BARBEY D'AÏ RB V IL
par i<" poète, a?ai( parlé a?ec complaisance du Lalto! ef a <l«'s ricea de Baudelaire..». »
» En ce temps-là il frayait atpc Théophile Sil qui a
iVni sur l'art el la nature dea pagea d'une grande fora Il faut savoir aussi que Barbey, ce romancier el ce poèl riche par l'imagination, que ce critique qui remua tout le siècle littéraire avec une ardeur enfantine mais courageuse, que <vt homme de talent <ist, dans l'intimité, le plus court le plus gracie» et le plus aerviable dea hommes, qu'il a grand ton, et que sa pauvreté volontaire (car il ne possède inonde que son lit de fer), le rapproche, dans l'ordre moral, de ces vieux prêtres pleins de génie et d'austérité, qu'il sait si bien nous peindre. Seulement, comme il est poète, il garde avec cela, le divin enfantillage des poètes, » (1).
M. Firmin Boissin, dans le Polybiblion, juge ainsi l'œii de Barbey d'Aurevilly, à propos d'un de ses volum Ridicules du temps : « Il traduit i\ sa barre la critique et la littérature, et les flagelle pour défaut de probité. Une des plus belles pages est une invective indignée et légitime contre la Blague (2), la hideuse Blague, qui salit tout, déflore tout, rit de tout; il donne aussi de terribles coups de lanière au positivisme, au matérialisme intellectuel, au cabotinisme des mœurs, à « l'encanaillement » de l'histoire. Tout le livre est à relire. Il est écrit avec cette rutilance de mots, avec cette verve à l'emporte-pièce, parfois avec cette licence audacieuse, dont l'auteur a le secret. Peut-être, y faudrait-il plus de modération dans le jugement et dans la pensée, moins de liberté dans le langage, mais M. Barbey frappant fort et juste pour les bonnes causes, on lui pardonne ses défauts en faveur de sa vaillance. »
C'est ainsi également que l'apprécie l'Univers : « On peut
(1) B. de Bonnières.
(2) Les sceptiques et les ricaneurs à outrance sont une honte et une peste pour notre pays et notre époque, incapables qu'ils sont de rien comprendre à la sainte folie du dévouement chrétien.
gjO Littérateurs, savants et artistes
contester certaines œuvres du romancier, on peut blâmer certaines rudesses voulues «lu critique, on ne peul pas ne
pas estimer l'écrivain. Combien en est-il, et des plus haut cotés, dans le monde des lettres, dont on pourrait en dire autant? »
Le Gaulois est plus sévère, mais son jugement n'est peutêtre ni indépendant ni impartial : « Barbey demeurera un écrivain rare, goûté de quelques-uns avec passion, étonnant plus que captivant les autres, malgré quelques dons qui vont presque au génie. Mais il lui manque la simplicité de l'esprit, peut-être du cœur. Les incrédules lui reprocheront sa foi agressive, et les croyants estimeront que le mépris des hommes n'est pas la voie des justes vers l'amour divin.... »
Pour nous, nous savons que Dieu a des miséricordes infinies au service de ceux qui combattent pour sa cause, et auxquels il échappe des fautes dans l'ardeur de la lutte. Nous avons confiance que ce hardi jouteur, le frère d'un saint prêtre, ce catholique de tempérament et de conviction, cet homme d'esprit, ce cœur si bon, aura mérité la récompense promise aux vaillants.
Le défunt savait, au reste, qu'il avait à se faire pardonner. Un de ses derniers désirs fut qu'il y eût à sa sépulture des prêtres pour prier. Ils n'y manquèrent pas. Le deuil était conduit par M. Coppée, de l'Académie, ami intime et disciple du regretté Barbey d'Aurevilly, chez lequel le défunt dînait chaque dimanche.
Jules d'Aurevilly eut un frère, Léon, plus jeune d'une année, qui fut prêtre. Léon, comme Jules, fit à Paris ses études. Jules avait voulu être avocat; Léon, ingénieur. Mais ni la Faculté de droit, ni l'École polytechnique n'abritèrent longtemps ces deux poètes que le goût des aventures, à vingt ans, menaça d'enlever au pays natal. Léon, dès l'enfance, plus calme, plus vertueux et aussi plus .casanier, redoutant pour son frère les
BARBB1 D'AÏ KEVIL1
écueils du monde de la littérature romantique, e étudi ici minées, lui avait écrit :
\ h ' il est un paya où i Unie e i epo Se baignanl de parfums dans un bocage ob i ur Connu.- le papillon englouti dans ta ro Baisé d'un chaud Boleil , cai eaaé d'un venl pui . Ce merveilleux i Idée que touj ame désû e , Put-il au bout du monde , allei voua y plongi i . Mais l'âme, en toua paya ardente, aspire, aspire!... oh ! pourquoi voyager ? »
El Jules, plus impatient, de répondre à son frère :
« C'esl qu'on esl mal i*-i. Comme tes birondell Un vague instinct d'aller nous dévore, à mourir; C'est qu'en nos cœurs, mon Dieu I vous avez mis d< Voilà pourquoi je veux partir. »
On s'attendrit à la lecture de ces vers des deux adolescents dont l'aîné, quittant pour plus d'un demi-siècle le pays natal, va partir pour Paris, où il ne vivra, pendant les soixante ans de sa pénible vie de lettres et de bohème, que du cher souvenir de son enfance.
Et pourtant, Jules d'Aurevilly ne pouvait se plaindre de son frère ; écoutez plutôt : « Je me dépense ici, écrivait-il, âme, voix et vie, dans d'inénarrables causeries : c'est un charme infini. Mon frère me lit ses beaux poèmes, et je me laisse entraîner à cette dérive de poésie qui, à toutes les indicibles mélancolies composant sa divine essence, joint de plus, pour moi, celle des jours écoulés. »
Ainsi vibraient, dès leur jeunesse, ces deux lyres qui allaient se suspendre à deux autels bien différents : Tune, dans la chapelle de l'hospice de Saint-Sauveur-le- Vicomte, dont le P. Léon Barbey d'Aurevilly sera jusqu'à sa mort l'aumônier ; l'autre, à Paris, au milieu des agitations de la vie bruyante.
Connaissant la nature impétueuse de son frère, l'abbé
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d'Aurevilly! de loin, ne cessa de veiller sur celui dont il s'était constitué Fange gardien. Il savait quels dangers du dedans et du dehors menaçaient le romancier et le journaliste. L'orgueil, la suffisance, le mépris des adversaires auxquels était enclin l'écrivain, trouvèrent une correction dans ses lettres : « Nous sommes à l'époque des vœux et des souhaits, écrivait Léon à Jules. Pour moi, cher frère, tous les jours sont le jour de l'an, dès qu'il s'agit de te souhaiter bonheur parfait. Aujourd'hui, jour de saint Basile, comme tous les jours de docteurs, je t'ai souhaité à l'autel une pluie de lumières dans l'âme, afin que, chevalier de la vérité, tu puisses la venger brillamment de tous les outrages qu'elle reçoit chaque jour. Mais, en te souhaitant une grande plénitude de lumières célestes, je te désire aussi
Y onction qui la rend insinuante et agréable en même temps que victorieuse. Il faut, pour bien faire, que ceux qui rendent les armes à la vérité aient du bonheur à le faire. La vérité est trop noble, trop belle, trop pure, pour qu'on doive rougir d'être vaincu par elle. Or voilà ce qui te manque, à mon sens, même quand tu as raison, (et tu l'as dix-neuf fois sur vingt!) Je te reproche trop à'âpreté, et cette âpreté vient de
Y orgueil. »
Jules, qui jamais n'oublia son abbé, lui pardonna toutes les critiques du chrétien au mondain, du théologien au philosophe. Il sut. profiter des conseils suggérés par l'amitié fraternelle, et un jour viendra où l'homme de Dieu pourra se réjouir, sans réserve, car l'âme de l'écrivain vibrera à l'unisson de son âme.
« — Savez-vous, monsieur d'Aurevilly, demandera-t-on un jour au romancier, ce que disent ce matin les journaux?
Et celui-ci répondra : « Pardon, Monsieur, mais j'ai communié ce matin ! » pour se défendre de la lecture impure de ces feuilles publiques que l'ange méprisait et où la bête collaborait, pour pouvoir déjeûner et diner chaque jour (1). »
(i) Boyer d'Agen.
BARBBY D'AÏ REVU
l h souvenir de la morl du romancier,
Rue Rousselot, 25, à la porte d'une maison de médio apparence, un jeune homme, d'une apparence plus médi encore, frappai! el demandait :
— M. Barbey d'Aurevilly, s'il roua plaît! ' — Il es! très malade.
L'inconnu déposa une lettre, et «lit qu'il reviendrait le lendemain chercher la réponse. Cette lettre, que Barbey, agonisant, voulut lire, apprenait que le pauvre jeune homme, en sans ressources dans la bataille littéraire, réclamait an secours de quelques francs pour lui vivre quelques heurt'- de plus. Le lendemain, Barbey d'Aurevilly «Hait mort, après avoir jeté au feu la lettre signée d'un nom qui ne sera pas connu, e! remis chez le concierge dix francs. La nuit qui précéda sa mort, Barbey demanda trois fois si l'on était venu chercher la réponse. Les dernières paroles du vieillard expirant, heureux de donner encore une fois, furent celles-ci :
— Est-on repassé prendre la réponse ?
C'était le vieux chef quittant la lutte et faisant une aumône discrète au jeune soldat qui y entrait.
Résumons avec Adolphe Brisson ce que fut d'Aurevilly. « Barbey était artiste dans l'âme; il avait ce qui manque aux générations modernes, la foi, l'enthousiasme, des convictions généreuses, de belles colères, de chaudes sympathies. Il croyait encore à la charité, ta la conscience, au remords, à la réhabilitation de la femme tombée. On a changé aujourd'hui tout cela. »
BOSCO (Dom)