R 0B F, RT
Elle a mis dans cet amour toute son existence.
M AUBR AY.
Elle vous a fait cet aveu !
ROBF.RT.
Il n'y a pas de secret dans une âme comme la sienne, — et ma nièce est son amie. — Rien ne s’oppose à ce mariage.
MACBRAY, se levant et repoussant le fauteuil.
Rien? Vous oubliez vite qu’elle est la fille du banquier Maubray, et que demain le banquier iMaubray sera ruiné et déshonoré.
ROBERT, prenant le dossier Senoncourt. •
Vous ne serez ni déshonoré, ni ruiné, (ii va à la cheminfe.) Le nom de Maubray sera sans tache,
Encore une fois, que vous Importe mon nom?
ROBERT, jetant le dossier au feu.
Le dossier Senoncourt n’existe plus.
MAUBRAY
Que faites-vous?
ROBERT, devant la cheminée.
Christiane pourra épouser, celui qu’elle aime.
A CTI* QUATRlfùMi:.
31 ACBR AY,
descendant.
Elle épousera M. de Beaubriand, parce que je le veux, parce que je suis seul juge de ce qui convient à. Christiane, parce que je suis son père.
ROBERT
Vous êtes son père 1 et vous n’avez pas deviné ce qu’elle souffre ! — Vous ne sentez pas ce qu’il y a de douleur dans son calme 1 Vous n’avez pas vu les larmes qu’elle vous cachait! Vous ne songez pas que lorsqu’elle vous aura dit : J'aime Henry de Kerhuon, elle rte comprendra plus que vous puissiez la donner fi un autre. Ne froissez pas cette candeur, ne vous heurtez pas à cette loyauté d’enfant. Votre volonté s’y briserait.
MACB R AY.
Ma volonté I
ROBERT, continuant.
Mais comment n’auriez-vous pas de tendresse pour elle. Je me disais eai la regardant qu’un étranger même l’aimerail. Eh bien, le mariage que vous lui proposez la tuerait. Entendez-vous? Il y va de sa vie. Le docteur Solem m’a dit
à moi ce qu’on n’ose pas dire à un père. Il y va de sa vie!
M AUBR AY, passant devant lui et allant à gauche.
J’ai entendu, monsieur, tout ce que je pouvais entendre, et je ne vous permettrai plus de me parler de Christiane.
ROBERT
A moi ?
MAUBRAY, avec violence, allant à lui.
A vous, que je ne connais pas, que je ne veux pas connaître.
ROBERT
Vous savez qu’elle est ma fille.
MAUBRAY, reprenant un calme glacial.
Oui, monsieur, je le sais. — Mais il ne faut pas qu’un autre que moi le sache.
ROBE R T
Maintenant, vous ne vous vengerez que sur moi. Quelle réparation exigez-vous?
Une réparation !
MADBRAY.
ROBERT
Vous pouviez me tuer, vous le pouvez encore.
M AÜBR A Y.
Que me fait votre existence ?
ROBERT
Eh bien! je vous déclare que, moi vivant, vous ne sacri- • fierez pas Christiane.
MAUBRAY, dédaigrneaseraent.
Vous êtes fou.
ROBERT
Elle n’a que moi pour la défendre, je la défendrai.
A quel titre?
A quel titre !
MAUBRAY
ROBERT
MAUBRAY
Évoquerez-vous le souvenir de sa mère? — C’est à moi qu’elle a confié Christiane en mourant.
ROBERT
MAUBRAY, remontant.
Il semble qu’il n’y ait que vous qui ayez souffert!
ROBERT
Je ne vous brave pas, je ne lutte pas, je m’humilie; je ne demande plus rien, rien que la savoir heureuse; je vous implore, je vous supplie d’avoir pitié d’elle.