ACTE QUATRIÈME
que, moi-même, j’adorerais mademoiselle Maubray, si c’était nécessaire: mais ce n’est pas nécessaire, puisqu’on me la donne. — Seulement je suis agréé par le père, on me cherche querelle, c’est moi qui suis l’offensé.
ROBERT, trfts-sèchement.
M. de Kerhuon vous laissera certainement ce plaisir.
BRI AC, interveoant, ik Achille.
Mais vous ne vous battrez pas.
ROBERT
Briac !
BRIAG.
Je suis l’ami de Maubray, moi ; j’ai vu grandir Christiane. Je ne vous permettrai pas de mêler à un duel le nom de cette enfant.
Je lui donnerai le mien.
BRIAC, se levant.
Elle ne l’a pas encore. Et l’on ne touche pas ainsi à la réputation d’une jeune fille. — Oh! je ne suis pas chevaleresque, 'moi.
ACHILLE
Ni moi non plus, très-cher, je ne suis pas chevaleresque. Mais je ne peux pas reculer devant M. de Kerhuon, ce serait compromettre mon élection. — Il me faudrait un second chemin de fer.— Jenele peux pas. (se levant.) D’autant plus qu’un duel avec ce gentilhomme me posera dans le parti, et que le gouvernement me devra un dédommagement. Je suis agacé, moi, de n’avoir que des décorations étrangères.
BRIAC, s’emportant.
Je VOUS répète, moi, 'que vous ne vous battrez pas. Je ne le veux pas. Je ne m’emporte pas souvent, mais quand je m’emporte...
ROBERT, se levant aussi et serrant la main ilc Briac.
Bien, Briac, bien. {a Achiiie.) Pardonnez-lui, il aime beaucoup mademoiselle Cliristiane, et elle mérite vraiment d'ôtre aimée, même par ceux qui la connaissent à peine, comme moi. Briac a raison; vous ne devez pas vous battre. Vous avez offensé le marquis de Kerhuon, c’est là ce qu’on vous reproche : reconnaissez vos torts.
Mes torts!
ROBERT
Et maintenant, puisque vous savez que vous avez un rival, un rival préféré, peut-être...
ACHILLE
S’il n’était pas préféré ce ne serait pas un rival.
ROBERT
Renoncez à mademoiselle Maubray,
ACniLLEf ^-tonné. t
Hein! (a part.) Il est naïf, j’adore ça.
ROB ERT
Vous êtes jeune, vous devez avoir tous les bons sentiments de la jeunesse. Il est cruel d’épouser une jeune fille qui ne fait qu’obéir à son père : choisissez une femme qui vous plaise vraiment, faites-vous aimer d’elle, essayez ces douces joies, et gardez-vous surtout de jamais troubler ceux qui les ressentent.
ACHILLE
Je vous ai compris, mon cher comte, et je vous remercie. Vous me conseillez d’épouser une bergère. C’est une allégorie; vous voulez me dire : N’épousez pas mademoiselle Maubray, la fortune du père n’est pas solide.
ROBERT
Comment!
ACHILLE
Eh bien, je vais vous rassurer, la petite a hérité de sa mère.