‹ Christian, ou, L'année romaineChapitre 10 sur 53 · LES ENVIRONS DE ROME · texte numérisé non relu

LES ENVIRONS DE ROME

parce qu'elles sont longues et les montagnes parce qu'elles sont hautes. Les proportions, l'harmonie, la netteté, la suavité des lignes, dans la nature comme dans Part, me semblent faire l'enchantement de ce pays. Connaissezvous rien de plus ravissant que le ravin où nous sommes, que le vallon des Cascatelles, ce vallon de Tibur tant aimé d'Horace, qui se connaissait en beautés? N'est-ce donc rien que les souvenirs en présence des lieux qu'ils animent, celui, par exemple, de l'aimable et grand poète, dont le nom seul, que je viens de prononcer (Tibur), évoque tout le gracieux génie? N'est-ce rien que la poésie des appellations charmantes et l'association des monuments de l'art aux scènes de la nature ? Combien cet agréable site est embelli par ce joli temple circulaire, par le style des colonnes qui l'entourent! Son nom poétique de la Sibylle ne le gâte pas et quand même les antiquaires lui disputeraient ce nom, tout cela ne compose-t-il pas un charme que les yeux, la mémoire et l'imagination conspirent à former? Toutes ces choses ne concourentelles pas à l'enivrement qui nous gagne et dont je vous défie, toute bonne Scandinave que vous êtes, de vous défendre à Tivoli ? Et

puis, il y a la lumière ; cette lumière qui semble faite pour la contrée qu^elle éclaire, cette lumière, nous ne la connaissons ni durant les jours brumeux de notre hiver, ni pendant les rapides splendeurs de notre été.

— Vous parlez très bien, monsieur Olassen, répondit la baronne; mais vous m'avouerez que les petits lacs d'Albano et de Némi, que nous sommes allés voir avant-hier, sont peu majestueux : rappelez-vous que Stockholm est assise entre la mer et le beau lac Mélar comme une Venise du Nord; rappelezvous aussi nos trente mille lacs de Norvège, car la Norvège est aujourd'hui suédoise, ajouta-t-elle avec un peu de fierté. J^ai voyagé trois jours sans quitter les bords du lac Mysden, sans perdre de vue les grandes montagnes, et je suis encore assez bonne marcheuse pour faire, en quatre heures, le tour du lac d'Albano ou de celui de Némi.

— Parlons de bonne foi, reprit alors la comtesse, personne ne nous entend; avouons que si notre nature est grandiose, elle est trop uniforme; nos montagnes sont souvent pittoresques; mais valent-elles ce massif des monts Albins, aux formes si hardies et en môme temps si pures, ou bien les courbes

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harmonieuses du monte Gavi, les ondulations des rives du lac d'Albano , les bords inégaux de cette coupe verte au fond de laquelle dorment les eaux de Némi, si joliment appelées le miroir de Diane ?

« Allons, chère bonne tante, oublions un peu la Suède et la Norvège j notre patrie est belle, mais sévère; l'Italie est riante et douce. Jouissons-en, demandons-lui le calme et la sérénité que nous n'avons pas toujours rencontrés ailleiu's? »

Quelques jours après, on était retoiu'né à Albano, afin de continuer la querelle. Cette fois, il s'agissait de descendre au-dessous de Castel-Gandolfo jusqu'au bord de Teau, pour visiter l'émissaire et ce qui reste là des débris romains. Les fondations des villas qui s'avancent dans le lac montrent qu'ici comme à Baïa, les maîtres du monde se plaisaient à conquérir sur un autre élément de nouveaux espaces pour leurs plaisirs : la terre presque entière ne leur suffisait plus...

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