‹ Christian, ou, L'année romaineChapitre 7 sur 53 · L'OCTOBRE A ROME · texte numérisé non relu

L'OCTOBRE A ROME

grand nombre de femmes : les unes, à la figure matronale, rappellent les médailles antiques ; les autres, au profil moins imposant, à la taille moins robuste, vêtues de robes grises ou brunes, ont les cheveux nattés, piqués de longues épingles d'or, pareilles à celles qu'on trouve dans les tombeaux étrusques.

Les écuyers, qui s'élancent, semblent, par la diversité des couleurs de leur costume, simider les factions politiques d'autrefois 5 les amazones fuient sur les pelouses, rapides comme Penthésilée...

La lutte commence, le cheval qui dépasse son rival excite aussitôt des applaudissements frénétiques ou des sifflets étourdissants.

En ce beau lieu, la vue des spectateurs est plus curieuse que le spectacle; ainsi, ce massacre qu'en Espagne on appelle par euphémisme courses de taureaux [las corridas) vous attire quoi qu'on en ait, parce que, si c'est un plaisir médiocre de voir égorger des taureaux, éventrer des chevaux, jeter à terre ou tuer des picadores, vingt mille Andalous et Andalouses, rugissant d'intérêt passionné, méritent qu'on les regarde, quand ce ne serait que pour se faire une idée des ivresses de l'amphithéâtre romain.

Le second dimanche d'octobre, la baronne de Wédel et sa nièce, voulant jouir de ce divertissement populaire, avaient pris place sur les g'radins privilégiés et couverts : Christian, au contraire, errait en liberté pour mieux voir Tensemble de la fête.

Les jardins de la villa offrent partout des points de vue délicieux. Du casino on aperçoit une partie de -Fenceinte d'Aurélien, ce manteau de briques jeté sur les épaules de la Rome antique, dont chaque siècle a tour à tour déchiré ou recousu un lambeau.

Si Ton redescend dans le parc, on y trouve de belles allées droites à la française, ce qui veut dire à Titalienne, des avenues tournantes où l'herbe croît sous les pieds, où le feuillage des yeuses répand sur le sable jaune de noires ombres que percent, çà et là, de lumineux rayons. A droite et à gauche, s'inclinent des prairies semées d'arbres plantés irrégulièrement ; quelques-uns montrent cette verdure vivace que l'hiver ne saurait altérer ; d'autres étalent les nuances pourpres et dorées de l'automne.

A une des extrémités de la villa, on arrive à de grands espaces entourés de barrières rustiques, semblables à des pâturages où,

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