SAINT ONUPHRE — LE PERE GERONIMO
Christian s'attachait extrêmement au père Géronimo. De son côté, le moine se plaisait à reconnaître en Christian une âme loyale et un esprit droit. Désirant ardemment posséder sa confiance, il lui en montrait beaucoup, sachant que les confidences attirent les confidences et que le moyen de g'agner un cœur est de livrer le sien.
Ce que le religieux avait raconté de ses missions en Amérique, quelques mots échappés qui semblaient de vagues allusions à des troubles de jeunesse, avaient vivement éveillé la curiosité de son auditeur. Christian croyait deviner chez le prêtre, sous une grande douceur de ton et de langage, une nature véhémente, fougueuse et passionnée,
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comprimée par la piété, mais se soulevant et se trahissant de temps en temps malgré lui. Ce caractère d'une sing-ularité attachante, formé de contrastes, l'intéressait. Maintes fois il avait tenté de Tamener à parler de son passé mystérieux; un nuage de tristesse se répandait alors sur le visage du père, qui s'empressait d'écarter ce sujet.
Un matin, Christian désira l'accompagner à Saint-Onuphre, Thumble couvent où s'éteignit le Tasse, épuisé par les longues souffrances d'une existence errante, quelquefois misérable. La veille de sa mort, le poète devait monter en triomphe au Capitole. Suivant la belle expression de sa dernière lettre, il s'était retiré dans un cloître afin de commencer avec les bons pères des entretiens qu'il espérait achever au ciel.
a Pour certaines âmes, dit tout à coup le religieux à son jeune ami, il n'y a que le cloître ou le sacerdoce ; le monde est impossible... Je possédais une de ces âmes. » Et il setutbrusquementens'arrêtant devant le petit portique de Saint-Onuphre, sous lequel sont des fresques du Dominiquin représentant divers traits de la vie de saint Jérôme : saint Jérôme flagellé dans un rêve par des anges.
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pour avoir trop aimé les lettres profanes et la lecture de Cicéron; saint Jérôme au désert, se frappant la poitrine d'une pierre, tandis que de loin apparaissent à son imagination, que n'ont pu dompter les austérités de la pénitence, les danses voluptueuses des jeunes Romaines.
Le père regarda longtemps cette fresque, poussa un soupir suivi d'un signe de croix, comme pour conjurer quelque fantôme ; puis il laissa son compagnon et s'en alla faire sa visite au couvent.
Resté seul, Christian franchit à son tour la porte du cloître. 11 voulait voir la chambre du Tasse. Les lieux qui furent habités par les grands hommes préparent souvent au voyageur de véritables déceptions : un appartement comme un autre dont on a changé les dispositions, où tout rappelle le propriétaire actuel, dit peu de chose à l'enthousiasme; mais ici le souvenir se retrouve présent. Dans ce petit réduit on a conservé le crucifix que le poète baisa en expirant, une lettre de lui, l'image moulée sur son cadavre au front de laquelle est placée la couronne de laurier qui ne décora qu'un cercueil. Parmi les dalles de la chapelle du couvent est une
pierre funèbre qui porte cette unique inscription : C'est le tombeau du Tasse.
Espérons que le projet d^une sépulture à effet, destinée à remplacer celle-ci, ne s'exécutera pas^
Christian, après avoir salué la belle madone de Vinci à Textrémité d'un corridor, vint s'asseoir au pied d'un arbre magnifique appelé le chêne du Tasse ; un coup de vent violent l'a brisé. — De cette place il regarda la ville et l'horizon romain.
C''est un aspect étrange que celui de la neige sous un ciel étincelant, de ces frimas pour ainsi dire dépaysés qui s'aperçoivent à travers des orangers, des myrtes, des cactus et des aloès. Les montagnes de la Sabine dominent tous les sommets environnants ; des taches blanches s'étendent là sur leurs saillies, leurs cavités et sèment de points brillants les pentes du Mont Albano. Rome apparaissait à Christian comme un tableau sombre dans un cadre éblouissant, quand le père Géronimo sortit de l'église.
« 11 y a devant nous de bien beaux mo-
I. Ce projet a été exécuté; la statue a été placée et Pasquin a dit avec raison que les malheurs du Tasse n'avaient pas fini avec sa vie.
niiments, dit le moine, voyez Saint-Pierre; son dôme s'élève à notre gauche débarrassé de cette façade qui le déshonore et qu^on ne voit point d'ici; là-bas, le palais Farnèse, montrant sa loge imposante, dont les arceaux pleins d'ombre se détachent si vivement dans la lumière. A côté de ces édifices incomparables il y a, je le sais, beaucoup de vertus cachées ; mais combien il y a aussi de faiblesses, de vices et de perversités! Ne vous en scandalisez pas, mon ami, je les ai vus de près et ma foi n'en a pas été ébranlée. Donc que ce ne soit point un obstacle à la vôtre : il n'est pas dans la puissance des hommes de faire que ce qui est divin cesse de Têtre. Oui, rÉglise romaine résistera et triomphera malgré la corruption romaine!
— On ne s'en prend ni à un chêne des plantes malsaines qui croissent alentour, reprit Christian, ni aux monuments de Rome des souillures qui en salissent les abords.
— Bien raisonné! dit le père. Vous m'avez parfois exprimé le désir de connaître mon histoire; en répondant à vos questions, il fallait vous peindre ce que j'ai rencontré ici avant que Dieu m'eût conduit au port. J'ai craint jusqu'à présent que ce que j'aurais à
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VOUS dire sur le train des choses en ce pays ne vous fût une occasion d'éloignement pour TEglise. Vos bonnes paroles me rassurent. On exagère souvent le mal et on voit une duplicité calculée là où il y a plutôt routine. Corriger notre mauvaise administration est bien difficile ; elle s^est insensiblement empirée par la faiblesse des hommes et une foule de circonstances qui tiennent à la nature même du pouvoir ecclésiastique.
« Les abus sont atténués par une modération qui les tempère • presque jamais on ne va aussi loin que les institutions le permettraient. Il y a ici une certaine bonhomie, même dans le mal, qui ne le justifie pas sans doute, mais qui aide à le supporter. On fait trop souvent fléchir la règle , et cependant lorsqu'elle est défectueuse, ne vaut-il pas mieux qu'elle soit flexible ?
(( Quoi de plus simple que ma pauvre vie? Je suis né dans une petite ville de la Romagne, de parents peu aisés qui me firent donner quelque éducation, ce qui est moins rare qu'on ne pense dans les Etats du pape ; c'est l'endroit du monde où se trouvent le plus d'enfants qui sachent lire et écrire, et beaucoup de ceux à qui ailleurs on n'en-
seigne rien apprennent chez nous un peu de latin.
<i Après avoir perdu mon père et ma mère, je vins à Rome ayant en tète beaucoup d'ambition et très peu d'argent dans ma poche. Ne me sentant aucune vocation particuhère, j'avais néanmoins résohi d'être quelque chose.
« Ma première idée fut de me faire avocat. Un mien cousin exerçait cette profession, je me présentai chez lui, rêvant la gloire de Cicéron; en apprenant que les plaidoyers étaient écrits et, qu'au lieu de haranguer au Forum, j'aurais à rédiger des mémoires pour la rote, mon imagination se glaça. On emploie, il est vrai, le latin dans l'instruction des procès; mais ce latin, difficile à accommoder aux détails courants de la vie moderne, ne ressemble guère à celui de l'orateur des rostres. J'avais puisé, en lisant les anciens, quelques sentiments d'indépendance, vagues et inoffensifs, dont j'espérais relever mon éloquence. On n'est pas exigeant en Italie sur l'à-propos des lieux communs et j'avais composé d'avance certaines tirades où le Capitole et les souvenirs de la République figuraient avantageusement. On m'avertit de garder
pour moi ces réminiscences si je ne voulais pas aller en prison comme suspect de carbonarisme. Bientôt, les profondeurs du labyrinthe de la chicane romaine m^efFrayèrent; des liasses de papiers m'apprirent qu'on peut hériter ici pendant plusieurs générations d'un procès allant toujours se compliquant, s'embrouillant, se grossissant. L'incertitude de la législation, l'ignorance ou la partialité des juges, retardent indéfiniment le triomphe du bon droit.
(( La justice est plus vénale à Naples, où les lois françaises régnent et ne gouvernent point. A Rome, il n'y a pas de code 5 mais les grandes prévarications sont moins fréquentes. Cependant, on y a vu des avocats se cotiser pour faire une rente considérable au magistrat de qui la un d'un procès dépend. Les juges de la roie, qui ne sont pas toujours jurisconsultes , s'en rapportent pour bien des décisions au chef de leur studio; celuici rédige les arrêts. On conçoit à quelles tentations est exposé un pauvre diable de subalterne, qui devient unique arbitre en des circonstances où parfois il s'agit de millions.
« Là est le vice général de notre adminis-
tration : les employés sont mal rétribués et beaucoup d'entre eux trouvent naturel que les affaires les dédommagent.
« La publicité n'existant point, il y a de la sécurité pour tous les abus ; les notions de stricte équité sont si peu établies qu'il est arrivé à des papes qu'entraînait leur bon cœur, d'arrêter par charité l'exercice de la justice. Un homme est sur le point d'être condamné en matière civile ; il se jette aux genoux du saint-père, lui présente une supplique dans laquelle il expose qu'il sera réduit à la misère, kii et ses enfants ; le pontife attendri suspend pour toute la durée de son règne la conclusion du procès et le résultat de cette intervention est de faire gagner le plaideur qui a tort.
(( La justice criminelle laisse autant à désirer que les tribunaux civils; les instructions sont secrètes et interminables. Avant d'être entendu, un accusé a été quelquefois plusieurs années en prison. Le droit d'asile est encore trop respecté.
« Ces propos vous paraissent singuliers de la part d^un moine; mais, en vivant aux Etats-Unis, j^ai perdu beaucoup de préjugés et constaté surtout que la religion se
trouvait bien de la tolérance et de la liberté.
(( En Amérique^ j'ai beaucoup vu un admirable évêque français, M^' de Chevérus, traitant en ami un homme qui avait le malheur d'être protestant et d'une secte bien éloignée de la vérité, puisqu'elle ne croit pas à la très sainte Trinité ; il s'appelait le docteur Channing". Dieu sème sa grâce où il lui plaît et la vie de cet infortuné était, je dois le dire, une vie de vertu et de charité. M»"" de Chevérus l'estimait et l'aimait; ils allaient ensemble dans la même voiture visiter les pauvres et les malades ; le bon docteur restait à la porte des catholiques chez lesquels entrait le saint évêque, et celui-ci attendait à celle des protestants le ministre unitairien. J'eus d'abord la légèreté de me scandaliser ; mais je m'aperçus bientôt qu'une telle conduite inspirait aux membres de votre Eglise un grand respect pour notre clergé.
(( Dégoûté du barreau en Italie, je me décidai à suivre une autre carrière, celle de la médecine. Il y a de très bons médecins romains, malgré la routine et l'ignorance qui dominent chez la plupart d'entre eux. Les dissections, longtemps interdites, étaient encore entourées de difficultés à cette époque.
Les hôpitaux ont souvent des possessions immenses ; San Spirito, par exemple, est un des plus grsLnds pî^oprictait^es terriers de l'Etat; mais une partie seulement des revenus leur arrive. Les hospices sont pleins et offrent une vaste clinique; malheureusement les professeurs ne montrent pas toujours une science profonde ni un courage à toute épreuve^. Je considérais la médecine comme un sacefdoce; adoucir la souffrance partout et surtout chez les indigents, leur apporter en même temps des conseils d'hygiène et de morale; voilà ce que je rêvais; ce point de vue était absolument étranger à mes con-
I . Ce que disait le père Géronimo en 1 824 s'est confirmé depuis dans les premières invasions du choléra. Alors on a vu des médecins se couvrir le visage d'un masque fait pour terrifier les malades, leur présenter au bout d'un long bâton et en détournant la tète des potions qui, au lieu d'arriver à leur bouche, se répandaient sur leur poitrine. Une fois entrés à l'hôpital, on ne permettait plus à ces messieurs d'en sortir avant la fin de la contagion; et, l'un d'eux, s'étant échappé, a été ramené par les gendarmes. Il est juste de rappeler que, dans la panique de i833, laquelle avait atteint la partie la plus élevée du clergé romain, les jésuites furent admirables de fermeté et de dévouement, et, lors de la seconde invasion de l'épidémie, le pape Pie IX, intrépide au milieu de tant de folles terreurs, donna l'exemple en allant visiter les victimes de la contagion dans leur hôpital et administrer les cholériques mourants.
frères que j'allais écouter pérorer dans les boutiques des pharmaciens, où ils se rassemblaient ordinairement; j'entrevis en ces occasions des choses qui me révoltèrent. Ce que je savais de l'admirable organisation de la communauté des filles de Saint-Vincent de Paul me transportait; je fus consterné quand on me dit qu'une telle institution avait été repoussée. Le dégoût me prit et je renonçai encore à la médecine.
« Désespéré de tous les obstacles que je rencontrais, il m'arrivait parfois d'envier la fortune des princes romains; c'étaient à mes yeux les heureux de ce monde. Erreur nouvelle!... Il y en a quelques-uns sans doute qui s'occupent d'œuvres d'utilité publique, de secours contre l'incendie, de salles d'asile, de caisses d'épargne. Un plus petit nombre s'applique avec succès aux sciences, aux lettres, accueille les étrangers avec une noble politesse ; mais ce sont de rares et illustres exceptions. Presque tous végètent misérablement dans des palais somptueux et délabrés ornés de chefs-d'œuvre qu'ils cherchent parfois à vendre clandestinement en les remplaçant par des copies ; ils possèdent des bibliothèques de premier ordre où ils n'entrent
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jamais. Sans participation aux affaires du gouvernement, que le clergé se réserve, indifférents aux merveilles qui les entourent, ils ne jouissent d'aucun des plaisirs de Tintelligence.
« L^un d'eux, à qui l'on demandait si Fon ne pourrait pas voir une précieuse collection d'antiquités recueillie sur ses terres et placée dans un de ses palais, répondait : « Oui, je u crois qu'on a trouvé quelque chose; les « gens de ma maison doivent savoir cela... « Demandez à mes gens. »
« Le malheur de Taristocratie romaine est de n'avoir aucun intérêt sérieux ; cette classe nourrit tout bas un orgueil démesuré que rien ne justifie, pas même la vanité de la naissance, car, sauf quelques familles féodales comme les Gaëtani, les Orsini, les Colonna, la plupart de celles qui tiennent ici le premier rang sont d'origine assez récente et d'extraction médiocre. Les papes ont fait, de personnages très bourgeois, de fort grands seigneurs ; provenance qui en vaut une autre et devrait disposer à croire au mérite personnel et à la puissance de Tesprit. Mais, à ce point de vue, la noblesse romaine reste absolument étrangère : dédaigneuse parce qu'elle est bornée, sa morgue ne paraît point
au dehors; au dedans elle est pétrifiée*.
(( Revenons à mon histoire. Il fallait vivre ; j^aurais essayé de la carrière d^instituteur si pour cette fonction^ privée ou publique, il n^eùt pas été indispensable d'être moine ou abbé. Je commençais donc à m'apercevoir que, sans une robe de religieux, je ne pourrais arriver à rien et me décidai à prendre la soutane.
(( C'est un vrai malheur, mon cher enfant, que le sacerdoce soit en ce pays le chemin des emplois, car il se recrute ainsi de jeunes
I. Ces grands propriétaires ont une condition assez misérable : leurs biens sont grevés de redevances héréditaires qui résultent de rentes faites à des communautés ou à des familles dont les ancêtres ont été attachés à la leur. Les terres immenses, sur lesquelles ils ne résident presque jamais, deviennent pour ainsi dire la conquête des paysans, qui s'y sont installés peu à peu sans droit véritable. Leurs anciens vassaux, qu'ils ne nourrissent plus, mendient ou volent et maintenant leur font la loi. Le gouvernement, qui a longtemps redouté les mœurs féodales, favorise ces empiétements. Telle commune, telle ville qui n'existait pas quand une terre a été érigée en fief, réclame une partie de ce fief, comme en ayant été autrefois dépouillée. Si le seigneur refuse, ses arbres sont coupés et ses bestiaux tués; les nouvelles communes votent en son absence des routes à établir sur ses terres et qu'il doit payer. Le brigandage qu'ont parfois exercé les aïeux est puni par le brigandage dont les descendants sont victimes.
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gens sans vocation. On reproche à notre clergé des mœurs dont on exagère le relâchement; ce qui m'étonne, c'est que ce relâchement ne soit pas plus complet. Cette mission du prêtre, qui devrait être sacrée, choisie comme un moyen de parvenir dans le monde, devient pour le salut un péril imminent et, combien ce danger devient grand là où l'habit ecclésiastique mène à tout, même au trône!
(( A peine avais-je commencé à suivre mes cours de théologie, qu'une jeune Romaine, de celles qu'on appelle des Mïnente, m'inspira une passion violente ; ses parents étaient ouvriers relieurs établis au Transtevère ; j'allais chez eux porter des livres à réparer. Me voyant étudier pour le séminaire, ils me regardaient avec une certaine considération, m'appelaient Vabbatino , m'engageaient à venir causer de temps en temps en me chauffant au brasero. Angiolina, leur fille, m'accueillait bien. Je lui portais des chapelets, des images de madones, des médailles de saints.
(( Les prêtres, à Rome, ne sont pas soumis à une étiquette sévère ; ils vivent en familiarité avec la population et beaucoup de choses, qui paraîtraient inconvenantes en d'autres
lieux, sont permises chez nous par l'usage. Des devoirs impérieux à remplir, des préoccupations constantes d'existence m'avaient jusqu'alors préservé des pièges tendus à la jeunesse; c'était la première fois que je me trouvais souvent auprès d'une jeune fille ; mon cœur ne sut pas résister.
« Angiolina se mit en tête de me faire renoncer à la prêtrise et de m'épouser; ses parents entrèrent dans le complot. Me croyant un mortel supérieur, qui bientôt élèverait leur enfant au-dessus de sa position, qu'ils auraient la satisfaction d'écraser leurs voisins en possédant un g-endre homme de plume, ils continuèrent donc à m'attirer de plus en plus.
(( Avant que je connusse Angiolina, elle avait aimé un cousin soldat. — Un jour, ce cousin déserta pour aller à la montagne mener une vie de bandit, ce qui le conduisit vite au bagne de Civita-Vecchia. Cette situation sociale ne déshonore point un ami aux yeux des gens du peuple; aussi, quoique le mariage eût été rompu, on parlait souvent du bravo Lorenzo; sa cousine vantait l'uniforme des dragons en jetant un regard méprisant sur ma soutane râpée...
« De plus en plus égaré par ce fol amour, je ne pouvais ni travailler ni songer à rien de sérieux; c'était un enivrement des sens que je prenais pour un sentiment profond.
(( O mon fils! je rougis en vous faisant ce récit; je sais qu'il est des tendresses permises qui peuvent élever Tàme ; mais, hélas! la créature qui me captivait était aussi dépourvue de sensibilité que de raison. Elle allait dévotement à l'église afin d'y être admirée. Sa joie suprême était de se faire traîner en caratella, à bride abattue, de se promener le dimanche, au Corso à midi, au Pincio à quatre heures avec une robe neuve; elle aurait supporté la faim toute la semaine pour jouir un moment de ces plaisirs-là.
u Ignorante comme ses pareilles, elle me demandait si Romulus n'avait pas été le premier pape.
(( Tout entier livré à cette idolâtrie, un beau jour après une conversation dans laquelle Angiolina s'était moquée plus malicieusement que jamais de mon triste costume d'abbé, je fus m'engager pour un an ^ Je