I. Lieu d'asile aux environs de Rome
LE VI FERA RO. a/j
O les Monsignors! que la Madone les extermine! Ils viennent nous parler du paradis, le paradis ne sera pas pour eux, il sera pour les pauvres emprisonnés qui meurent de faim. Je suis moi-même un vrai chrétien et je me confesse quand je trouve un bon frère; mais ces damnés de voleurs de femmes auront un jour leur tour en ce monde et dans Tautre! On les égorgera, on les écrasera comme j'écrase sous mon talon ce crapaud qtie voilà! »
Et le viperaro, arrivé au dernier paroxysme de l'exaltation, vaincu par Texcès de sa douleur farouche, jette loin de lui le couteau qu'il brandissait tout à Theure, sanglote et, se prenant la tête entre les mains, s'écrie d'un accent lamentable: « Jacinta, Jacinta! »
Si Christian avait pu se distraire un instant de l'idée qui le torturait, ce qu'il venait d'entendre et de voir Faurait profondément ému; mais le soleil se levait, il fallait aller chercher la certitude de l'arrêt qui le condamnait à mourir. Avant de quitter le viperaro, il lui mit dans la main quelques pièces d'or et dit: u Promettez-moi de ne tuer personne tant qu'il vous restera de cet argent, n Le paysan, à travers ses larmes, contemple les napoléons, les compte avec une joie naïve : « C'est
assez pour un an^ répond-il ; après nous verrons. Que la Madone bénisse Votre Excellence! »
Christian se dirige vers Rome. Au guichet de la poste le fatal niente lui est répété ; prenant alors la route du Tibre ^ il marche droit au lieu qu^il a choisi la veille, s'avance sur les bords du fleuve, s'apprête à s'élancer lorsqu'un bras vigoureux l'arrête : c'était le père Géronimo.