toutes les instances dont il est l'objet refuse cette offre de ses compatriotes :

« Je ne veux pas, s'écrit-il, qu'on donne quelque chose pour me sauver la vie; demain je recommencerais et je ne ferais que mon devoir. »>

Le 26 septembre, le jardinier est conduit par le peloton d'exécution dans un champ près de Bougival, et attaché au tronc d'un arbre. L'officier ennemi, chargé de commander le feu, demande un mouchoir pour bander les yeux du condamné : « Tenez, prenez le mien dans ma poche, » dit Debergue. Le condamné recommande son âme à Dieu, et un instant après il tombe, la poitrine traversée de huit balles. Cet homme héroïque était âgé de soixante ans et père de plusieurs enfants.

Cette lettre fail autant d'honneur au grand chirui [u i coux donl il fait l'élo

Le gouvernement, entranl dans cette voie d i reconc et pour répondre aux désirs des soldats el de la population des environs de Paris, témoins quoti liens de tant de dévouement, crul accomplir un devoir en conférant au digne Supérieur Frères la croix de la Légion d'honneur pour récompenser en leur chef la Congrégation tout entière. A peine Ricord eut-il connu cette décision qu'il voulut avoir l'honneur d'attacher lui-même l<i ruban de la Légion d'honneur, sur la poitrine du vénéré Supérieur. Le ministre lui accorda sa demande. I! donc l'avantage (rattacher la croix sur ce cœur qui battait si fort pour Dieu et la patrie, et quand mourut le saint religieux, Ricord s'honora de porter les cordons du poôle à sa sépulture, avec le duc de Noailles, le dur de Hortemart et le vicomte de Melun.

Quelques années plus tard, le temps avait glacé la franche gaieté du chirurgien. Affaibli par l'âge, il avait cessé son enseignement oral, s'était retiré du monde et restreint sa clientèle, attendant que la mort le vînt emporter doucement. Lui-même voulut composer l'épitaphe qui devait être gravée sur son tombeau et y résumer ses croyances religieuses. Voici, en effet, les vers que l'on peut lire sur le monument funèbre au cimetière du Père-Lachaise :

« Aux portes de Féternité

Quand j'aurai fini ma carrière ,

S'il me reste un peu de poussière

De cette triste humanité ,

Que le tombeau s'en empare;

Que de mon âme se sépare

Cette cause de mes douleurs ;

Car l'âme pure et sans matière

Doit être un rayon de lumière

Que ne troubleront plus les pleurs. »

Le docteur a contracté le mal qui devait l'emporter en allant., à Paris, voter pour son confrère le docteur Desprès, qu'il tenait en grande estime, à cause de son attitude énergique dans la défense des Sœurs de nos hôpitaux :

Malgré le mauvais temps et le conseil de ses amis réunis pour le retenir, le courageux chirurgien tenant à remplir son devoir d'électeur que d'autres négligent si facilement, s'était l'ait conduire de Versailles, où il habitait, à Paris, à la mairie de Saint-Sulpice, soutenu par un ami ; il gravit péniblement les degrés, déposa son bulletin dans l'urne, et retourna à la gare pour prendre le train. 11 dut l'attendre une heure environ, exposé aux courants d'air des salles d'attente, et rentra enfin chez lui avec le germe de la fluxion de poitrine dont il est mort. En bon chrétien, le docteur Ricord a tenu à se préparer avec soin au terrible passage du temps à l'éternité : il s'est confessé, a reçu la sainte communion et le dernier des sacrements; puis la mort est venue, et le vieux savant s'est éteint tranquille et confiant dans la miséricorde divine.

Le vénéré défunt avait réglé lui-même, par son testament, les détails de ses funérailles.

Commandeur de la Légion d'honneur, grand-officier d'Isabelle la Catholique, commandeur de l'ordre de Sainte-Anne de Russie, des Saints-Maurice et Lazare, de Frédéric de Wurtemberg, de Charles VII d'Espagne, de la Couronne de fer, etc., Ricord fut peut-être le savant le plus couronné du monde.

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