‹ Chrétiens illustres au XIXe siècleChapitre 4 sur 44 · B A R B B > D 'AUREVILLY · texte numérisé non relu

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mopyles, A dater de 1851, il Fut attaché aa Pays, pour lequel chaque jour il rédigeait des articles littéraire nalé pai de allures on peu tapageuses, la personnalité des polémique l la recherche du style, et fui dès lors un des •< virtuoses de ['éreintemenl » des écrivains de notre siècle. Il j mettait vrai ment une grâce et un naturel dont il fallait bien tenir compte. Kilos son! nombreuses les victimes qui eurent à souffrir de coups. Georges Sand les ressentit cruellement d'abord, comme on peut en juger en lisant le volume des Bas-Bleus qu'a publié d'Aurevilly, contiv certaines femmes «le lettres.. Mais celle qui fut la plus éreintée fut Louise Hévoil, connue dans le monde des lettres sous le nom de Louise Colet (1 ).

Nous citerons quelques lignes de cet éreintement, pour donner une idée du genre du critique fougueux :

« Ce n'est pas un bas-bleu, c'est le bas-bleu même. Elle s'élève jusqu'à l'abstraction. D'autres qu'elle sont bas-bleus, avec l'aveuglante vanité du genre, les prétentions, l'orgueil déplacé, le ridicule et l'impuissance. Elle a tout cela aussi, M"10 Louise Colet, mais elle a, de plus, l'insolence et la provocation, la provocation lâche et fanfaronne d'une femme, qui sait bien qu'en cette terre de France une jupe peut se permettre tout sans aucun danger.

» On n'a pas oublié et on n'oubliera point dans l'histoire littéraire du xixe siècle, — côté burlesque, — son coup de couteau à Alphonse Karr, pour le punir de l'avoir piquée dans ses Guêpes.

» Qui ne s'en souvient? Alphonse Karr retira tranquillement le couteau de l'endroit où elle l'avait planté, et il l'exposa sur sa cheminée avec cette calme inscription : Donné par M™ Louise Colet... dans le dos.

» On n'a pas oublié non plus le crachat dont un soir, en plein salon, elle étoila le visage surpris du capitaine d'Arpentigny, parce qu'il avait osé vanter devant elle Georges Sand. Le

(1; Du nom de son mari, Hipjpolyte Colet, compositeur de musique.

11 LITTÉRATEURS, BAVANTS El ARTISTES

capitaine d'Àrpentigny, dans son temps la plus élégante cravache des gardes «lu corps, oublia qu'il en avait une, ce jour-là, et couvrit du mépris le plus miséricordieux et le plus gai cette Furie. Ce sont des choses de ce ton-là qui firent les quelques instants de sa renommée, bien plus que le talent qu'elle n'avait pris....

» Le sexe fort de ce temps-là se contentait de rire de ces airs terribles de Méduse, trouvant drôle cette union, pittoresquement claudicante, d'une (iorgone et d'une madame Trissotin. Car elle fut toute sa vie l'une et l'autre, et c'est là même son originalité. Vanité monstrueuse qui ne décoléra jamais! qui se posa, jusqu'à son dernier jour, sur un trépied de Pythonisse, prête à vous le jeter à la tête, comme une vulgaire cuisinière, pour peu que vous eussiez seulement contesté l'inspiration ou le trépied ! Si les facultés de l'intelligence eussent été seules en Mrae Colet, elle aurait passé comme une foule de femmes qui agacent l'attention deux jours, puis qui s'en vont :

Où va la feuille de rose,

et la feuille de papier! (le papier qu'elles ont écrit!) Mais ses passions s'ajoutèrent à ses facultés, et surtout cette « force en gueule, » qui la mit à part parmi les bas-bleus; et pour cette raison, aux sots elle parut tonitruante, et on se souvient encore de son bruit.

» Cette diablesse de femme, en effet, n'avait rien de commun avec le bas-bleu au miel humanitaire, bavant la paix, la fraternité, le bien de tous. Elle avait d'autres manières d'aimer le genre humain. Ce n'était pas une pédante rassise, et doctrinaire, et placide comme Georges Sand, quoiqu'elle fût une pédante; mais son pédantisme à elle était échevelé, enflammé, sibyllin.

» Pas de prudence, ici, pour une obole. C'était le bas-bîeu à outrance, fastueusement impie et jacobin, insulteur, vésuvien, le bas-bleu rouge, hardiment écarlate parmi les bas-bleus.

BARBES d'aUREVILI

.M"1" Colel commençai r croi célébrité pai de* rei Né< ,i Marseille, elle avait ce que j'appelle la poésie mar eilla Elle ; i \ ;iit reçu dans l'esprit cette i de coup A tampon

que donnent le ciel <it la mer do Midi aux imaginations même vulgaires. La sienne l'était, comme sa beauté, qui ne manquai! ni d'éclat tapageur, ni d'opulence, mais qui n'avait ni di tinclittn idéale, ni chasteté. A l' Académie, elle fut trouvée poète. Les vieillards de l'endroit se levèrent plusieurs fois devant

elle et lui décernèrent également la couronne de myrte et la

couronne de lauriers.... Son salon était le parc aux huîtres de l'Académie.... »

Voilà bien un éreintement en règle, et dans quel style I

Les contemporains de Harbey d'Aurevilly ont gardé le souvenir des Prophètes du passé, un de ses premiers ouvra. Mentionnons également : les Œuvres et les Hommes, où l'écrivain a étudié successivement les Critiques, les Sensations d'art. Sensations d'histoires, les Poètes, les Philosophes et les Écrivains religieux, les Historiens. Ce dernier volume est récent et a paru en 1888. Tous ces ouvrages, dont plusieurs sont remarquables, trop souvent sont écrits avec une liberté d'allure quelque peu exagérée. Aussi bien, la collection entière de ces œuvres écrites dans un style très personnel, ne peut être mise entre toutes les mains; mais même dans ses erreurs, l'homme était grand, parce qu'il était sincère, parce qu'il avait l'amour de la vérité (1). Cette tendance à l'exagération constituait la seule faiblesse de cet esprit, servi par un cœur d'une générosité rare et toujours disposé à s'enthousiasmer pour les nobles causes. Cette excentricité paraissait même dans son extérieur physique, car Barbey a porté jusqu'en ces derniers temps des redingotes

(1) Dans Une histoire sans nom, Barbey d'Aurevilly a commis une erreur intellectuelle. En l'écrivant, le romancier catholique n'a pas réfléchi au parti que pouvaient en tirer contre ses croyances les ennemis de la religion catholique. C'était fournir des armes aux prétrophobes et aux démolisseurs de couvents que de prêter un si triste rôle au moine qu'il a mis en scène.

;i ramages, des cravates de dentelle et des chapeaux bordés de velours cramoisi.

Mais c'est surtout dans ses écrits que le critique a paru parfois fort exagéré, jusqu'à irriter, involontairement sans doute, quelques-uns de ses amis. Écoutons l'un d'eux qui depuis lui a rendu justice, mais qui ne lui pardonne pas toujours ce qu'on appelle ses violences de langage, et semble même parfois le calomnier :

« M. d'Aurevilly ne transige pas. En politique, il est de l'école de Joseph de Maistre. Mais du point où il se place, MM. Buffet et Rochefort, le duc de Broglie et Lissaraguay lui semblent perdus ensemble et confondus dans les abîmes du libéralisme. Voilà qui n'est pas pactiser avec la Révolution. 11 fut inégal, il fut cruel ; mais sa longue indépendance l'a rendu respectable. En traversant le monde littéraire, il a noué diverses amitiés, dont la plus ancienne est celle qui l'attache à Trébutien (1), ce vieux Caenais savant et doux, qui économisait sur sa nourriture pour publier à ses frais les livres de ses amis, et mourut sur une méchante paillasse après soixante-cinq ans de labeur.

» A Paris, on vit longtemps M. d'Aurevilly suivi de Nicolardot(2); on s'étonnait d'une sympathie que les apparences démentaient. Plus récemment, l'auteur des Diaboliques s'est attaché quelques écrivains encore jeunes, comme François Coppée, l'académicien, Léon Gladel et Paul Bourget. Je ne vois pas bien le lien intellectuel qui peut unir des esprits si divers ; mais d'Aurevilly est un causeur éloquent, un conteur toujours prêt, et c'est par sa parole qu'il charme et charmera toujours. Sa liaison avec Baudelaire commença par un article sur les fleurs du mal, dans lequel le critique, fortement touché

(1) Littérateur et linguiste, a édité les œuvres de Maurice et d'Eugénie de Guérin.

(2) Littérateur français, auteur de plusieurs ouvrages et en particulier d'un livre de 700 pages, où il prouve que Voltaire n'était « qu'un avare et un fripon. »

Jules BARBEY D'AUREVILLY

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