‹ Chrétiens illustres au XIXe siècleChapitre 41 sur 44 · SŒUR ROSALIE \'.K · texte numérisé non relu

SŒUR ROSALIE \'.K

ROSALIE (Sœur)

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Il est Impossible d'écrire le récit <lrs œuvres inspirées par la religion au \i\i> siècle, sans rappeler I»1 nom de cette héroïque servante des pauvres, dont la vie écrite par Armand de Melun étendit au loin la renommée de charité.

L'Académie française, en 1858, décerna à la Vie de Sœur Rosalie le deuxième des prix destinés aux ouvrages tes plus utiles aux mœurs, et, le même jour, sous l'inspiration du même souvenir, la célèbre assemblée proposait comme sujet du r uieours pour le prix de poésie : La Sœur de Charité un XIXe siècle. L'héroïque dévouement de l'humble servant pauvres

avait imposé ce sujet aux littérateurs contemporains.

La Sieur Rosalie s'était appelée dans le monde Jeanne-Marie Rendu. Issue d'une famille chrétienne du pays de (iex, qui sous la Terreur avait donné asile à l'évéque d'Annecy, elle n'avait que quinze ans quand elle vint à Paris, et entra chez les religieuses de Saint-Vincent de Paul.

« Au sortir de son noviciat, dit M. de Melun, elle vint, à dix-huit ans, dans la pauvre maison de la rue de l'Épée-de- Bois, au faubourg Saint-Marceau, qu'elle ne devait plus quitter.

» C'était en 1802, à l'heure où les grandes guerres de l'Empire allaient faire tant de veuves et d'orphelins. La Sœur Rosalie devint l'ange de son quartier. Nommée à vingt-huit ans Supérieure de sa maison, elle devient le bras et le cœur de

r.U LITTÉRATEURS, SAVANTS ET ARTISTES

l'Assistance publique. On la voit provoquant autour d'elle l'institution d'un bureau de charité, établissant des écoles, des

asiles, «les patronages et des orphelinats. Bientôt elle a des crèches pour les petits enfants, des refuges pour les abandonnés, des abris pour les vieillards; c'est ce qu'elle nommait sa cour céleste.

» — Saluons, mes Sœurs, disait-elle en entrant dans la salle où elle les servait, saluons ici les anges qui sont fiers de conduire les pauvres en qui Dieu réside !

» Personne ne sut comme elle se faire à tous.

» — Une Sœur de Saint-Vincent-de-Paul, avait-elle coutume de dire, est une borne sur laquelle tous ceux qui sont fatigués ont le droit de déposer leur fardeau.

» Aux heures de trouble public, sa charité croissait en proportion des colères et parfois des crimes de son terrible quartier. Aux premiers grondements d'une insurrection au faubourg Saint-Marceau, une de ses Sœurs lui disait :

» — Oh ! ma Mère, ces hommes comme ils vont être méchants !

» — Et nous, répondit-elle, comme nous allons être bonnes ! »

» La bonté, tel était son caractère propre comme elle est celui de Dieu. Elle l'exerçait envers les pauvres, elle l'inspirait aux riches. Elle disait :

» — 11 faut toujours avoir une main ouverte pour donner, afin de recevoir beaucoup de l'autre.

Toutes les sociétés de charité naissantes, comme celles de Saint-François-Régis et de Saint- Vincent de Paul, se mirent à son école dans les commencements. Presque tous les hommes de bien se firent honneur de prendre ses leçons ou ses inspirations. »

Malgré ses occupations, qui éiaient accablantes, et la foule de toutes classes qui encombrait son parloir, elle prenait toujours le temps d'écouter les hommes d'œuvres, de les encou-

i . de le patronner. Ceux ci oe revinrenl jamais de la maison de la Sœur de Charité quelque nouvelle ôl meilleure manière de faire le bien.

La pièce la plus cui ieuse de cette mai m de Dieu, po sin! son panégyriste i 1 >, celle <»ù n fall une fois

pour comprendre toutes les extrémités «le la charité et de la misère, c'était !<■ salon ou parloir où la Supérieure donnai! audiences.

» Étroite, à demi éclairée par une fenêtri rideaux,

décorée d'un papier qujj depuis trente ans lui disputaient les souris, cette pièce ;iv;iii pour taprâ nu paillasson, ••( pour tableaux quelques litl»graphies que recommandait !»• sujet plus que l'exécution. Sur In cheminée, une yiéille pendule; sur une planche servant de consôle/defl^-eu dois livres de prières, des lettres entrouvertes, timbrées de tontes les parties de l'Europe, se mêlaient aux Bons des sociétés charitables, <■( deux fauteuils à peu [très hors de service laissaient échapper leur crin entre quatre chaises de paille. Un urrand crucifix de bronze suc un fond de velours faisait seul exception à la simplicité générale : par la beauté surhumaine de sa physionomie. Christ fixait les regards, mais sans les étonner. On sentait qu'il était à sa place au milieu des pauvres et des petits ; et comme Celui dont il était l'image, il sortait plus beau et plus glorieux du contraste d'humilité qui lui faisait auréole....

» A chaque heure du jour, cette salle était envahie. Nul cabinet de ministre n'était assiégé de plus nombreux solliciteurs. La Sœur Supérieure connaissait tout le monde. Les vieillards qu'elle avait visités autrefois, les malades qu'elle avait soignés pendant son noviciat étaient morts depuis longtemps en bénissant sa jeunesse.

)> Les enfants qu'elle avait élevés envoyaient maintenant leurs petites filles à son école ; presque tous les ménages mariés par ses soins avaient plusieurs fois retrouvé ses secours dans

(i) M. de Melun.

les jours de chômage ou de maladie; et dans ces familles à santé chancelante et à courte vie, elle avait souvent conduit et soutenu plusieurs générations «lu berceau à la tombe, car depuis qu'elle s'était consacrée à ses pauvres, elle ne leur avait jamais dérobé volontairement une heure, une course, une parole. Sans que depuis trente ans elle eût franchi les limites di1 son cher faubourg, autrement que pour aller plaider la cause des pauvres, sa maison était encombrée de visites,, de personnages de toute classe. Le prisonnier lui faisait demander sa liberté, l'employé son avancement, le soldat son congé; e! souvent, dans ce petit salon, un voyageur attendait ses lettres pour Home ou Constantinople, pendant qu'un jeune prêtre, apprenti de la charité, emportait le nom d'un enfant à instruire ou d'un malade à visiter. Les riches et les heureux du siècle venaient à elle comme les autres et lui demandaient aide et pitié; car tous nous sommes pauvres par quelque endroit, tous nous avons besoin de la Sœur de Charité, parce que nous avons besoin de la prière du malheureux qui est l'ami de Dieu.

» A ces riches, à ces pauvres, le cœur de sœur Rosalie était toujours ouvert. Confiante et pénétrante, elle voyait le moyen et l'espérance du salut quand tout semblait sans ressource, et quelque grave que fût la chute et le naufrage, elle avait toujours un bras pour celui qui tombe, une planche pour celui qui se noie. »

« Grâce à tant de charité, une simple femme sans fortune, sans autorité, sans science était parvenue à donner à son faubourg le patronage de tout Paris. De riches équipages se faisaient ses messagers, d'illustres savants ses secrétaires. Elle avait recruté, pour visiter ses pauvres, l'élite de la jeunesse ; pour soigner ses malades, les plus riches et les plus grandes dames. Sa recommandation ouvrait toutes les portes, son nom ouvrait toutes les caisses: et, du fond de sa cellule, elle s'était

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