I. Aujourd'hui le temple de Castor et Pollux
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toute la pureté de leurs profils. Les édifices antiques, les constructions modernes, les terrasses, les pavillons du jardin Farnèse sur le Palatin, s'élevaient avec un désordre sublime sous la voûte sereine du ciel.
Ce spectacle réveilla Christian de sa rêverie ^ il se sentit «à Rome, dans la vieille Rome, tète à tète avec ce passé que la lecture des anciens nous a rendu familier, mais qui, de loin, vu à travers les livres, demeure pour nous quelque chose de vague et de convenu jusqu'à rinstant où, par une belle nuit d'Italie, amenés devant ce passé devenu présent, nous le voyons se dresser debout et vivant encore dans ses débris ; pour la première fois alors un sentiment vrai de Tantiquité nous saisit et nous fait dire : Rome était cela !
Mais Christian avait aperçu au fond du tableau une grande ombre qui paraissait s'élever aussi haut que les monts qui avoisinent le Palatin et leCœlius ; c'était, en effet, une montagne de ruine, le Colosseum, dont nous avons trop adouci le nom en l'appelant Colisée. Le devinant de loin, Christian fut ému: pour lui comme pour beaucoup de voyageurs, Rome c'était avant tout Saint- Pierre et le Colisée. Plus entraîné vers l'an-
jo CHRISTIAN.
tiquité que vers les souvenirs chrétiens , il avait voulu voir d'abord les restes du cirque impérial pendant que la comtesse et la baronne^ Tune avec une pieuse joie catholique, Fautre avec une curiosité protestante, un peu portée à la censure et au doute, étaient allées contempler la coupole et le portique de la plus grande église de la chrétienté, qui n'est peut-être pas la plus chrétienne des églises.
Ce portique à quatre rangées de colonnes montre que Bernini eut, cette fois au moins, le génie de la grandeur. Les étrangères regardaient onduler, au souffle de la nuit, le panache blanc des deux fontaines pyramidales entre lesquelles s'élève, muet, l'obélisque qui décorait le cirque de Néron. Elles foulaient l'emplacement de ce cirque qu'éclairaient autrefois les corps vivants des chrétiens, abominables flambeaux de l'Empire.
Ce souvenir les ramenait toutes deux au berceau du christianisme où leur foi se rencontrait. Elles l'eussent retrouvé également au lieu que parcourait Christian.
A mesure que celui-ci avançait parmi les ruines du Colisée, l'amphithéâtre découvrait de plus en plus à ses yeux ce pan coupé de muraille qui, tourné vers le Forum, présente
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des lignes si belles et si sévères. 11 remarqua en passant les trois arceaux énormes de la basilique de Constantin, ce monument des derniers jours dont il ne reste qu'un tiers et qui, ainsi réduit, est encore une des plus grandes ruines de Rome.
Les hautes voûtes pleines d'ombre laissaient traverser, par les crevasses, que le temps y a faites, de larges masses de lumière qui s'étalaient comme des taches blanches sur le sol noir.
Passant à la hâte sous le charmant arc de Titus, sans admirer les bas-reliefs, mis en saillie en ce moment, Christian descendit précipitamment la pente qui conduit de cet arc au Colisée, se plaisant à faire résonner sous ses pas les vastes dalles de la voie antique. Le cœur lui battait comme pour une première entrevue avec la jeune fille dont on a beaucoup entendu parler et qu'on doit épouser. 11 n'y avait pas là de jeune fille, mais seulement de vieilles pierres et Rome que Christian voulait en effet épouser. Lassé de la passion et de l'activité, il s'était dit qu'il finirait ses jours à Rome, spectateur désintéressé des choses humaines.
11 entra dans le Colisée tout palpitant de
Tattente d'une vive émotion; cette attente ne fut pas déçue. Il y a des voyageurs que rien ne surprend et dont Timagination avait, assurent-ils, dépassé tout ce que Rome leur présente. Heureuses gens qui n'avaient pas besoin de faire tant de chemin et qui auraient dû rester chez eux!
Il n'en fut pas ainsi pour Christian; ni ses rêves ni les beaux vers de lord Byron ne l'avaient préparé à la réalité. Il commença par suivre à l'extérieur Tenceinte du monument, marchant entre un champ de roseaux et la courbe majestueuse de l'amphithéâtre ; il revint ensuite sur ses pas et pénétra dans l'intérieur du Colisée. Il resta longtemps au sein de ce grand vide, ne considérant d'abord aucun détail, ne remarquant ni ce qui est antique ni ce qui est moderne, oubliant la destination du monument et son histoire, accablé par l'étonnement plus encore que par l'admiration.
Suivant l'axe du cirque, il en £t longuement le tour, respirant à peine, regardant à gauche le haut mur qui domine tout, comme le faîte immense d'un rocher; à droite, les mille accidents qu'ofîre la partie démantelée de l'édifice. Il voyait les grandes herbes qui frisson-