IX. — La Nouvelle Révélation
Le Spiritisme et la Science.
La nouvelle révélation se 'produit sous des formes inattendues ou plutôt sous des formes oubliées, identiques cependant à celles que revêtirent les premières manifestations du christianisme.
Gelui-ci avait débuté par le miracle. C'est sur la preuve matérielle de la survivance que la religion du Christ est fondée (i). Le spiritualisme moderne se révèle à l'aide du phénomène. Or, miracle et phénomène sont deux mots pour un seul et même fait. Le sens différent qui s'y attache donne la mesure du chemin parcouru par l'esprit humain en dix-neuf siècles. Le miracle est supérieur à la loi naturelle; le phénomène y est soumis. Il n'est que l'effet d'une cause, la résultante d'une loi. L'expérience et la raison ont démontré que le miracle est impossible. Les lois de la nature, qui sont les lois divines, ne sauraient être violées, car ce sont elles qui règlent et main-
(1) Voir chapitre v.
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tiennent rharmonie de l'univers. Dieu ne peut se démentir.
Les phénomènes d'outre-tombe se retrouvent à la base de toutes les grandes doctrines du passé : dans tous les temps, des rapports ont uni le monde invisible au monde des vivants. Dans rinde, en Égypte et en Grèce, leur étude était le privilège d'un petit nombre de chercheurs et d'initiés; les résultats obtenus étaient soigneusement tenus cachés.
Pour rendre ces recherches accessibles à tous, pour faire connaître les véritables lois qui régissent le monde invisible, pour apprendre aux hommes à voir dans ces phénomènes, non plus un ordre de choses surnaturel, mais un côté ignoré de la nature et de la vie, il fallait l'immense travail des siècles, toutes les découvertes de la science, toutes les conquêtes de l'esprit humain sur la matière. Il fallait que Thomme connût sa véritable place dans Tunivers, qu'il apprît à mesurer la faiblesse de ses sens, leur impuissance à explorer, par eux-mêmes et sans secours, tous les domaines de la nature vivante.
La science, par ses inventions, a atténué cette imperfection de nos organes. Le télescope a ouvert à notre regard les abîmes de l'espace; le microscope nous a révélé l'infiniment petit. La vie nous est apparue partout, dans le monde des
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infusoires comme à la surface des globes géants qui roulent dans la profondeur des cieux. La physique a découvert la transformation des forces, la radio-activité des corps, et les lois qui assurent l'équilibre universel; la chimie nous a fait connaître les combinaisons de la substance. La vapeur et Télectricité sont venues révolutionner la face du globe, faciliter les rapports des peuples et les manifestations de la pensée, afin que l'idée rayonne et se propage sur tous les points de la sphère terrestre.
L'èsprit humain a pu plonger ses regards dans cette grande Bible de la nature, dans ce livre divin qui surpasse de toute sa majesté les bibles humaines. Il y a lu couramment les formules et les lois qui président aux évolutions de la vie, à la marche des univers.
Aujourd'hui, l'étude du monde invisible vient compléter cette magnifique ascension de la pensée et de la science. Le problème de l'Au-delà se dresse devant l'esprit humain avec une puissance, une autorité, une insistance telles que rien de semblable peut-être ne s'est produit dans l'histoire. Car jamais on n'avait vu un ensemble de faits, de phénomènes, considérés d'abord comme impossibles, qui n'éveillaient dans la pensée de la majorité de nos contemporains que l'antipathie et le dédain, finir par s'imposer à
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ratlention et à Pexamen des plus compétents et des plus autorisés.
Vers le milieu du dernier siècle, l'homme, déçu par toutes les théories contradictoires, par tous les systèmes incomplets dont on a voulu nourrir sa pensée, se laissait aller au doute ; il perdait de plus en plus la notion de la vie future. C'est alors que le monde invisible est venu à lui et l'a poursuivi jusque dans ses demeures. Par des moyens divers, les morts se sont manifestés aux vivants. Les voix d'outre-tombe ont parlé. Les mystères des sanctuaires orientaux, les phénomènes occultes du moyen âge, après un long silence, se sont renouvelés ; le spiritisme est né.
C'est au delà des mers, dans un monde jeune, riche d'énergie vitale, d'expansion ardente, moins assujetti que la vieille Europe à l'esprit de routine et aux préjugés du passé, c'est dans l'Amérique du Nord que se sont produites les premières manifestations du spiritualisme moderne. De là, elles se sont répandues sur le globe entier. Ce choix était profondément judicieux. La libre Amérique était bien le milieu le plus propice à une œuvre de diffusion et de rénovation. Aussi y compte-t-on aujourd'hui vingt millions de « modernes spiritualistes ».
Mais, d'un côté de l'Atlantique comme de l'autre, quoique avec des intensités diverses, les
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phases de progression de l'idée spirite ont été les mêmes .
Sur les deux continents, l'étude du magnétisme et des fluides avait préparé certains esprits à Tobservation du monde invisible.
D'abord, des faits étranges se manifestèrent de tous côtés, faits dont on n'osait s'entretenir qu'à voix basse, dans l'intimité. Puis, peu à peu, le ton s'éleva. Des hommes de talent, des savants, dont les noms sont autant de garanties d'honorabilité et de sincérité, osèrent en parler tout haut et les affirmer. Il fut question d'hypnotisme, de suggestion, puis vinrent la télépathie, les cas de lévitation et tous les phénomènes du spiritisme.
Des tables s'agitaient en une ronde folle ; des objets se déplaçaient sans contact, des coups retentissaient dans les murailles et les meubles. Tout un ensemble de manifestations se produisait, vulgaires en apparence, mais parfaitement adaptées aux exigences du milieu terrestre, à l'état d'esprit positif et sceptique des sociétés modernes.
Le phénomène parlait aux sens, car les sens sont comme les ouvertures par où le fait pénétrera jusqu'à l'entendement. Les impressions produites sur l'organisme éveillent la surprise, provoquent la recherche, mènent à la conviction.
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Après une première phase matérielle et grossière, les manifestations revêtirent un nouvel aspect. Les coups frappés se régularisèrent et devinrent un mode de communication intelligent et conscient. La possibilité de rapports entre le monde visible et le monde invisible apparut comme un fait immense, bouleversant les idées reçues, ébranlant les enseignements habituels, mais ouvrant sur la vie future une issue que l'homme hésitait encore à franchir, ébloui devant les perspectives qui s'offraient à lui.
A mesure qu'il se propageait, le spiritisme voyait se dresser contre lui de nombreuses oppositions. Gomme toutes les conceptions nouvelles, il dut affronter le mépris, la calomnie, la persécution morale. Telle l'idée chrétienne à ses débuts, il fut accablé d'amertume et d'injures. Il en est toujours ainsi. Lorsque de nouveaux aspects de la vérité apparaissent aux hommes, c'est toujours la défiance et l'hostilité qu'ils provoquent.
Cela est facile à comprendre. L'humanité a épuisé les vieilles formes de la pensée et de la croyance, et lorsque ces formes inattendues de la vérité se révèlent, elles semblent peu répondre à l'idéal ancien qui est affaibli et non pas mort. Aussi faut-il une assez longue période d'examen, de réflexion, d'incubation, pour que l'idée non-
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velle fasse son chemin dans les esprits. De là, les incertitudes et les souffrances de la première heure.
On a beaucoup raillé les formes que revêtait le nouveau spiritualisme. Mais les puissances invisibles qui veillent sur l'humanité, sont meilleurs juges que nous des moyens d'action et d'entraînement qu'il convient d'adopter, suivant les temps et les milieux, pour ramener l'homme au sentiment de son rôle et de ses destinées, sans entraver son libre arbitre. Car c'est là l'essentiel : il faut que la liberté de l'homme reste entière.
La volonté supérieure sait approprier aux besoins d'une époque et d'une race les formes nouvelles de Téternelle révélation. C'est elle qui suscite au sein des sociétés les penseurs, les expérimentateurs, les savants, qui indiqueront la voie à suivre et poseront les premiers jalons. Leur œuvre se déroule lentement. Faibles et insensibles d'abord sont les résultats, pourtant l'idée pénètre peu à peu dans les intelligences. Le mouvement, pour être inaperçu, n'en est parfois que plus sûr et plus profond.
A notre époque, la science est devenue la maîtresse souveraine, la directrice du mouvement intellectuel. Lasse des spéculations métaphysiques et des dogmes religieux, l'humanité
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réclamait des preuves sensibles, des bases solides, sur lesquelles elle pût asseoir ses convictions. Elle s'attachait à l'étude expérimentale, à l'observation des faits, comme à une planche de salut. De là, le grand crédit des hommes de science à l'heure où nous sommes. Aussi la révélation a-t-elle pris un caractère scientifique. C'est par des manifestations matérielles que Ton a frappé l'attention des hommes, devenus euxmêmes matériels.
Les phénomènes mystérieux que l'on trouve disséminés dans l'histoire du passé se sont renouvelés et multipliés autour de nous; ils se sont succédé dans un ordre progressif, qui semble indiquer un plan préconçu, l'exécution d'une pensée, d'une volonté.
En effet, à mesure que le nouveau spiritualisme gagnait du terrain, les phénomènes se transformaient. Les manifestations grossières du début s'amélioraient, revêtaient un caractère plus élevé. Des médiums recevaient, par l'écriture, d'une manière mécanique ou intuitive, des messages, des inspirations de source étrangère. Des instruments de musique jouaient sans contact. On entendait des voix et des chants ; des mélodies pénétrantes semblaient descendre du ciel et troublaient les plus incrédules. L'écriture directe se produisait à l'intérieur d'ardoises jux-
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taposées et scellées. Des phénomènes d'incorporation permettaient aux défunts de prendre possession de l'organisme d'un sujet endormi, et de s'entretenir avec ceux qui les avaient connus sur la terre. Graduellement, et comme par suite d'un développement calculé, les médiums voyants, parlants, guérisseurs, apparaissaient.
Enfin, les habitants de l'espace, revêtant des enveloppes temporaires, venaient se mêler aux humains et vivre un instant de leur vie matérielle et terrestre, se laissant voir, toucher, photographier, donnant des empreintes de leurs mains, de leurs visages, pour s'évanouir ensuite et reprendre leur vie élhérée.
C'est ainsi que tout un enchaînement de faits s'est produit, depuis les plus inférieurs et les plus vulgaires, jusqu'aux plus subtils, suivant le degré d'élévation des Intelligences qui interviennent; tout un ordre de manifestations s'est déroulé sous le regard des observateurs attentifs.
Aussi, malgré les difficultés d'expérimentation, malgré les cas d'imposture et les modes d'exploitation dont ces phénomènes ont été quelquefois le prétexte, l'appréhension et la défiance se sont atténuées peu à peu ; le nombre des examinateurs est allé croissant.
Depuis cinquante ans, et en tous pays, le phénomène spirite a été l'objet de fréquentes
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enquêtes, entreprises et dirigées par des commissions scientifiques. Des savants sceptiques, des professeurs célèbres, appartenant à toutes les grandes universités du monde, ont soumis ces faits à un examen rigoureux et approfondi. Leur intention était d'abord de faire la lumière sur ce qu'ils croyaient être le résultat de fourberies ou d'hallucinations. Mais tous, d'incrédules qu'ils étaient, après des années d'étude consciencieuse et d'expérimentations répétées, ont abandonné leurs préventions et se sont inclinés devant la réalité des faits.
Plus on a examiné et scruté le problème, plus nombreux et plus pressés se sont révélés les cas d'identité, les preuves de la persistance de la personnalité humaine au delà du tombeau. Les manifestations spirites, constatées par milliers sur tous les points du globe, ont démontré qu'un monde invisible s'agite autour de nous, à notre portée, un monde où vivent, à l'état fluidique, tous ceux qui nous ont précédés sur terre, qui y ont lutté et souffert, et constituent par delà la mort une seconde humanité.
Le nouveau spiritualisme se présente aujourd'hui avec un cortège de preuves, avec un ensemble de témoignages tellement imposant, que le doute n'est plus possible pour les chercheurs de bonne foi. C'est ce qu'exprimait en ces
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termes le professeur Ghallis, de T Université de Cambridge :
« Les attestations ont été si abondantes et si par- « faites, les témoignages sont venus de tant de « sources indépendantes les unes des autres et d'un <t nombre si énorme de témoins^ qu'il fa ut, ou admettre « les manifestations telles qu'on les représente, ou <( renoncer à la possibilité de certifier quelque fait « que ce soit par une déposition humaine (i). »
Aussi, le mouvement de propagation s'est-il accentué de plus en plus. A l'heure présente, nous assistons à un véritable épanouissement de l'idée spirite. La croyance au monde invisible s'est répandue sur toute la surface de la terre. Partout, le spiritisme a ses sociétés d'expérimentation, ses vulgarisateurs, ses journaux.
Revenons sur un point essentiel. L'erreur ou le scepticisme de l'homme touchant l'existence du monde invisible tenaient à une cause unique : l'impuissance de son organisme à lui fournir une idée complète des formes et des possibilités de la vie.
On a trop perdu de vue que nos sens, quoi-
(1) RussELL Wallace, le Moderne Spiritualisme , p. 139.
qu'ils se soient affinés et développés depuis l'origine de Thumanité, ne perçoivent encore que les formes les plus rudimentaires de la matière; ses états subtils leur échappent absolument. De là, l'opinion généralement répandue que la vie n'était possible que sous des formes et avec des organismes semblables à ceux qui frappent nos regards. De là, Tidée fausse que la vie n'était partout qu'une imitation, une reproduction de ce que nous voyons autour de nous.
Du jour où, avec l'aide de puissants instruments d'optique, l'infiniment grand et l'infiniment petit se sont révélés, il a bien fallu reconnaître que nos sens, réduits à eux-mêmes, n'embrassaient qu'un cercle très restreint de l'empire des choses, un champ très borné de la nature ; qu'en définitive nous ne savions presque rien de la vie universelle.
A une époque beaucoup plus récente, nous ne connaissions encore de la matière que ses trois modes les plus élémentaires : les solides, les liquides, les gaz. Nous ne savions rien des innombrables transformations dont elle est susceptible.
C'est seulement depuis une trentaine d'années que le quatrième état de la matière, l'état radiant, est connu des savants. W. Grookes, l'académicien anglais, en a le premier constaté Texis-
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tence, et ses expériences spirites, poursuivies pendant trois années, n'ont pas été étrangères à cette découverte. Il a pu démontrer que la matière, devenue invisible, réduite à des quantités infinitésimales, acquiert des énergies, des puissances incalculables, et que ces énergies augmentent sans cesse, à mesure que la matière se raréfie.
Plus récemment, les recherches de nombreux savants sont venues confirmer ces découvertes. Peu à peu, la science a abordé le domaine de l'invisible, de l'intangible, de l'impondérable. Elle a dû reconnaître que l'état radiant n'est pas le dernier que la matière puisse revêtir; au delà, celle-ci lui est apparue sous des aspects de plus en plus subtils et quintessenciés, se raréfiant presque à l'infini, sans cesser d'être la forme possible, la forme nécessaire de la vie.
Ce que la science commence seulement à entrevoir, les spirites le savaient depuis longtemps par la révélation des Esprits. Ils avaient appris que le monde visible n'est qu'une portion infime de l'univers, qu'en dehors de ce qui tombe sous nos sens, la matière, la force, la vie, se présentent sous des modes variés, sous des aspects innombrables ; que nous sommes entourés, enveloppés de radiations invisibles pour nous, en raison de la grossièreté de nos organes.
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Toutes ces notions, les expériences scientifiques viennent les démontrer aujourd'hui. La constatation de ces modes d'énergie, l'existence de ces formes subtiles de la matière, fournissent en même temps l'explication rationnelle des phénomènes spirites. C'est là que les Invisibles puisent les forces dont ils se servent dans leurs manifestations physiques; c'est des éléments de la matière impondérable que sont constitués leurs enveloppes, leurs organismes.
Les chercheurs de bonne foi n'ont pas tardé à le reconnaître. Depuis la découverte de la matière radiante, la science s'est avancée pas à pas dans ce vaste empire de l'inconnu. Tous les jours elle vient confirmer, par des expériences nouvelles, ce que l'esprit humain, plus clairvoyant que nos sens, avait pressenti depuis longtemps.
La science avait commencé par photographier les rayons invisibles du spectre solaire, les rayons ultra-violets et infra-rouges, qui n'impressionnent pas notre rétine. Puis, elle a obtenu la reproduction, sur la plaque sensible, d'un grand nombre de mondes stellaires, d'étoiles lointaines, d'astres perdus dans les profondeurs de l'espace, à un éloignement tel que leurs radiations lumineuses échappent, non seulement à notre œil, mais parfois même au télescope.
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On sait que les sensations de lumière, comme celles de son, de chaleur, etc., sont produites par une quantité déterminée des vibrations de réther.
La rétine, organe de la vue, perçoit, dans de certaines limites, les ondes lumineuses (i). Aia delà de ces limites, un grand nombre de vibrations lui échappent. Or, ces vibrations, insaisissables pour nous, peuvent être perçues par la plaque photographique, plus sensible que Tceil humain, ce qui permet de dire que l'objectif pljiotographique est comme un regard ouveri sur l'invisible.
Nous en avons une preuve nouvelle par Tap-
(1) La rétine, qui est le plus parfait de nos organes, perçoit les ondulations éthérées depuis 400 trillions par seconde jusqu'à 790 trillions, c'est-à-dire tout ce qui constitue la gamme des couleurs, du rouge, à l'une des extrémités d<u spectre solaire, au violet, à l'autre extrémité. Au delà, la seiisation est nulle. Le professeur Stokes a cependant réussà à rendre visibles les rayons ultra-violets, en leur faisant traverser un papier imbibé d'une solution de sulfate de quinine, qui réduit le nombre des vibrations. De même, le professeur Tyndall a rendu visibles, au moyen de la chaleur, les rayons infra-rouges, invisibles à l'œil à l'état normal.
Partant de ces données, nous pouvons admettre scientifiquement une suite non interrompue de vibrations invisibles, et en déduire que, si nos organes étaient susceptibles d'en recevoir l'impression, nous pourrions distinguer une variété inimaginable de couleurs ignorées, et aussi d'innombrables formes, substances, organismes, qui ne nous apparaissent pas maintenant, par suite de l'imperfection de nos sens,
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plication des rayons X, des rayons obscurs de Rœntgen, à la photographie. Quoique invisibles, ils ont le pouvoir de traverser certains corps opaques, tels que Tétoffe, la chair, le bois, et permettent de reproduire des objets cachés à tous les yeux, comme le contenu d'une bourse, d'une lettre, etc. Ils pénètrent dans les profondeurs de l'organisme humain, et les moindres détails de notre anatomie n'ont plus de secret pour eux.
L'utilisation des rayons X tend à se généraliser de plus en plus; elle nous montre quel parti considérable la science de l'avenir pourra tirer des formes subtiles de la matière, quand elle saura les emmagasiner et les diriger.
La découverte de la. matière lumineuse et de ses applications a une portée incalculable. Non seulement elle nous prouve que des formes de la matière s'échelonnent au delà de nos sens, formes perceptibles seulement pour des appareils enregistreurs, mais aussi que ces formes et ces rayonnements acquièrent plus de force et de pénétration à mesure que s'accroît leur subtilité. Nous nous habituons ainsi à étudier la nature sous ses aspects cachés, qui sont ceux de sa plus grande puissance.
Dans ces manifestations encore mal définies de l'énergie, nous trouvons l'explication scien-
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tifîque d'une foule de phénomènes, comme les apparitions, le passage des Esprits à travers les corps solides, etc. L'application des rayons Rœntgen à la photographie nous fait comprendre le phénomène de la double vue des médiums, et celui de la photographie spirite. En effet, si des plaques peuvent être influencées par des rayons invisibles, par des radiations de la matière impondérable qui pénètrent les corps opaques, à plus forte raison les fluides quintessenciés, dont se compose Tenveloppe invisible des Esprits, peuvent-ils, dans certaines conditions, impressionner la rétine des médiums, appareil plus délicat et plus complexe que ne l'est la plaque de verre.
C'est ainsi que le spiritisme se fortifie chaque jour par l'appoint d'arguments tirés des découvertes de la science, et qui finiront par ébranler les sceptiques les plus endurcis.
La photographie des radiations de la pensée vient d'ouvrir un champ nouveau aux investigateurs.
De nombreux expérimentateurs (i) ont réussi à fixer sur la plaque sensible les radiations de la pensée et les vibrations de la volonté. Leurs recherches ont démontré qu'il existe en chaque
(1) Voir entre autres l'ouvrage du docteur Baraduc : fAme humaine, ses Mouvements, ses Lumières.
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être humain un centre de radiations invisibles, un foyer de lumières qui échappent à la vue, mais peuvent impressionner les plaques photographiques.
Soit en appuyant les doigts sur le côté enduit de gélatine, ou en appliquant le côté verre près du cerveau, dans l'obscurité, on obtient sur la plaque des ondes, des vibrations, variant d'aspect et d'intensité sous l'influence des dispositions mentales de l'opérateur. Uniformes, régulières dans Tétat normal, ces ondes se forment en tourbillons, en spirales, dans les cas d'excitation, s'étendent en nappes, en larges effluves dans l'extase, et s'élèvent en colonnes majestueuses pendant la prière, comme des vapeurs d'encens.
On a même pu reproduire sur les plaques le double fluidique de l'homme, centre de ces radiations. Le colonel de Rochas et le docteur Barlemont ont obtenu, chezNadar, la photographie simultanée du corps d'un médium et de son double, momentanément séparés (i).
(1) Yoir Revue spirite, novembre 1894, avec le fac-similé, et les ouvrages du colonel de Rochas : Extériorisation de la sensibilité et Extériorisation de la motricité.
Des résultats analogues se retrouvent dans le cas du médium Herrod, et [celui affirmé par le juge Carter (Aksakof, Animisme et Spiritisme, pp. 78,79), ainsi que dans les attestations de M. Glendinning {Borderland de juillet 1896).
Voir aussi G. Delanne, les Apparitions matérialisées des Vivants et des Morts, et H. Durville, le Fantôme des Vivants.
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Comme un prélude à tant d*autres preuves objectives que nous signalerons plus loin^ la photographie vient donc nous révéler l'existence de ce corps fluidique, qui double et soutient notre corps physique, de cette enveloppe subtile qui est la forme radiante de l'esprit, inséparable de lui pendant la vie comme après la mort.
Les plaques photographiques ne sont pas seu~ lement impressionnées par les vibrations fluidiques de l'être humain, elles le sont également par des formes qui appartiennent au monde invisible, par des êtres qui existent, vivent et s'agitent autour de nous, présidant à tout un ensemble de manifestations que nous allons passer en revue et que l'on ne peut expliquer, sinon par leur présence et leur action.
Ces êtres, affranchis par la mort des besoins et des misères de la nature humaine, continuent à agir à Taide de ce corps fluidique, impérissable, formé de ces éléments très subtils de la matière, dont nous venons de parler, qui échappaient jusqu'ici à nos sens dans leur état normal.
La question du corps fluidique ou périsprit, quoique déjà traitée par nous en d'autres
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pages (i), nécessite de nouvelles explications, <ïar elle nous fait mieux comprendre la vie de l'espace et le mode d'action des Esprits sur la matière.
Tout le monde sait que les molécules de notre corps physique sont soumises à des mutations constantes. Chaque jour, notre enveloppe charnelle élimine un certain nombre d'éléments; chaque jour, elle s'en assimile de nouveaux. Le corps entier, depuis les parties molles du cerveau jusqu'aux parties les plus dures de la charpente osseuse, se renouvelle dans l'espace de quelques années. Au milieu de ces courants continuels, il subsiste en nous une forme fluidique originelle, compressible et expansible, qui se maintient et se perpétue. C'est en elle, sur le dessin invisible qu'elle présente, que viennent s'incorporer;, se fixer les molécules de la matière grossière. Le périsprit est comme le moule, le canevas fluidique de l'être humain. C'est pourquoi, lorsque la séparation s'effectue à la mort, le corps matériel s'affaisse aussitôt, se dégrade et se décompose.
Le périsprit est l'enveloppe permanente de l'esprit; notre corps physique n'est qu'une enveloppe temporaire, un costume d'emprunt, que
(1) Voir chap. v, viii ; — Après la mort, chap. xxi, et Dans, tlnvisible^ chap. m et xii.
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nous revêtons pour accomplir notre pèlerinage terrestre. Le péri sprit existait avant la naissance et survit à la mort. Il constitue, dans son union intime avec l'esprit, l'élément essentiel et persistant de notre individualité, à travers les existences multiples qu'il nous est donné de parcourir (i).
C'est par l'existence de ce corps fluidique, par son dégagement pendant le sommeil naturel ou provoqué, que s'expliquent les apparitions des fantômes des vivants et, par extension, celles des Esprits des morts.
Déjà on avait pu constater, dans bien des cas,
(1) D'après M. Gabriel Delanne, qui s'est livré à une étude consciencieuse et approfondie du corps fluidique, le périsprit est un véritable organisme fluidique, un modèle sur lequel la matière se concrète et le corps physique s'orga- nise. C'est lui qui dirige automatiquement toutes les actions qui concourent à l'entretien de la vie. Sous l'influx de la force vitale, il dispose les molécules matérielles suivant un dessin, un plan déterminé, qui représente tous les grands appareils de l'organisme : respiration, circulation, système nerveux, etc., qui en sont les lignes de force.
C'est ce modèle, ce « dessin idéal invisible, soupçonné par , Claude Bernard », qui maintient la stabilité de l'être au milieu du renouvellement intégral de la matière organisée ; sans lui, l'action vitale pourrait prendre toutes les formes, ^ ce qui n'a pas lieu.
C'est également d'après ce plan fluidique périsprital que se règle l'évolution embryogénique de l'être jusqu'à l'organi- / sation complète.
Voir G. Delanne, VÉuolation animique et les Apparitions matérialisées des Vivants et des Morts. •
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que le double fluidique de personnes vivantes &e détachait, dans certaines conditions, du corps matériel, pour apparaître et se manifester à distarïce. Ces phénomènes sont connus sous le nom de faits télépathiques (i).
Dès lors, il devenait évident que si, pendant la vie„ la forme fluidique peut agir en dehors et sans te concours du corps, la mort ne pouvait p^us être le terme de son activité.
Dans l'étude spéciale des phénomènes d'extériorisation de la sensibilité et de la motricité, le colonel de Rochas et, avec lui, les professeurs Richet et Sabatier, le docteur Dariex, MM. de Grammont et de Watteville, avaient abordé le d-omaine des preuves expérimentales, d'où jaillit ia certitude de l'action du double fluidique à distance. De leur côté, les savants anglais ont constaté nombre de cas où des formes fluidiques d'Esprits désincarnés sont devenues visibles, par voie de condensation ou plutôt de matérialisation, comme la vapeur d'eau, répandue à l'état invisible dans l'atmosphère, peut, par des transformations successives, devenir visible et tangible, à l'état de glace.
Le périsprit est invisible pour nous dans son état ordinaire : son essence subtile produit un
(1) Voir note complémentaire n* 13;
LE SPIRITISME ET LA SCIENCE
nombre de vibrations qui dépasse le champ de perception de notre vue. Pour se matérialiser, l'Esprit est obligé d'emprunter aux médiums, aux autres personnes présentes, des fluides plus grossiers qu'il assimile aux siens, afin d'adapter le nombre des vibrations de son enveloppe à la capacité de notre sens visuel. L'opération esi délicate, pleine de difficultés. Cependant, les cas d'apparitions d'Esprits sont nombreux et s'appuient sur des témoignages considérables.
Le plus célèbre est celui de l'Esprit Katie King, qui se manifesta pendant trois années chez W. Crookes, académicien anglais, avec l'aide du médium Florence Cook. M. Crookes a décrii lui-même ces expériences dans un ouvrage très répandu (i). Katie King et Florence Cook oui été vues côte à côte. Elles étaient de taille et de physionomie différentes, et se distinguaient l'une de l'autre sous bien des rapports.
Le témoignage de W. Crookes est confirmé par ceux des docteurs Gully et Sexton, du prince de Sayn-Wittgenstein, de Harrisson, de B. Goleman, de Sergeant Cox, de Varley, ingénieur électricien, de Mme Florence Marryat, etc., qui assistèrent, en différents milieux, aux apptari^ tions de Katie.
(1) Recherches sur les phénomènes du spiritualisme. L^jymarie, éditeur.
CHRISTIANISME ET SPIRITISME
C'est en vain qu'on a cherché plusieurs fois à insinuer que M. Grookes était revenu sur ses affirmations. Le 7 février 1909, W. Stead, directeur de la Review of Beviews^ écrivait au A^eiy- York American : « J'ai vu sir Ch. W. Crookes au Ghost Club, où il était venu dîner, et il m'autorise à dire ceci : « Depuis mes expé- (( riences en matière de spiritualisme que j'ai « commencées il y a trente ans, je ne vois au- « cune raison pour modifier mon opinion d'au- « Irefois. »
Un autre cas célèbre est celui de l'Esprit Abdullah, relaté par Aksakof, conseiller d'Etat russe, dans son ouvrage Animisme et Spiritisme. L'Esprit était de type oriental, et sa forme dépassait six pieds de haut, tandis que le médium, Eglinton, était de petite taille et de type anglosaxon très accusé.
Un savant américain, Robert Dale Owen, ancien ambassadeur des États-Unis à Naples, a consacré six années aux expériences de matérialisation. Il a déclaré avoir vu des centaines de formes d'Esprits. Dans une séance provoquée par la Société de recherches psychiques des États-Unis, à laquelle assistait le Rév. Savage, prédicateur célèbre, trente Esprits matérialisés apparurent aux yeux des assistants, qui reconnurent en eux des parents et des amis décédés.
LE SPIRITISME ET LA SCIENCE
Ces manifestations sont fréquentes en Amérique (i).
Le professeur Lombroso, de Turin, connu dans le monde entier par ses travaux de physiologie criminaliste, parle aussi de plusieurs apparitions qui se produisirent en sa présence, à l'aide du médium Eusapia Paladino. Voici comment il raconte, dans son livre posthume Ricerche sui fenomeni ipnotici e spiritici^ la première apparition de sa mère :
« C'était à Gênes, en 1902, le médium était en état de demi-inconscience et je n'espérais pas obtenir de phénomène sérieux. Avant la séance, je l'avais priée de déplacer, en pleine lumière, un lourd encrier de verre. Elle me répondit avec son ton vulgaire : « Pourquoi t'occupes-tu de ces niaiseries ? Je suis « capable de bien autre chose ; je suis capable de te « faire voir ta mère. Voilà à quoi tu devrais penser 1 » Impressionné par cette promesse, après une demiheure de séance, je fus pris du désir le plus intense de la voir exécutée, et la table répondit par trois coups à ma pensée. Tout à coup je vis (nous étions dans une demi-obscurité avec la lumière rouge) sortir du cabinet une forme assez petite, comme était celle de ma mère. (Il est à remarquer que la taille d'Eusapia est d'au moins dix centimètres supérieure
(1) Voir le Psychisme expérimental, par Erny, p. 184. — Voir aussi mon ouvrage Dans l'Invisible, chap. xx.
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à celle de ma mère.) Le fantôme était voilé ; il fit le tour complet de la table, jusqu'à moi, en murmurant des paroles que beaucoup entendirent, mais que ma demi-surdité ne me permit pas de saisir. Tandis que, hors de moi par Témotion, je la suppliais de me les répéter, elle me dit : Cesare, mio fio ! Ce qui, je le reconnais, n'était pas dans ses habitudes. En effet, elle était Vénitienne et avait l'habitude vénitienne de me dire : mio fiol ! Peu après, sur ma demande, elle écarta un instant son voile et me donna un baiser. »
A la page 98 de rouvrage cité plus haut, on peut lire que la mère de Tauteur lui réapparut une vingtaine de fois encore au cours des séances d'Eusapia (1).
L'objection favorite des incrédules, touchant ce genre de phénomènes, est qu'ils se produisent dans l'obscurité, si favorable aux supercheries. Il y a une part de vérité dans cette objection, et nous n'avons pas hésité à signaler nous-même des fraudes scandaleuses, mais il faut remarquer que l'obscurité est indispensable aux apparitions lumineuses, les plus nombreuses de toutes. La lumière exerce une action dissolvante sur les fluides, et nombre de manifestations ne peuvent réussir qu'en son absence. Il y a cependant des cas où certains Esprits ont pu apparaître
{l)Revae scienîifîque et morale da Spiritisme, décembre 1909 janvier 1910.
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à la lumière phosphorée. D'autres se dématérialisent en pleine lumière. Sous les radiations de trois becs de gaz, on a vu Katie King fondre peu à peu, se dissoudre et disparaître (i).
A ces témoignages, nous avons le devoir de joindre le nôtre, en relatant un fait qui nous est personnel.
Pendant dix ans, nous avons poursuivi cet ordre d'études avec l'aide d'un médecin de Tours, le docteur A..., et d'un capitaine archiviste du IX® corps. Par l'intermédiaire de l'un d'eux, endormi du sommeil magnétique, les Invisibles nous promettaient depuis longtemps une matérialisation, lorsqu'un soir, réunis dans le cabinet de consultation de notre ami, les portes soigneusement closes, et le jour pénétrant encore suffisamment par la haute fenêtre pour nous permettre de voir très distinctement les moindres objets, nous entendîmes trois coups retentir sur un point de la muraille. C'était le signal convenu.
Nos regards s'étant portés de ce côté, nous vîmes surgir d'un mur plein, sans aucune solution de continuité, une forme humaine de taille moyenne. Elle apparaissait de profil, l'épaule et la tête se montrèrent d'abord, puis, graduellement, tout le corps apparut. La partie supérieure
- <1) Voir le Psychisme expérimental, par Erny, p. 145.
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était bien dessinée ; les contours en étaient nets et précis. La partie inférieure, plus vaporeuse, ne formait qu'une masse confuse. L'apparition ne marchait pas ; elle glissait. Après avoir traversé lentement la salle, à deux pas de nous, elle alla s'enfoncer et disparaître dans le mur opposé, à un endroit qui n'offrait aucune issue. Nous pûmes la considérer pendant trois minutes environ, et nos impressions, contrôlées ensuite, furent reconnues identiques.
Les matérialisations et apparitions d'Esprits rencontrent, nous Tavons vu, des difficultés qui en limitent forcément le nombre. Il en est autrement de certains phénomènes d'ordre physique et de nature très variée, qui se propagent et se multiplient de plus en plus autour de nous.
Nous allons examiner succinctement ces faits, dans leur ordre progressif, au point de vue de l'intérêt qu'ils présentent et des certitudes qui s'en dégagent, touchant la vie libre de l'esprit.
En première ligne, vient le phénomène, si répandu aujourd'hui, des maisons hantées. Ce sont des habitations fréquentées par des Esprits d'ordre inférieur, où ils se livrent à des manifestations bruyantes. Des coups, des sons de tout ordre, depuis les plus faibles jusqu'aux plus puissants, font vibrer les parquets, les meubles, les murailles, l'air même. La vaisselle est dépla-
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cée et brisée; des pierres sont projetées du dehors jusque dans les appartements.
Les journaux nous apportent fréquemment le récit de phénomènes de ce genre. A peine ontils cessé sur un point, qu'ils se reproduisent sur d'autres, soit en France, soit à Pétranger, suscitant l'attention publique. En certains lieux, comme à Valence-en-Brie, à Yzeures (Indre-et- Loire), à Atb (Brabant), à Agen, à Turin, etc., ils ont duré des mois entiers, sans que les plus habiles policiers aient réussi à découvrir une cause humaine à ces manifestations.
Voici le témoignage de Lombroso à leur sujet. Il écrivait dans la Leîiura :
« Les cas de maisons hantées, dans lesquelles, pendant des années, se reproduisent des apparitions ou des bruits concordant avec le récit de morts tragiques, et observés en dehors de la présence de médiums, plaident en faveur de l'action des trépassés. » — « Il s'agit souvent de maisons inhabitées, où ces phénomènes se produisent parfois pendant plusieurs générations et même pendant des siècles (i). »
Le docteur Maxwell, avocat général à la Cour d'appel de Bordeaux, a retrouvé des arrêts de divers parlements, au dix-huitième siècle, résiliant des baux pour cause de hantise (2).
(1) Voir Annales des Sciences psychiques , février 1908.
(2) J. Maxwell, Phénomènes psychiques, p. 260.
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Ces faits s'expliquent par l'action malfaisante d'êtres invisibles, qui assouvissent, /?05/mor/em, des rancunes nées, sur la terre, de mauvais rapports antérieurs, de dommages causés par certaines familles ou individus, qui, par là, donnent prise sur eux à l'influence néfaste de ces désincarnés. Ainsi, dans le plan général d'évohition, même la liberté du mal, l'œuvre des passions inférieures, en attirant, par la production de ces phénomènes, Tattention publique sur un monde ignoré, concourt à l'instruction et au progrès de tous.
Malgré les répugnances de la science, en général, à s'occuper de ces faits, chaque jour voit s'accroître le nombre des chercheurs consciencieux, qui, s'écartant des chemins battus, se livrent à l'observation patiente du monde invisible. Il n'est pas de mois, de semaine, qui n'enregistre un résultat nouveau dans le domaine expérimental.
Les phénomènes d'ordre physique, les soulèvements de corps pesants et leur transport à distance, sans contact, provoquent tout spécialement l'observation de certains savants.
Nous avons parlé ailleurs (i) des expériences dirigées à Naples et à Milan, en 1892, par des
(1) Après la Mort elDans VInvisible.
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hommes de science de différentes nations. Des procès-verbaux, rédigés par eux, reconnaissaient l'intervention de forces et de volontés inconnues, dans la production de ces phénomènes.
Des expériences analogues ont été poursuivies depuis à Rome, à Varsovie, chez le docteur Oohorowicz, à l'île Roubaud, chez M. Richet, professeur à l'Académie de médecine de Paris, à Bordeaux, à l'Agnélas, près Voiron (Isère), chez M. le colonel de Rochas. Citons encore celles du professeur Botazzi, directeur de l'Institut de physiologie à l'Université de Naples, en mai 1907, assisté du professeur Cardarelli,* sénateur, de Galeotti, Pausini, Scarpa, de Amicis, etc.
Ces expériences furent dirigées d'une manière rigoureusement scientifique. Comme, évidemment, les sens peuvent tromper, on se servit d'appareils enregistreurs, qui permirent d'établir non seulement la réalité, l'objectivité du phénomène, mais encore le graphique de la force psychique en action.
Voici les mesures prises par le groupe de savants désignés plus haut, Eusapia Paladino étant médium :
A l'extrémité de la salle, derrière un rideau, on dispose à l'avance une table à deux étages, du poids
262 CHRISTIANISME ET SPIRITISME
de 21 kilos, qui occupe tout le vide du cabinet, et, intérieurement, reste à une distance d'environ 20 centimètres du rideau.
Sur cette table sont placés :
1° Un cylindre couvert de papier fumé, mobile autour d'un axe, sur lequel est fixé une sorte de porteplume, dont la pointe touche la surface du cylindre ; si on donne un mouvement de rotation au cylindre, le porte-plume y enregistre une ligne horizontale ;
2° Une balance pèse-lettres ;
3^ Un métronome électrique Zimmermann (le contact est établi par une pointe de platine qui, à chaque double oscillation de la baguette, s'enfonce dans un petit puits de mercure), mis en communication avec un signal Desprez, situé dans une chambre à côté;
4" Une touche télégraphique, jointe à un autre signal Desprez ;
5*^ Une poire de caoutchouc reliée, au moyen d'un long tuyau de caoutchouc à travers la paroi, avec un manomètre à mercure de François Franck, situé dans la chambre contiguë.
C'est dans ces conditions que tous les appareils désignés ont été impressionnés à distance, les mains d'Eusapia étant tenues par deux des expérimentateurs, et tous les assistants formant cercle autour d'elle.
Partout, on a constaté le déplacement de
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meubles, d'instruments de musique, sans contact, la lévitation de corps humains, le soulèvement de chaises avec les personnes qui les occupaient. Le professeur Loinbroso, dans un de ces rapports, parle d'un buffet « qui s'avançait comme un pachyderme ».
Toutes ces manifestations pourraient s'expliquer, tant bien qiie mal, par des causes exclusivement matérielles, par l'action de forces inconscientes. La force psychique, extériorisée par le médium, suffirait, par exemple, à expliquer les mouvements de tables et autres objets à distance, et, par extension, tous les phénomènes qui ne démontrent pas l'action d'une intelligence autre que celle des assistants.
Mais, ce qui complique le phénomène et rend cette explication insuffisante, c'est que, dans la plupart des séances dont nous parlons, aux mouvements d'objets et aux déplacements de personnes, se mêlent des attouchements, des apparitions de mains lumineuses et de formes humaines qui ne sont pas celles des expérimentateurs.
Les Annales des Sciences psychiques du 1®^ février 1908 relatent les faits suivants, observés par le docteur Venzano :
« Dans une séance à Milan, lorsqu'Eusapia était au plus fort de sa trance, nous vîmes apparaître à
264 CHRISTIANISME ET SPIRITISME
droite, moi et ceux qui m'avoisinaient, une forme de fiemme bien chère qui me dit une parole confuse: trésor, me sembla-t-il. Au centre se trouvait Eusapia endormie près de moi et, au-dessus, le rideau se gonfla plusieurs fois ; en même temps, à gauche, une table remuait dans le cabinet et de là un petit objet était transporté sur la table du milieu. »
a A Gênes, le docteur Imoda observa que, tandis qu'un fantôme ôtait de la main et redonnait une plume à M. Becker, un autre fantôme s'appuyait sur îe front d'Imoda. » « Une autre fois, tandis que l^étais caressé par un fantôme, la princesse Ruspoli se sentait toucher la tête par une main, et Imoda senfait serrer avec force sa main par une autre main. » « Or, comment expliquer que la force psychique d'un médium agisse en même temps en trois directions et pour trois buts différents ? Est-il possible de concentrer une attention assez forte pour obtenir des phénomènes plastiques en trois directions différentes ? »
Parfois des airs sont exécutés sur des pianos fermés ; des voix et des chants sont entendus, et, comme à Rome, dans les expériences du docteur Sant' Angelo, des mélodies pénétrantes, qui R'ontrien de terrestre, jettent les assistants dans m ravissement qui touche à l'extase.
Tous ces phénomènes ont été obtenus en présence de médiums devenus célèbres, entre autres Jesse Stephard et Eusapia Paladino. Ici,
LE SPIRITISME ET LA SCIENCE
quelques explications sur la nature et le véritable rôle de la médiumnité nous paraissent indispensables.
Nos sens, avons-nous dit plus haut, ne nous laissent connaître qu'un domaine restreint de l'univers. Cependant, le cercle de nos connaissances s'est élargi peu à peu^ et il s'agrandira encore, à mesure que nos modes de sensation se perfectionneront.
Il nous suffirait d'avoir un sens de plus, une nouvelle faculté psychique, pour voir s'ouvrir devant nous quelques-uns des empires ignorés de la vie, pour voir se déployer à notre portée les merveilles du monde invisible.
Or, ces sens nouveaux, ces facultés qui seront dans l'avenir le partage de tous, il est des personnes qui les possèdent dès maintenant, à des degrés divers ; ce sont elles que l'on désigne sous le nom de médiums.
Il faut remarquer d'ailleurs, que, dans tous les temps, il a existé des sujets doués de facultés spéciales leur permettant de communiquer avec l'invisible. L'histoire, les livres sacrés de tous les peuples, en font mention presque à chaque page. Les voyantes de la Gaule, les oracles
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et les pythonisses de la Grèce, les sibylles du monde païen, les prophètes, grands et petits, de la Judée, n'étaient autre chose que les médiums de nos jours. Les puissances supérieures se sont toujours servies de ces intermédiaires, pour faire entendre leurs enseignements, leurs exhortations à l'humanité. Les noms seuls changent; les faits restent les mêmes, avec cette seule réserve que ces faits se produisent plus nombreux, sous des formes plus variées, lorsque vient, pour l'humanité^ l'heure de commencer une étape, une ascension nouvelle vers ces sommets de la pensée qui sont le but de son voyage.
Ajoutons que les Esprits élevés ne sont pas seuls à se manifester ; les Esprits de tout ordre aiment à entrer en rapport avec les hommes, dès qu'ils en trouvent les moyens. De là, la nécessité de distinguer, dans les communications occultes, ce qui vient d'en haut et ce qui vient d'en bas, ce qui émane des Esprits de lumière et ce qui est produit par des Esprits arriérés. Il y a des Esprits de tout caractère et de toute élévation ; il y en a même autour de nous beaucoup plus d'inférieurs que d'élevés. Ce sont ceux-là qui produisent les phénomènes physiques, les manifestations bruyantes, tout ce qui est d'ordre vulgaire, manifestations utiles cependant, comme nous l'avons démontré, puisqu'elles nous
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apportent la connaissance de tout un monde oublié.
Dans ces phénomènes, les médiums jouent un rôle passif, comparable à celui des piles en électricité. Ce sont des producteurs, des accumulateurs de fluides, en qui les Esprits puisent les forces nécessaires pour agir sur la matière. On trouve cette catégorie de médiums un peu partout, même dans les milieux peu éclairés. Leur concours est purement matériel ; leurs aptitudes sont plutôt un privilège physique qu'un indice d'élévation. Tout autre est la part du médium dans les phénomènes intellectuels, les plus intéressants de tous, en qui se révèle le mieux la personnalité des Intelligences invisibles. C'est par eux que nous arrivent les enseignements, les révélations qui font du spiritisme, non seulement un champ d'explorations scientifiques, mais encore, suivant l'expression de Russell Wallace, « un verbe, une parole ».
Nous allons passer en revue quelques-uns de ces phénomènes :
Celui de l'écriture directe attirera d'abord notre attention. Dans certaines circonstances, on voit apparaître des papiers couverts d'écriture d'origine non humaine (i). Nous avons as-
(1) Voir Dans Vlnvisible, chap. xviii.
CHRISTIANISME ET SPIRITISME
sisté nous-même à la production de plusieurs faits de ce genre. Un jour, entre autres, à Orange, au cours d'une séance de spiritisme, nous vîmes descendre dans le vide, au-dessus de notre tête, un lambeau de papier qui semblait sortir du plafond et vint lentement s^abattre dans notre chapeau, placé sur la table, près de nous. Deux lignes d'une fine écriture, deux vers, y étaient tracés. Ils exprimaient un avertissement, une prédiction nous concernant, et qui s'est réalisée depuis.
- Le plus souvent, ce phénomène se produit sur des ardoises doubles, fermées, scellées, cachetées, à Pintérieur desquelles on place un fragment de crayon. Le message est écrit en présence des assistants, parfois même en langue étrangère, inconnue du médium et des autres personnes présentes, et répond à des questions posées par celles-ci.
Le docteur Gibier a étudié ce genre de manifestations durant trente-trois séances, avec l'aide du médium Slade (i).
On a reproché à ce dernier d'expérimenter en dehors de la vue des assistants, en plaçant les ardoises sous la table. Nous citerons donc, de préférence, le cas du médium Eglinton, relaté
(1) Voir Spiritisme ou Fakirisme occidental, par le docteur Gibier.
LE SPIRITISME ET LA SCIENCE
dans l'ouvrage du professeur Stainton Moses, de l'Université d'Oxford, intitulé Psychography, Là, le phénomène se produisait en pleine lumière, à la vue de tous.
Dans cet ouvrage, il est parlé d'une séance à laquelle assistait M. Gladstone. Le grand homme d'État anglais inscrit une question sur une ardoise, qu'il retourne aussitôt en Tadaptant à une autre ; un bout de crayon est déposé dans l'intervalle. On lie les deux ardoises, sur lesquelles le médium place l'extrémité des doigts poiir établir la communication fluidique. Peu après, on entend le grincement du crayon. Les regards perçants de M. Gladstone ne se détachaient pas du médium. Dans ces conditions de rigoureux contrôle, des réponses furent obtenues en plusieurs langues, dont quelques-unes ignorées du médium, réponses en concordance parfaite avec les questions posées.
La Revue spiriie du mois d'avril 1907 relate les expériences d'écriture directe, observées par le docteur Roman Uricz, médecin en chef de rhôpital de Bialy-Kamien, en Galicie. Il s'exprime en ces termes :
« Longtemps, je me suis occupé de spiritisme. J'ai, en ce moment, un médium avec qui j'ai fait, pendant trois mois, des expériences, deux fois par
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semaine, et dont j'ai obtenu des phénomènes vraiment fort intéressants.
Ce médium est une paysanne de quatorze ans, tout à fait ignorante. Elle n'a suivi les classes de son village que pendant deux années, elle lit avec difficulté et écrit un peu. Elle est employée comme femme de chambre chez une Mme R..., à Bialy-Kamien . Aux séances, tenues chez moi, assistent, outre le médium et moi, cette MmeR... et un de mes amis, le docteur W... Nous obtenons de 1 écriture directe. Ce qu'il y a de remarquable et ce qui est nouveau, à ma connaissance, c'est la façon dont nous l'obtenons. J'ai vu bien des fois l'écriture produite entre deux ardoises ou sur du papier, avec un crayon, dans une chambre obscure ; mais les précautions que nous avons prises ont été telles qu'elles excluent absolument toute possibilité de fraude, non seulement de la part du médium, mais aussi de toute autre personne. J'ai voulu voir, sans doute possible, comment l'écriture se produit. J'ai donc fait construire, avec le consentement de l'Intelligence directrice, l'appareil suivant :
Une petite boîte de bois, ABCD, possède, au lieu de la paroi antérieure BD, un sac en forme d'entonnoir SS, formé d'une étoffe de soie foncée souple, mais épaisse, de 5o centimètres de longueur.
A l'extrémité de ce sac est fixé un petit tube H,^ dans lequel un crayon MN est inséré, de telle sorte que le bout plat du crayon, et le crayon presque tout entier, est dans la boîte, le bout pointu du crayon N sortant du tube H et reposant sur une feuille de pa-
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pier P. L'intérieur de la boîte est tout à fait obscur, et le sac ne gêne en rien les mouvements du crayon. Avec cette disposition, nous avons réussi à obtenir en pleine lumière, très rapidement et en toute sécurité, des communications écrites par un procédé visible aux yeux de tout le monde. Le médium place ses mains sur la paroi supérieure CD, et au bout de
quelques minutes l'écriture commence, tandis que la partie inférieure du sac se gonfle, comme si une main s'était introduite à l'intérieur.
C'est dans de telles conditions, et par ce seul moyen, que nous communiquons maintenant avec l'Intelligence invisible . Quant au contenu des messages, souvent très longs, ils sont bien supérieurs à rintelligence du médium, et souvent dépassent la portée des autres assistants, car nous recevons fréquemment des communications en allemand et en français — le médium ne parle que le petit-russien — et nous reçûmes un jour un message de cinq pages en anglais, langue que personne de nous ne connaît. Les messages sont souvent très ingénieux et suggestifs ; ainsi, je demandai un certain soir si les Esprits étaient immatériels. « Oui, dans un certain « sens », me fut-il répondu. — « Alors, vous êtes hors
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« du temps et de l'espace », répliquai-je. — « Non. » — « Comment ?» — « Un point géométrique est im- <( matériel, lui aussi, puisqu'il n'a pas de dimensions, « et pourtant il est dans l'espace. Ce que je dis là ne « constitue qu'une comparaison, car nous autres, Es- « prits, nous avons des dimensions, mais non comme « vous. » Une paysanne ignorante de quatorze ans estelle capable de faire une telle réponse ?
Un jour, nous reçûmes une preuve d'identité indubitable. Pendant la séance, le crayon écrivit, en caractères tout à fait nouveaux pour nous : « Je (( vous remercie pour l'injection que vous m'avez faite « quand j'étais sur mon lit de mort. Vous m'avez « soulagée. Caroline C... » Je demandai à qui s'adressaient ces paroles. « A vous », me répondit rintelligence. — « Quand ce fait s'est-il passé, et « qui êtes- vous ? » demandai- je. Le crayon écrivit : « Le 18 septembre 1900, à la clinique de Lemberg. » Cette année-là, j'étais encore étudiant et je travaillais à cette clinique comme aide. C'était tout ce que je me rappelais à ce sujet.
Quelques jours après cette séance, j'eus l'occasion d'aller à Lemberg. Je me rendis à l'hôpital et je trouvai sur le registre de 1900 le nom en question. C'était celui d'une femme de cinquante-six ans, malade d'un cancer à l'estomac et qui y mourut. J'allai alors au bureau des renseignements de la police et demandai s'il y avait à Lemberg quelqu'un du nom de C... On m'informa qu'il s'y trouvait en ce moment une institutrice de ce nom. J'allai la voir le même
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jour, et comme elle me disait qu'elle avait perdu sa mère en 1900, je lui montrais le message que j'avais reçu par écriture directe. A son grand étonnement, cette dame reconnut aussitôt l'écriture caractéristique et la signatuie de sa mère décédée, et me montra des lettres, écrites par la défunte, qui prouvaient, sans doute possible, l'identité de l'écriture. La dame me donna avec plaisir une de ces lettres. Toutefois, je ne me rappelle pas avoir donné une injection de morphine à Caroline C... »
Beaucoup plus commun que le précédent est le phénomène de récriture médianimique. Le sujet, sous une impulsion occulte, trace sur le papier des communications, des messages, dans la rédaction desquels sa pensée et sa volonté n'ont qu'une faible part. Cette faculté présente des aspects très variés. Purement mécanique chez certains médiums qui ignorent, au moment où ils écrivent, la nature et le sens des messages obtenus, — au point que certains peuvent parler en écrivant, détourner leur attention et travailler dans l'obscurité, — chez le plus grand nombre, elle est semi-mécanique; dans ce cas, le bras et le cerveau sont également influencés ; les mots se présentent à la pensée du médium au moment même où le crayon les trace. Parfois, elle est purement intuitive et, par suite, de nature moins convaincante et plus difficile à contrôler.
CHRISTIANISME ET SPIRITISME
Les messages obtenus par ces divers procédés présentent une grande variété de style et sont de valeur très inégale. La plupart ne renferment que des banalités, mais il en est de remarquables par la beauté de la forme et l'élévation de la pensée.
Nous en donnerons ci-après quelques exemples, obtenus par différents médiums.
La Prière.
Médium : Mme F.
Le moment est venu où l'intelligence, assez développée chez riiomme, peut comprendre l'action, le sens et la portée de la prière. Sûr d'être compris, je puis donc dire : Plus d'incrédulité ! plus de fanatisme ! mais l'assurance complète de la force que Dieu accorde à tous les êtres, quand la pensée s'élève vers lui.
Dans la prière, dans le souvenir donné à ce Père, source intarissable de bonté et de charité, loin de vous ces mots appris, que les lèvres prononcent dans une habitude prise, laissant le cœur froid dans ses appels. Que vos cœurs réchauffés et entraînés vers lui par la connaissance de la vérité, par la foi profonde et la vraie lumière, envoient à l'Éternel, dans une pensée d'amour, de respect, de confiance et d'abandon, dans un élan de tout l'être, enfin, cette envolée puissante qui, seule, peut être appelée prière !
LE SPIRITISME ET LA SCIENCE
Dès l'aube, l'âme qui, par la prière, s'élève vers rinfmi, éprouve un renouveau de pensée qui, dans les circonstances diverses de l'existence, la porte vers le but précis qui lui est assigné.
La prière conserve à l'enfance cette innocence où vous sentez encore la pureté, reflet du repos que i'âme a pris dans l'espace. Pour l'adolescent, elle €st la digue préservatrice de la fougue qui vient en lui comme un flux puissant ; sève génératrice si elle €st guidée, perte certaine s'il y a défaillance, mais rachat si elle peut et sait se retremper dans la prière.
Puis, à l'âge où, dans la plénitude de sa force et de ses facultés, l'homme sent en lui l'énergie qui, souvent, doit le conduire aux grandes choses, le recueillement qui assure sa pensée, ce cri de la conscience qui dirige ses actions, n'est-ce pas encore la prière ?
Et du faible, soutien puissant, la prière n'est-elle pas la consolation, la lumière qui l'aide à se diriger, comme le prisme du phare indique au naufragé le rivage sauveur ?
Dans le danger, par ces deux mots prononcés avec foi : mon Dieu ! l'homme envoie au Créateur toute prière. Ce cri, cet appel au Tout-Puissant, n'est-il pas, par le souvenir, l'instinct du secours qu'il espère recevoir ?
Le marin, livré aux dangers, éloigné de tout secours au milieu des éléments déchaînés, dans sa foi profonde, forme un vœu : prière ! dont la sincérité monte radieuse vers Celui qui peut le sauver.
CHRISTIANISME ET SPIRITISME
Et quand sur la terre gronde l'orage, grands et petits tremblent en pensant à leur impuissance, et sous cette voix puissante qui se répercute aux profondeurs de la terre, ils prient et, confiants, disent ces mots : Dieu ! préserve-nous de tout danger ! — Abandon complet, dans la prière à Celui qui peut tout par sa volonté.
Quand arrive l'âge où, chez vous, la force disparaît, où les années pèsent lourdement, où l'âme assombrie par les peines, par la faiblesse qui l'assaille, se sent incapable de réagir, quand l'être enfin sent l'inaction peser sur lui, la prière, source rafraîchissante, vient calmer et fortifier les dernières heures qu'il doit passer sur la terre.
A tout âge, lorsque les épreuves vous entourent, lorsque le corps souffre, et surtout quand le cœur, meurtri, ne laisse plus la pensée se reposer, heureuse, sur ce qui, sur la terre, charme et console, à la prière, à la prière seule, l'âme, le cœur, la pensée demandent le calme qu'ils ne connaissent plus.
Quand l'incarné, dans la plénitude de ses forces, inspiré par le désir du grand et du beau, reporte ses aspirations sur tout ce qui l'entoure, il fait le bien^ il se rend utile, il aide les malheureux et, prière céleste, force de la pensée, dans ses actions il est aidé par le fluide puissant qui, de l'Au-delà, s'unit à lui, chaîne constante et invisible de l'incarné avec les désincarnés, et pour moi, prière !
Je dirai donc à tous ceux que la bonté inspire, à ceux qui, dans ce siècle où la pensée inquiète cher-
LE SPIRITISME ET LA SCIENCE
che sans précision, sentent le besoin d'une foi profonde et régénératrice : — Dès le berceau enseignez la prière à l'enfant I Tout être, même dans Tégarement des passions, conserve le souvenir de l'impression reçue au début de la vie et retrouve, au soir de l'existence parcourue, comme consolation, le charme encore présent des années bénies où l'enfant, s'initiant à la vie, respire sans crainte, vit sans inquiétude, prononçant dans les bras de sa mère ce nom si grand et si doux : Dieu ! qu'elle lui fait murmurer.
Puisant dans ce pieux souvenir une force et une conviction, il redira avec confiance, dans le dernier adieu à la terre, la prière apprise dans le premier sourire.
JÉRÔME DE Prague,
Le Ciel étoile. Les mondes.
Médium : Mlle M. L.
Clartés sidérales, voies du ciel ! vous qui tracez aux âmes les lignes idéales de leur évolution, vous vous déroulez dans les profondeurs des espaces I Des planètes d'où vous contemplent les âmes, vous n'êtes que des poussières d'or, des traînées lumineuses sur le ciel assombri de l'été. Mais pour celles que n'enserre plus le tombeau de la chair, ô planètes, étoiles, vous êtes les vraies messagères de la pensée divine, vous écrivez sur te mystérieux et divin livre de la création les psaumes glorieux dont Dieu a voulu marie
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quer son œuvre ! Vous êtes le perpétuel élonnement des êtres, et toujours vos lumières leur donneront les sensations vertigineuses de l'infini. 0 nébuleuses, voies lactées, constellations innombrables, vous êtes comme des bacchantes qu'enivre la pensée du dieu ! Vous précipitez vos courses éternelles autour des soleils, comme les antiques prêtresses autour du char du dieu. Vous secouez dans les espaces vos chevelures lumineuses, et vous lancez ainsi à travers les temps un éclatant témoignage de vos existences. Vos ceintures se déroulent dans les nuits d'été en gerbes de feu; les bolides, les globes embrasés se sont détachés de vous, et vous enserrez ainsi le monde dans les sillons lumineux qu'ils laissent au sein des espaces. Vos vibrations harmoniques accompagnent l'hymne sacré des âmes, et jamais votre course mélodieuse ne paraît plus belle à nos yeux qu'à l'heure où, terminant enfin le parcours que Dieu vous a assigné, ou ayant fini votre tâche de patrie des âmes en évolution, vous allez vous briser surl'écueil indiqué par Dieu, en projetant à travers les espaces, épouvantés de votre disparition, les particules de cette matière qui vous formait, et qui retournera dans le sein de Dieu pour reconstituer d'autres univers.
Passez, étoiles et planètes; vous allez rapides et diverses, et votre course, vos orbes immenses, semblent le symbole de l'éternité; vous êtes belles et vous éblouissez les yeux humains, mais qu'êtes-vous pour l'âme ? Des lieux de passage, l'hôlellerie chère où l'on s'est attardé un soir à écouter les sons mélo-
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dieux que chantent les arbres dans le vent. Mais le voyageur s'en est allé, la maison s'est lézardée, écroulée, ses vieilles pierres restent seules, dorées parle soleil d'été, à moitié recouvertes parles folles herbes envahissantes.
Ainsi vous vous détruirez, étoiles, planètes ; vous ne serez plus qu'une poussière d'étoile, planètes vagabondes dans le ciel. Mais l'âme restera fidèle à votre souvenir, et lorsqu'un de ces bolides passera près d'elle, elle reconnaîtra quelque chose de l'ancienne demeure que Dieu lui avait assignée.
Terre, toi qui m'as vu passer, qui as reçu dans ton sein les larmes que versait l'homme affaibli par la douleur, tu vas t'écrouler devant ton Seigneur. Déjà l'âme prévoit le temps où tu ne seras plus qu'une planète sans vie, et nous redoutons même ta disparition. Ainsi est la loi. 0 terre, ô ma mère î tu périras, mais les milliers d'âmes embryonnaires qui constituaient ta matière seront alors libérées et reprendront ailleurs leur évolution. Ne pleurons donc pas sur ton sort ; il est noble, il est grand, il est en harmonie avec la loi de Dieu. Et lorsque, parvenus à d'autres hauteurs morales, mes yeux contempleront ravis les constellations éclatantes dans la profondeur des espaces, je chercherai la place où tu devais passer, rayonnante des pensées que secoue ta robe divine. Je ne verrai rien qu'un souvenir, je trouverai d'autres étoiles en formation, l'espace sera encore immuable, d'autres planètes seront d'autres terres pour des âmes comme celles que tu portes aujourd'hui. Mais ce qui fut tes
montagnes, tes vallées bénies où résonne l'appel de l'humanité, ne sera même pas une poussière dans le sein des firmaments. Il ne sera plus rien de ton ancienne forme. Mais sois fière, ô terre, tu auras fait ton devoir ; les âmes seront allées ailleurs, grâce à toi, dans les espaces où constamment passent les pensées de l'amour impénétrable, qui sont la vie et l'existence des âmes éblouies par ce foyer sans cesse renaissant.
A Dieu, terre I A ton Maître, tu dois l'amour et la reconnaissance, et je sais que tu lui fais hommage, car j'entends ravi les chants mélodieux que ton atmosphère, passant dans l'éternel éther, clame comme les âmes conscientes de la vérité.
Étoiles, inclinez-vous sur vos orbes radieux; éternellement laissez au firmament les gerbes de lumière qui vous révèlent. Vous êtes dans le sein de Celui qui Est!
Souvenirs terrestres. Le désert.
Médium : Mlle M. L.
Le désert profond et roux s'étend comme une mer lointaine au pied des collines, d'où ma vue plonge vers ces étendues mystérieuses et sans vie. Le soleil descend, la nuit tombe, et la chaleur torride de la journée va faire place à l'ombre glaciale. Le désert s'endort, le vent est tombé. A peine se dessinent çà et là quelques arbustes épineux et chétifs. Ce sont les taches grises sur cette nappe lumineuse et crue.
LE SPIRITISME ET LA SCIENCE
que les dernières lueurs du soleil font encore resplendir. Les heures meurent au soleil du désert; le temps semble ne plus exister à la face de cette terre morne et flétrie. L'âme aussi reste en suspens, et ne voit passer devant elle que les groupes d'étoiles sur le fond sombre de Tazur. J'ai enroulé autour de mes épaules mon burnous qui me protégera mal contre le froid, et ce geste révèle aussi peut-être mon inquiétude, ma lâcheté devant cet horizon immense qui garde le secret de tant de morts I... Je me replie, moi aussi; je veux m'effacer devant ce mystère, 4evant l'énigme de ces terres désolées. J'écoute : aucune rumeur de vie; à peine quelques murmures du vent, quelques sonorités lointaines que l'oreille saisit difficilement. La sombre et silencieuse majesté du désert m'émeut et m'étreint.
Je cherche à donner un peu de vie à cette solitude ; je me tourne vers mon Arabe et je lui demande où aura lieu la sieste. Je sais bien que je ne comprendrai qu'à moitié sa réponse, mais j'entendrai au moins une voix humaine. Effort inutile ; le murmure de mes paroles semble le cri de l'insecte. Nous sommes ridiculement humbles devant le désert. Ce n'est pas la voix d'un homme qui peut l'émouvoir; il faut celle de l'orage et du vent. L'étendue n'a pas vibré de sons humains, elle a méprisé mon effort, de même que le prochain vent effacera la trace de mes pas.
Les croupes des collines s'abaissent vers l'horizon, semblables aux lions qui dorment peut-être dans leurs antres. On dirait des sphinx accroupis etsom-
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meillant. Ils gardent les mystères du désert. J'écoute : le silence est toujours le dieu de l'espace, et, seule, la nuit indique qu'il y a une puissance du temps. Mais l'humanité ne respecte pas cette gran^ deur. Nous allons violer la puissante et farouche solitude, et nos fils essayeront d'y installer leurs haines. Le désert est puissant ; il luttera contre l'invasion et, longtemps encore, ses routes et sa splendeur rutilante garderont le reflet du sang des voyageurs audacieux qui voulurent lui arracher son secret.
Un Inconnu.
La Réincarnation.
Médium : J. D.
Mes frères, la grande idée de la Réincarnation est seule capable de revivifier la société décadente qui est la nôtre.
Seule, elle peut refréner cet égoïsme envahissant qui désagrège famille, patrie, société, et qui substitue, à la généreuse idée du devoir, celte conception féroce d'une individualité qui doit s'affirmer quand même et à tout prix.
Le matérialisme, qui a ruiné la croyance en la vie future, et les dogmes incomplets, qui ont dénaturé le sublime principe des religions, ont flétri dans l'âme humaine ces fleurs admirables d'un idéal supérieur aux basses contingences de la vie matérielle, et aux brutales impulsions des instincts.
LE SPIRITISME ET LA SCIENCE
Il faut, mes frères, que quelque chose revienne éveiller dans les âmes le sens de la vie spirituelle.
La science a beau multiplier ses merveilles, rhomme a beau prodiguer les admirables facultés de son intelligence et de son génie : tous ses efforts restent stériles, s'il n*a en lui les sources vives de la vie spirituelle, s'il ne sent palpiter en lui cette vie impérissable qui assure son immortalité, et qui le rend conscient de cet univers éternel, dont il est une des vivantes et éternelles particules.
Non, non, mes frères; l'homme n'est pas cet être anonyme et éphémère, poussière transitoire de vie qui ne dure qu'un instant pour souffrir et mourir.
L'homme est la vie, la vie éternelle, individualisée dans la substance pour prendre conscience d'ellemême, et pour acquérir la plénitude du bonheur par la plénitude de la connaissance.
Oui, l'homme est grand ; il est grand parce que luimême est l'ouvrier de sa propre grandeur, l'homme est grand parce qu'il se crée par son propre effort sa personnalité future, parce que tous les acquis de son intelligence, de sa raison et de son cœur, il les doit à son travail et à son expérience.
O divine réincarnation 1 Par toi, la brute inconsciente devient l'être de génie; par toi, le méchant acquiert la suprême bonté, l'ignorant, la connaissance de toute chose.
Par toi, l'homme graduellement prend conscience de lui-même ; chaque vie lui apporte une expérience, chaque existence, une force et une puissance nou-
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velles; par toi, chaque douleur et chaque épreuve ont un but; chaque joie est une récompense. Par toi, la solidarité la plus étroite relie toutes les créatures, et le progrès, la réalisation d'une société meilleure, est l'œuvre séculaire et commune.
Lorsque Tidée de la réincarnation se sera de nouveau rendue maîtresse de la mentalité humaine, le progrès social fera un pas immense.
Les misères et les épreuves de l'homme lui paraîtront moins douloureuses, parce qu'elles auront pour lui un sens précis. Il goûtera ses joies avec plus de sécurité, parce qu'il sentira sa vie devenue stable par son immortalité.
L'Univers ne lui apparaîtra plus comme une implacable machine, dont les rouages brisaient impitoyablement toutes les créatures, sans se soucier de leurs cris et de leur râle.
L'homme comprendra alors qu'il existe un grand foyer dont la flamme réchauffe et anime tout l'Univers, et dont il est appelé à devenir un rayon conscient et fécond, après avoir appris, dans la série de ses vies successives, le secret de l'éternelle vie : c'est-à-dire l'intelligence qui sait, la conscience qui agit, et l'amour qui aime.
Pasteur B...
La Nature.
Médium : Mlle M. L.
Je suis allée bien des fois dans votre beau pays, quand mon mari habitait les rives de la Loire, et je
LE SPIRITISME ET LA SCIENCE
sais quel est le charme du printemps chez vous. J'y ai vu l'oiseau répondre à sa couvée, alors que ses premiers pépiements réclamaient impérieusement une nourriture plus abondante. Vous n'avez pas les chaudes ardeurs du Midi, mais votre ciel est plus doux à l'œil; la lumière de vos soleils couchants se diversifie et se multipHe de nuage en nuage, et prolonge le crépuscule.
J'ai écouté bien des fois, comme vous pourriez le faire vous-mêmes, la chute étouffée des flocons blancs et duveteux de la neige. Les nids se balancent vides et oubliés aux extrémités des branches d'arbres, dépouillés de leurs feuilles. La nature paraît morte, mais, comme toute véritable œuvre de Dieu, elle recèle l'espoir des printemps à venir. Mon âme est sœur de l'hiver : ses souvenirs dorment en elle ; mais je sais que ma volonté peut ressusciter ce passé d'hier et me donner, avec la permission de Dieu, l'illusion des vies évanouies et la certitude d'une amélioration toujours désirée. La nature est notre grande éducatrice ; elle nous a appris à bégayer le nom divin ; elle a chanté dans les nuits l'hymne universel que l'humanité écoute le cœur ému. C'est elle qui verse la joie dans nos cœurs, qui nous fait voir la vérité, car elle est la grande médiatrice. Si nous savions écouter sa voix, nous serions plus que des hommes : nous aurions deviné la parole divine.
Mme MiCHELET.
286 christianisme et spiritisme
Invocations.
Médium : Mlle B. R.
0 Dieu, loi qui remplis à la fois de noble terreur et d'admiration souveraine ceux qui prononcent ton nom, daigne inonder de ta resplendissante lumière les faibles qui s'adressent à toi, dans un cri de détresse et d'amour !
Vers toi, mon Dieu, lentement ma pensée s'élève. A ton foyer d'amour, mon âme cherche à s'embraser- Fais descendre sur ta créature humaine ton souiffle brûlant ; fais tomber le voile qui aveugle mes yeux et me cache tes immenses horizons ; révèle à mon être tes splendeurs infinies ; murmure à mon cœur des paroles de vie ; parle-moi, ô toi que je sens vibrer en tout mon être !
Dieu ! être majestueux de grandeur et de simplicité, foyer toujours ardent de vie, de lumière et d'amour I Toi qui dans une éternité sais tenir l'infini I Toi, le récepteur à la fois de mes plaintes et de mes expansions joyeuses, toi encore, qui, par tes radieux météores dont le rapide passage illumine mon sombre asile, me guide, — soutiens-moi, console-moi I Toi enfin, dont le souffle brûlant ranime en moi la flamme mourante, arrête un instant ta pitié sur moi ; fais renaître en moi l'étincelle détachée de ton brasier d'amour. Entends ma prière ! Envoie, pour lui répondre, un rayon de ta pure clarté, et fais qu'à ton nom, mon être entier, en un transport sublime, s'élance jusqu'à toi ! I. Iriac.
LE SPIRITISME ET LA SCIENCE
Tout récemment, les savants expérimentateurs anglais ont imaginé, sous le nom de « crosscorrespondence », un nouveau procédé de communication avec l'invisible, qui serait bien de nature à prouver l'identité des Esprits dont les manifestations se produisent au moyen de l'écriture médianimique. Il a été décrit par 01. Lodge, le 3o janvier 1908, lors d'une réunion de la Société de recherches psychiques de Londres.
« La « cross-correspondence », — dit-il, — c'està-dire la réception par un médium d'une partie de communication et de l'autre partie par un autre médium, chacune de ces parties ne pouvant être comprise sans le secours de l'autre, est une bonne preuve qu'une même intelligence agit sur les deux aufomatisfes. Si, en outre, le message porte la caractéristique d'un défunt et est reçu à ce titre par des personnes qui ne le connaissaient pas intimement, on peut y voir la preuve de la persistance de l'activité intellectuelle du disparu. Et si l'on obtient de la sorte un morceau de critique littéraire entièrement conforme à sa manière de penser, et qui ne saurait être imaginé par une tierce personne, je dis que la preuve est convaincante. Telles sont les espèces de preuves que la société peut communiquer sur ce point. »
Après avoir parlé des efforts tentés dans ce sens par les Esprits de Gurney, Hodgson et Myers, en particulier, l'orateur ajoute:
CHRISTIANISME ET SPIRITISME
« Nous trouvons que leurs réponses à des questions spéciales sont faites d'une façon qui caractérise leur personnalité et révèle des connaissances qui étaient de leur compétence. »
« La cloison qui sépare les incarnés des désincarnés — dit-il pour conclure — tient encore ferme^ mais elle se trouve amincie en maint endroit. Comme les travailleurs d'un tunnel, nous entendons, au milieu du bruit des eaux et des autres bruits, les coups de pic de nos camarades de l'autre côté. »
Les Anglais ne s'en sont pas tenus là. Ils ont établi un bureau de communications régulières avec l'autre monde. C'est le vaillant écrivain W. Stead qui l'a fondé à Londres, sur les instances d'une amie disparue, Mlle Julia Ames : de là son nom de bureau Julia. Cet Esprit désire venir en aide à tous les désincarnés qui cherchent à entrer en rapport avec les vivants laissés derrière eux, de même qu'aux incarnés éprouvés par la perte d'un être regretté. Pour être admis à demander une communication, Julia, qui dirige elle-même les séances, ne requiert que deux choses : une affection sincère et licite entre le vivant et le mort, ainsi qu'une étude préalable de la question spirite. Aucune rétribution n'est tolérée par Julia. Le solliciteur, sa requête prise en considération, est envoyé près
LE SPIRITISME ET LA SCIENCE 28S
de trois médiums différents et tous les résultats sont enregistrés.
Déjà, depuis sa fondation, ce bureau a pu établir de nombreuses communications avec l'invisible. « Il a jeté un pont d'un bord à l'autre « de la tombe, » a dit W. Stead avec quelque raison.
Durant le premier trimestre de son existence, des centaines de demandes lui ont été adressées, dont la plupart furent acceptées par Julia. W. Stead estime qu'au moins 70 p. 100 de ceux qui ont passé par la triple épreuve des médiums reçurent des réponses concluantes et, dans l® moitié des cas, les solliciteurs ont affirmé, de la façon la plus absolue, avoir obtenu, par l'un ou l'autre des médiums, sinon par plusieurs, des preuves à l'abri de toute contradiction (1).
La clientèle du bureau de Julia se recrute surtout parmi les gens instruits et éclairés^ docteurs, professeurs, avocats, etc. Un reporter du Daily News écrit qu'il y accompagna un jour un auteur bien connu, dont on serait étonné de voir le nom mêlé à cette affaire. Cet autem* désirait obtenir une manifestation d'un ami décédé. Le consentement de Julia accordé, on le mit, selon l'usage, successivement en rapport
(1) Voir V International Review, septembre 1909.
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avec trois médiums assistés par un sténographe, et un procès-verbal détaillé de chaque séance fut établi. A une de ces séances, son habitation fut décrite exactement avec ses environs ; à une autre, il reçut un message qu'il jugea provenir certainement de son ami décédé.
Le monde des Esprits étant, en grande partie, composé des âmes qui ont vécu sur la terre, et les intelligences d'élite, dans un milieu comme dans l'autre, étant en petit nombre, nous comprendrons facilement que la plupart des communications d'outre-lombe soient dépourvues de grandeur et d'originalité. Presque toutes, cependant, ont un caractère moral incontestable et dénotent de louables intentions. Que de personnes éplorées ont pu, par ce moyen, recevoir de ceux qu'elles avaient aimés et croyaient perdus, des encouragements et des consolations ! Que d'âmes hésitantes dans la voie obscure du devoir, ont été réconfortées, détournées du suicide, armées contre la passion, par des exhortations venues de l'Au-delà !
Plus haut encore que ces manifestations, dont l'utilité est si évidente et l'eiTet moral si intense, il faut placer certains messages extraordinaires,
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signés de noms modestes ou de termes allégoriques, mais animés d'un souffle puissant, et qui portent, par leur forme et leurs enseignements, la marque d'Esprits vraiment supérieurs. C'est au moyen de documents de cette nature qu'a été constituée la doctrine du spiritisme. Allan Kardec en a recueilli un grand nombre. Après lui, ces sources de la pensée surhumaine ne se sont pas taries ; elles ont continué à se déverser sur l'humanité.
Les phénomènes de l'écriture directe ou automatique sont complétés et confirmés par les faits d'incorporation (i). Ici, les Esprits ne se contentent plus d'écrire ou de faire écrire ; ils parlent! Ils parlent au moyen des organes d'un médium endormi. Celui-ci, plongé par eux dans le sommeil magnétique, abandonne son enveloppe à des personnalités invisibles, qui s'en emparent pour converser avec les assistants. Par ce moyen, des entretiens suggestifs s'établissent entre les habitants de l'espace et les parents ou amis qu'ils ont laissés sur la terre.
Déjà, dans les manifestations de l'écriture mécanique, l'identité des Esprits se précise par la forme des caractères tracés, par l'analogie des signatures, la tournure des expressions et
(1) Voir Dans V Invisible, chap. xix.
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jusqu'aux fautes d'orthographe habituelles à ces Esprits, et que l'on retrouve dans leurs messages. Dans les phénomènes d'incorporation, cette identité est plus évidente encore. Par ses attitudes, ses gestes, ses propos, l'Esprit se révèle tel qu'il était sur la terre. Ceux qui l'ont connu dans sa précédente incarnation le retrouvent tout entier ; son individualité reparaît dans des locutions caractéristiques, dans des expressions qui lui étaient familières, en mille détails psychologiques, peu susceptibles d'analyse et que peuvent seules apprécier les personnes versées dans l'étude de ces phénomènes. Rien de plus émouvant, par exemple, que d'entendre une mère venir, de l'autre côté de la tombe, exhorter et encourager ses enfants laissés en ce monde. Rien de plus curieux que de voir des Esprits de l'ordre le plus divers animer successivement l'enveloppe d'un médium, et se manifester aux assistants par la parole et par le geste. A chacun d'eux, la physionomie du sujet se transforme, la voix change, l'expression des traits se modifie. Par le langage et Pattitude, la personnalité de l'Esprit se révèle, avant même qu'il se soit nommé.
Nous avons possédé longtemps , dans un cercle d'expérimentation dont nous présidions les travaux, deux médiums à incorporation. L'un
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d'eux servait d'organe aux Esprits protecteurs du groupe. Quand un de ceux-ci l'animait, les traits de son visage prenaient une expression angélique, sa voix s'adoucissait, devenait mélodieuse. Le langage revêtait des formes d'une pureté, d'une poésie, d'une élévation bien audessus des facultés personnelles du sujet. Sa vue semblait pénétrer jusqu'au fond du cœur des assistants. Elle lisait leurs pensées ; elle adressait à tour de rôle, à chacun d'eux, des avis, des avertissements touchant leur état moral et leur vie privée, qui dénotaient, même à première entrevue, une connaissance parfaite de leur caractère et de leur état de conscience. Elle les entretenait de choses intimes, d'eux seuls connues. Son air majestueux, autant que la sagesse et la douceur de ses propos, en imposaient à tous. L'impression produite était profonde. Tout semblait vibrer et s'éclairer autour de cet Esprit. Nous sentions après son départ que quelque chose de grand était passé au milieu de nous.
Presque toujours, un second Esprit, d'une certaine élévation, mais de tout autre caractère, lui succédait dans le corps du médium. Cet Esprit avait la parole brève et forte, le geste énergique et dominateur. Sa science était vaste. Il avait accepté la charge de diriger les études
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philosophiques et morales du groupe, et savait résoudre les problèmes les plus ardus. Nous Pavions pris en grande vénération et aimions à lui obéir. Mais, pour tout nouveau venu, c'était un spectacle étrange que de voir se succéder, dans la frêle enveloppe d'une dame d'allures timides et de savoir modeste, deux Esprits d'un caractère aussi élevé et aussi dissemblable.
Notre deuxième médium ne présentait pas, dans les manifestations dont il était l'agent, un moindre intérêt. C'était une dame élégante et instruite, épouse d'un officier supérieur, et qui semblait, de prime abord, réunir les meilleures conditions pour des phénomènes d'un ordre transcendant. Or, dans la pratique, c'était tout le contraire qui se produisait. Cette dame servait habituellement d'organisme à des Esprits peu avancés, ayant occupé sur terre des situations très diverses. C'était chose plaisante que d'entendre, par exemple, une ex-marchande de légumes d'Amiens s'exprimer en patois picard par la bouche d'une personne de manières distinguées, et qui n'était jamais allée en Picardie. Le langage du médium, correct et choisi dans la veille, devenait confus, empâté, parsemé de lapsus et d'expressions du terroir pendant le sommeil magnétique, lorsque Tesprit de Sophie intervenait dans nos séances. Dès que celui-ci
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s'éloignait, d'autres Esprits prenaient sa place, défilant, pour ainsi dire, dans l'enveloppe du sujet et nous présentant successivement les types les plus disparates : un ancien sacristain à la parole onctueuse et traînante, émise sur un ton bas, comme dans une église ; un ex-procureur, au geste impérieux, au ton moqueur, à la parole dure et tranchante, etc.
D'autres fois, il se produisait des scènes touchantes, qui arrachaient des larmes aux assistants. Des amis d'outre-tombe venaient leur rappeler des souvenirs d'enfance, les services rendus, les erreurs commises, exposer leur manière de vivre dans l'espace, parler des joies ou des souffrances morales recueillies dans l'Au-delà, suivant leur mode d'existence sur la terre. Nous assistions à des conversations animées entre Esprits, à des dissertations émouvantes sur les mystères de la vie et de la mort, sur tous les grands problèmes de l'univers, et chaque fois nos âmes en étaient remuées et fortifiées. Cette communion intime avec le monde invisible ouvrait des perspectives infinies à notre pensée ; elle influençait tous nos actes; elle éclairait pour nous, d'une vive lumière, cette route de l'existence encore si obscure et si tortueuse pour la foule de ceux qui la parcourent. Un jour viendra où l'humanité connaîtra le prix de ces enseigne-
ments et y participera, monde sera renouvelée.