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de bruyères blanches et roses, se reflètent dans une eau transparente, tandis qu'à une des extrémités, les maisons noires et délabrées de la ville apparaissent juchées sur un rocher à pic, piédestal d'une haute tour féodale. De grands escarpements foncés assombrissent encore ce fond pittoresque.
Il y a là un mélange de doux et de terrible qui rappelle à la fois et le nom gracieux de miroir de Diane et le souvenir du culte sanguinaire de la déesse. En ce lieu, le prêtre qui voulait obtenir le sacerdoce devait immoler son prédécesseur. Là, parmi les fleurs émaillant Therbe touffue, on pouvait songer à cette religion lugubre de la Tauride.
Rentrant au couvent assez tard, la comtesse, fatiguée, inquiète, se sent prise d'épouvante en apprenant que monsignor Lubini l'attend au parloir... « A pareille heure! qui peut motiver sa visite.^ Une nouvelle perfidie sans doute! »
La pauvre femme ne se trompe pas; le prélat vient lui rapporter les paroles que Christian a prononcées la veille : « Je ne suis pas catholique, je ne le serai jamais ! » se gardant bien de reproduire la première partie de la phrase : Si vous êtes vraiment un catholique.
A peine M™° de Wédel est-elle délivrée de Todieuse présence de monsignor, qu'on lui remet une lettre :
« Il faut absolument que je vous voie, que je vous parle, lui écrit son fiancé. On ne manquera pas de vous dire que je suis un impie, que j*ai blasphémé... Oui, j'ai prononcé des mots que je regrette; je donnerais ma vie pour qu'ils ne me fussent pas échappés dans la fièvre de l'indignation; mais si vous saviez ce qui les a provoqués ! Je vous raconterai, je vous expliquerai tout... Ne me condamnez pas sans m'entendre ; on accorde cette grâce aux plus grands coupables... Si vous voulez que je ne devienne pas un désespéré, un réprouvé, entendez-moi...
« Cette entrevue ne peut avoir lieu dans un monastère : je vous en supplie à genoux, soyez demain matin avec votre tante, près du Casin en ruines à la villa Mandragone; sauvez-moi de moimême ! «
La villa Mandragone respire la grâce et l'abandon 5 rien n'est plus ravissant que la prairie inclinée, semée de pins élégants, qui conduit au Casin ; rien n'est plus triste que le Casin lui-même. Dans une vaste cour où rherbe croît, on trouve un portique, à travers les fenêtres duquel Tœil embrasse, d'un côté la campagne romaine, de l'autre des collines isolées. La plus voisine est Monte Portio, que l'on suppose devoir son nom à une villa de Caton l'Ancien appelé Portius. Tivoli se découvre au pied des montagnes escarpées de la Sabine 5 ainsi, la pensée va
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d^Horace à Caton. Des colonnes qui portent des statues brisées, des bustes sans tête, sont restées sous ce portique orné de peintures et d'inscriptions latines, tracées dans les temps modernes. L\ine d'elles commence par ce vers d'un tour antique :
Thessald quid Tempe? quid quœris Apollinis hortos ^ ?
En effet, rien ne peut surpasser cette admirable perspective.
Christian, dans la villa Mandragone, acompte de mortelles heures en attendant sa Lina. La baronne paraît entin; mais elle est seule! « Et la comtesse > » s'écrie-t-il. « Malade, anéantie, après avoir reçu la visite de ce monsignor!... Elle écrira; je viens ici de sa part vous en apporter la promesse.
— Elle m'écrira, madame! dit Christian, en attachant sur la tante de Lina un regard qui la fit frémir. Elle m'écrira... j'aurai une lettre!... je Taurai demain !... demain !... »
Et, sans rien écouter, il s'enfuit, laissant galoper son cheval à l'aventure jusque sur la voie Appienne, au milieu des tombeaux qui formaient à la Rome antique comme une magnifique avenue.
Christian regarda par habitude ces aqueducs.