BRIAC, ROBERT
ROBERT
Tu es l’ami de M. Maubray ?
B RI AC
J’ai un intérêt dans sa maison.
ROBERT
Toi qui n’entends rien aux choses d’argent, toi, Briac, tu fais des opérations de Bourse?
Je ne les comprends pas toujours, mais je suis les coups comme aux échecs; ça m’amuse. *
ROBERT
Si quelqu’un pouvait être l’ami et l’associé de M. Maubray, ce n’était pas toi.
BRIAC
Robert, sois calme.
ROBERT
Tu devrais comprendre, au moins, l’émotion que je ressens. C’est la première fois depuis dix-sept ans que j’en-
1> Bri&c, Robert, Adrienne, le baronne.
tends prononcer le nom de Maubray, ce nom qui me rappelle toutes mes souffrances et toutes mes joies.
BRI AC
Je m’explique bien ton émotion.
ROBERT
Mais tu ne t’expliques pas que je m’étonne de te voir son ami, toi, le confident de toutes mes pensées; toi, qui sais comment on m’a séparé de la femme que j’aimais, comment on m’a forcé de partir; toi, qui m’engageais à céder, en me répétant : Je suis là, je veillerai sur elle. — Je n’aurais pas dû partir; j’aurais dû résister aux conseils de ce que tu appelais la raison; j’aurais dû me révolter contre les ordres implacables de mon père, (n va s’asseoir sur
le canapé.)
BRIAC
Tu n’écoutais ni les conseils ni les ordres ; c’est à elle seule que tu as obéi. Rester, c’était la perdre, tu le savais bien. Vous aviez été Imprudents tous les deux. Le mari allait tout découvrir.
ROBERT
Est-ce qu’il songeait à elle? Est-ce que ce financier, qui avait plus de deux fois son âge, est-ce que cet ambitieux effréné, — ton ami aujourd’hui, — se préoccupait de sa femme? Il avait épousé une jeune fille qui portait un grand nom. C’est tout ce qu’il avait voulu; il vivait comme séparé d’eile, combinant des entreprises aventureuses, faisant de longs voyages...
BRIAC, vivement.
il travaillait à relever sa fortune et vivait seul pour cacher ses luttes et ses angoisses. Rien ne prouve qu’il n’ait pas aimé sa femme. Tu n’as pas oublié cette fatale soirée...
ROBERT
Elle avait cru entendre le pas de son mari dans une chambre voisine. Elle s’était trompée.