‹ Christian, ou, L'année romaineChapitre 40 sur 53 · LA SEMAINE SAINTE · texte numérisé non relu

LA SEMAINE SAINTE

Opposer la iermeté de la croyance qui possède aux élans du doute qui cherche.

Ce mot d'une harmonie si lugubre : Miserere Cv^\ F^^^Oy Christian le prononçait tout bas du plus profond de ses entrailles ; il répétait Fhymne suppliante et funèbre, les yeux tournés vers l'incomparable fresque du Jugement dernier. Ce cri : « Ayez pitié » , il croyait l'entendre sortir des lèvres de la Vierge que Michel-Ange a posée à côté du juge inflexible comme pour arrêter son bras, levé sur les pécheurs.

Tout à coup les lamentations cessent et les flambeaux de la procession paraissent; le pape descend : il se prosterne devant les reliques. Les pèlerins et les pèlerines entrent dans réglise. La confrérie de la mort, composée de noirs pénitents, s'avance la croix en tète ; le grand pénitencier dans sa robe rouge, assis sur une sorte de trône, touche d'une longue baguette les fidèles prosternés.

Le samedi saint, Christian se leva avec un sentiment de sérénité.

La veille, le ciel était couvert et pluvieux; un vent aigre et froid soufflait sur cette journée triste. Une douce matinée, un azur éclatant succédait à ce temps d'équinoxe.

Christian arriva de bonne heure à la Sixtine pour écouter la Messe du pape Marcel, immortelle production de Palestrina. On raconte que la piété du pontife, scandalisée par le caractère mondain que prenait la musique d'église, avait résolu de la proscrire, quand Palestrina lui promit une œuvre qui n'aurait rien de profane et tint parole.

La lumière rendait aux peintures de la chapelle toute leur vivacité ; un rayon de soleil tombait sur le pape debout et priant, on récitait VExsiiltet^ les douze prophéties dites par des voix différentes qui, toutes, font retentir la promesse de la bonne nouvelle.

Les cardinaux s'agenouillèrent, disant les litanies ; Christian se prosterna aussi, répétant à chaque verset Ora pr^o iiobis.

Durant cette prière, l'officiant et ses ministres mettent des vêtements blancs. Des ornements lamés d'argent remplacent les parements violets de l'autel et du trône papal; on allume des cierges placés dans des candélabres dorés, voilés pendant le carême; le pape va déposer sa robe de deuil et rentre habillé de blanc; les cardinaux resplendissent dans la pourpre et l'on entonne le Gloria, A cet instant, la tapisserie qui couvre le retable

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