‹ Christianisme & spiritisme [electronic resource]Chapitre 11 sur 18 · ET SPIRITISME · texte numérisé non relu

ET SPIRITISME

Ce jour-là, la face du

Après avoir passé en revue les principaux phénomènes qui servent de base au spiritualisme moderne, notre résumé serait incomplet, si nous ne disions quelques mots des objections présentées et des théories contraires, à l'aide desquelles on a cherché à les expliquer.

D'abord, il y a la négation absolue. Le spiritisme, a-t-on dit, n'est qu'un ensemble de fraudes et de supercheries. Tous les faits extraordinaires sur lesquels il s'appuie sont des faits simulés.

Il est vrai que des imposteurs ont cherché à imiter ces phénomènes; leurs ruses ont été facilement découvertes, et les spirites furent les premiers à les signaler. Dans presque tous les cas cités plus haut : lévitation, apparitions, matérialisation d'Esprits, les médiums sont liés, attachés sur leur chaise ; fréquemment, leurs pieds et leurs mains sont tenus par les expérimentateurs. Parfois même, ils sont placés dans des cages spécialement préparées à cet effet, cages fermées, dont la clé est aux mains des opérateurs, rangés autour du médium. C'est dans de telles conditions que de nombreuses

LE SPIRITISME ET LA SCIENCE 297

matérialisations de fantômes se sont produites.

Somme toute, les impostures ont presque toujours été démasquées, et beaucoup de phénomènes n'ont jamais été imités, par la raison qu'ils échappent à toute imitation.

Les phénomènes spirites ont été observés, vérifiés, contrôlés, par des savants sceptiques, qui ont passé par tous les degrés de l'incrédulité, et dont la conviction ne s'est faite que peu à peu, sous la pression continue des faits.

Ces savants étaient des hommes de laboratoire, des physiciens et des chimistes éprouvés, des médecins et des magistrats. Ils avaient toutes les qualités requises, toute la compétence nécessaire, pour démasquer les fraudes les plus habiles, pour déjouer les trames les mieux ourdies. Leurs noms sont parmi ceux que l'humanité entière respecte et honore. A côté de ces hommes illustres, tous ceux qui se sont livrés à une étude patiente, consciencieuse et persévérante de ces phénomènes viennent en affirmer la réalité, tandis que la critique et la négation émanent de personnes dont le jugement, basé sur des notions insuffisantes, ne saurait être que superficiel.

Il est arrivé à quelques-uns d'entre eux ce qui arrive souvent aux observateurs inconstants. Ils n'ont obtenu que de faibles résultats, parfois

CHRISTIANISME ET SPIRITISME

même des résultats négatifs, et ils en sont devenus d'autant plus sceptiques. Ils n'ont pas voulu tenir compte d'une chose essentielle : c'est que le phénomène spirite est régi par des lois, soumis à des conditions qu'il faut connaître et observer (i). Leur patience s'est trop vite lassée. Les preuves qu'ils exigent ne s'obtiennent pas en quelques jours. W. Crookes, Russell Wallace, Zôllner, Aksakof, Dale Owen, Robert Hare, Myers, Lombroso, Oliver Lodge, et beaucoup d'autres savants ont étudié la question pendant de nombreuses années. Ils ne se sont pas contentés d'assister à quelques séances plus ou moins bien dirigées et pourvues de bons médiums. Ils se sont donné la peine de rechercher les faits, de les grouper, de les analyser; ils sont allés au fond des choses. Aussi, leur persévérance a été couronnée de succès, et leur méthode d'investigation peut être offerte en exemple à tout chercheur sérieux.

Parmi les théories mises en avant pour expliquer les phénomènes spirites, celle de Thallucination tient toujours la plus grande place. Elle a perdu toute raison d'être cependant, devant les photographies d'Esprits obtenues par Aksakof, Crookes, Volpi, Ochorowicz, W. Stead et tant

(1) Voir Dans VInvisible, chap. ix et. x.

LE SPIRITISME ET LA SCIENCE

d'autres. On ne photographie pas des hallucinations.

Les Invisibles impressionnent non seulement les plaques photographiques, mais encore des instruments de précision, comme les enregistreurs Marey (i); ils soulèvent des objets matériels, les décomposent et les recomposent; ils laissent des empreintes dans la paraffine chaude. Ce sont là autant de preuves contre la théorie de l'hallucination, soit individuelle, soit collective.

Certains critiques accusent les phénomènes spirites de vulgarité, de grossièreté, de trivialité ; ils les considèrent comme ridicules. Ces appréciations prouvent leur incompétence. Les manifestations ne peuvent être différentes de ce qu'elles eussent été, venant du même Esprit, lorsqu'il vivait sur la terre. La mort ne nous change pas, et nous sommes seulement, dans rAu-deIà,ce que nous nous sommes faits durant cette vie. De là, l'infériorité de tant d'êtres désincarnés.

D'un autre côté, ces manifestations triviales et grossières ont leur utilité : ce sont elles qui révèlent le mieux l'identité de l'Esprit. Elles ont convaincu nombre d'expérimentateurs de la

(1) Voir Annales des Sciences psychiques, août, septembre et novembre 1907, février 1909.

CHRISTIANISME ET SPIRITISME

réalité de la survivance, et les ont amenés peu à peu à observer, à étudier des phénomènes d'un ordre plus élevé. Car, nous l'avons vu, les faits s'enchaînent et se lient dans un ordre gradué, en vertu d'un plan qui semble indiquer l'action d'une puissance, d'une volonté supérieure, cherchant à arracher l'humanité à son indifférence, à la pousser vers l'étude et la recherche de ses destinées. Les phénomènes physiques : tables parlantes, maisons hantées, étaient nécessaires pour frapper Pattention des hommes, mais il ne faut voir là que des moyens préliminaires, un acheminement vers des domaines plus élevés de la connaissance.

Longtemps, le spiritisme a été considéré comme une chose ridicule ; longtemps, les spirites ont été raillés, bafoués, accusés de folie. N'en est-il pas de même de tous ceux qui ont apporté une idée, une force, une vérité nouvelle ? n'ont-ils pas tous été traités de fous ? Fou ! at-on dit de Galilée; fous, Giordano Bruno, Galvani. Watt, Palissy, Salomon de Caus!

La route du progrès est parfois rude aux novateurs. Elle a été arrosée par bien des larmes ©t par beaucoup de sang. Ceux dont nous venons de citer les noms ont dû cheminer au milieu des intérêts conjurés. Ils étaient méprisés par les uns, haïs et persécutés par les autres. Ils

LE SPIRITISME ET LA SCIENCE

ont lutté et souffert, et, comparativement à eux, ceux que Ton se contente de railler aujourd'hui peuvent trouver leur sort bien doux. C^est en s'inspirant de ces grands exemples que les spirites ont appris à supporter leurs maux avec patience. Une chose les a consolés de tous les sarcasmes, c'est la certitude qu'ils apportent, eux aussi, un bienfait, une force, une lumière à Phumanité.

A chaque siècle, l'histoire rectifie ses jugements. Ce qui paraissait grand devient petit, et ce qui semblait petit s'élève. Aujourd'hui déjà, on commence à comprendre que le spiritisme est un des événements les plus considérables des temps modernes, une des formes les plus remarquables de l'évolution de la pensée, le germe d'une des plus grandes révolutions morales que le monde ait connues.

Quelles que soient les railleries dont il est l'objet, il faut bien reconnaître que c'est au spiritisme que la nouvelle science psychique doit le jour : sans lui, sans l'impulsion qu'il a donnée, toutes les découvertes qui se rattachent à cette science seraient encore à venir.

En ce qui concerne l'étude des manifestations des Esprits, les spirites se savent en bonne compagnie. Les noms illustres de Russell Wallace, de Crookes, de Robert Hare, de Mapes, de Zôll-

CHRISTIANISME ET SPIRITISME

ner, d'Aksakof, de Boutlerof, de Wagner, de Flammarion, de Myers, de Lombroso ont été souvent cités. On voit aussi des savants comme les professeurs Barlett, Hyslop, Morselli, Botazzi, William James, de TUniversité Harvard, Lodge, recteur de l'Université de Birmingham, le professeur Richet, le colonel de Rochas, etc., qui ne considèrent pas ces études comme indignes d'eux. Que penser après cela des accusations de ridicule, de folie? Que prouvent-elles, sinon une chose attristante : c'est que le règne de l'aveugle routine persiste dans certains milieux. L'homme incline trop souvent à juger les faits d'après Phorizon étroit de ses préjugés et de ses connaissances. Il faut élever plus haut, étendre plus loin ses regards et mesurer sa faiblesse en face de Tunivers. On apprendra par là à être modeste, à ne rien rejeter ni condamner sans examen.

On a cherché à expliquer tous les phénomènes du spiritisme par la suggestion et la double personnalité. Dans les expériences, nous dit-on, le médium se suggestionne lui-même, ou bien il subit l'influence des assistants.

La suggestion mentale, qui n'est autre chose

LE SPIRITISME ET LA SCIENCE

que la transmission de pensée, malgré les difficultés qu'elle présente, peut se comprendre et s'établir entre deux cerveaux organisés, par exemple entre le magnétiseur et son sujet. Mais peut-on croire que la suggestion agisse sur des tables ? Peut-on admettre que des objets inanimés soient aptes à recevoir et reproduire les impressions des assistants ?

On ne saurait expliquer par cette théorie les cas d'identité, les révélations de faits, de dates, ignorés du médium et des assistants, qui se produisent assez souvent dans les expériences, pas plus que les manifestations contraires à la volonté de tous les spectateurs. Bien des fois, des détails absolument inconnus de tout être vivant sur la terre ont été révélés par des médiums, puis vérifiés et reconnus exacts. On en trouve de remarquables exemples dans l'ouvrage d'Aksakof : Animisme et Spiritisme^ et dans celui de Russell Wallace : te Moderne Spiritualisme^ ainsi que des cas de médiumnité constatés chez des enfants en bas âge, qui, pas plus que les précédents, ne sauraient être expliqués parla suggestion (i).

Selon MM. Pierre Janet et Ferré (2) ■— et

(1) Voir, note complémentaire n" 14, le cas du professeur Hare.

(2) Pierre Janet, r Automatisme psychologique.

CHRISTIANISME ET SPIRITISME

c'est là une explication dont se servent fréquemment les adversaires du spiritisme on doit assimiler un médium écrivain à un sujet hypnotisé, auquel on suggère une personnalité pendant le sommeil, et qui a perdu au réveil le souvenir de cette suggestion. Le sujet écrit d'une manière inconsciente une lettre, un récit se rapportant à ce personnage imaginaire. C'est là, nous dit-on, l'origine de tous les messages spirites.

Tous ceux qui ont quelque expérience du spiritisme savent que cette explication est inadmissible. Les médiums, écrivant d'une manière automatique, ne sont pas plongés au préalable dans le sommeil hypnotique. C'est, en général, à Tétat de veille, dans la plénitude de leurs facultés et de leur moi conscient, que les médiums écrivent sous l'impulsion des Esprits. Dans les expériences de M. Janet, il y a toujours un hypnotiseur en liaison magnétique avec le sujet. Il n'en est pas de même dans les séances spirites ; ni l'évocateur ni les assistants n'agissent sur le médium; celui-ci ignore absolument le caractère de l'Esprit qui va intervenir. Souvent même, les questions sont posées aux Esprits par des incrédules, plus disposés à combattre la manifestation qu'à la faciliter.

Le phénomène de la communication gra-

LE SPIRITISME ET LA SCIENCE

phique ne consiste pas seulement dans le caractère automatique de l'écriture, mais surtout dans les preuves intelligentes, dans les identités qu'elle fournit. Or, les expériences de M. Janet ne donnent rien de semblable. Les communications suggérées aux sujets hypnotisés sont toujours d'une banalité désespérante, tandis que les messages des Esprits nous apportent souvent des indications, des révélations ayant trait à la vie présente et passée d'êtres que nous avons connus sur la terre, qui ont été nos amis ou nos proches, détails ignorés du médium et dont le caractère de certitude les distingue absolument des expériences d'hypnotisme.

On ne saurait, par la suggestion , faire écrire des illettrés, ni recevoir d'un guéridon des poésies comme celles recueillies par M. Jaubert, président du tribunal de Carcassonne, et qui obtinrent des prix aux jeux floraux de Toulouse. On ne saurait pas davantage, par ce moyen, susciter l'apparition de mains, déformes humaines, pas plus que l'écriture dont se couvrent les ardoises apportées par des observateurs, sans qu'ils s'en soient dessaisis.

Il faut se rappeler que la doctrine des Esprits a été constituée à l'aide de nombreux messages, obtenus par des médiums écrivains à qui ces enseignements étaient absolument étrangers.

306 CHRISTIANISME ET SPIRITISME

Presque tous avaient été bercés dès l'enfance par renseignement des Églises, par les idées de paradis et d'enfer. Leurs convictions religieuses, leurs notions sur la vie future, étaient en opposition frappante avec les vues exposées par les Esprits. Il n'existait en eux aucune idée préalable de la réincarnation ni des vies successives de l'âme, pas plus que de la véritable situation de l'Esprit après la mort, toutes choses exposées dans les messages obtenus. Il y a là une objection irréfutable à la théorie de la suggestion ; la réalité objective des communications ressort avec d'autant plus de force, que les médiums n'étaient nullement préparés, par leur éducation et leurs vues personnelles, aux conceptions exprimées par les Esprits.

Il est évident que, parmi l'énorme quantité de faits spirites actuellement enregistrés, il s'en trouve de faibles, de [peu concluants ; d'autres peuvent être expliqués par la suggestion ou par l'extériorisation du sujet. Dans certains groupes spirites, on est trop porté à tout accepter comme émanant des Esprits, et Ton ne fait pas assez la part des phénomènes douteux. Mais, si large que soit cette part, il reste un ensemble imposant de manifestations inexplicables par la suggestion, l'inconscient, Thallucination ou autres théories analogues.

LE SPIRITISME ET LA SCIENCE

Les critiques procèdent toujours de la même façon envers le spiritisme. Ils ne s'adressent qu'à un genre spécial de phénomènes, et écartent à dessein de la discussion tout ce qu'ils ne peuvent comprendre ni réfuter. Dès qu'ils croient avoir trouvé l'explication de quelques faits isolés, ils s'empressent de conclure à l'absurdité de Tensemble. Or, presque toujours, leur explication est inexacte, elle laisse dans l'ombre les preuves les plus frappantes de l'existence des Esprits et de leur intervention dans les choses humaines.

Une autre théorie, souvent invoquée par les contradicteurs de l'idée spirite, est celle de l'inconscient ou du moi inconscient. Des systèmes nombreux, obscurs et compliqués, s'y rattachent.

D'après elle, deux êtres coexisteraient en nous : l'un, conscient, qui se connaît et se possède ; l'autre, inconscient ou subconscient, qui s'ignore lui-même comme il est ignoré de nous et, néanmoins, possède des facultés supérieures aux nôtres, puisqu'on lui attribue tous les phénomènes du magnétisme et du spiritisme. Et il y aurait non seulement un second nous-même, mais un troisième, un quatrième et davantage, car certains théoriciens admettent l'existence en l'homme d'un grand nombre de personnalités, de consciences diverses. Ce système est connu sous le nom de poly-conscience.

CHRISTIANISME ET SPIRITISME

Ainsi que Fa démontré M. Ch. Richet dans son livre : L'Homme et V Intelligence ; le Somnambulisme provoqué^ ce qu'on nomme la double personnalité représente simplement les états divers d une seule et même personnalité. De même, l'inconscient n'est qu'une forme de la mémoire, le réveil en nous de souvenirs, de facultés, de puissances endormis (i). Les théoriciens de l'inconscient prétendent, par ce moyen , combattre le merveilleux, et ils inventent un système plus fantastique et plus compliqué que tout ce qu'ils visent. Non seulement leur théorie est inintelligible, mais elle n'explique pas du tout les phénomènes spirites, car on ne peut comprendre comment l'inconscient pourrait produire des formes de défunts, des communications intelligentes par sons ou coups frappés, et tous les autres faits attestés par des expérimentateurs de tous pays.

On a aussi voulu attribuer les messages dictés en séance, à une sorte de conscience collective se dégageant de l'ensemble des assistants, conception illogique s'il en fut. Un fait va le démontrer.

Le 25 octobre 1908, une séance fut tenue le matin, à Paris, 16, boulevard Beaumarchais, chez M. H. Rousseau, à son bureau d'affaires.

(1) Voir Problème de VÊtre el de la Destinée, chap. iv.

LE SPIRITISME ET LA SCIENCE 309

Pendant le repas qui suivit, au domicile de la famille, à Vincennes, des coups frappés attirèrent l'atteation. Quelqu'un demandait à se faire entendre, et le médium, une jeune fille de la maison, fut appelée par cet Invisible à rectifier certaines erreurs de détails commises le matin à Paris. 11 faudrait donc admettre que cet être hypothétique, ce subconscient, émanation de tout un groupe, persisterait après le départ du plus grand nombre, et pourrait venir impressionner le médium dans un autre milieu, pour lui faire corriger, avec intelligence et précision, les indications erronées, inscrites le matin !

Presque toujours, on confond le subconscient, soit avec le double fluidique qui n'est pas un être, mais un organisme, soit avec l'Esprit familier, préposé à la garde de toute âme incarnée en ce monde.

On peut se demander en vertu de quel accord universel ces inconscients cachés dans Phomme, qui s'ignorent entre eux et s'ignorent eux-mêmes, sont unanimes, au cours des manifestations occultes, à se dire les Esprits des morts.

C'est du moins ce que nous avons pu constater dans les innombrables expériences auxquelles nous avons pris part, durant plus de trente années, sur tant de points divers, en France et à l'étranger. Nulle part, les êtres invisibles ne se

CHRISTIANISME ET SPIRITISME

sont présentés comme les inconscients ou moi supérieurs des médiums et autres personnes présentes. Ils se sont toujours annoncés comme des personnalités différentes, jouissant de la plénitude de leur conscience, comme des individualités libres, ayant vécu sur la terre, connues des assistants, dans la plupart des cas, avec tous les caractères de Têtre humain, ses qualités et ses défauts, ses faiblesses et ses grandeurs, et, fréquemment, ils donnaient des preuves de leur identité (i).

Ce qu'il y a de plus remarquable en ceci, croyons-nous, c'est l'ingéniosité, la fécondité de certains penseurs, leur habileté à échafauder des théories fantaisistes, dans le but d'échapper à des réalités qui leur déplaisent et les gênent.

Sans doute, ils n'ont pas prévu toutes les conséquences de leurs systèmes ; ils ont fermé les yeux sur les résultats qu'on en peut attendre. Ne se rendant pas compte que ces doctrines funestes annihilent la conscience et la personnalité en les divisant, ils aboutissent logiquement, fatalement, à la négation de la hberté, de la responsabilité et, par suite, à la destruction de toute loi morale.

En effet, avec cette hypothèse, Thomme serait

(1) Voir note complémentaire n» 12, et Dans rjnuisible. Identité des Esprits, chap. xxi.

LE SPIRITISME ET LA SCIENCE

une dualité ou une pluralité mal équilibrée, où chaque conscience agirait à sa guise, sans souci des autres. Ce sont de telles notions qui, en pénétrant dans les âmes et devenant pour elles une conviction, un argument, les poussent à tous les excès.

Résumons-nous. Tout dans la nature et dans l'homme est simple, clair, harmonique. C'est l'esprit de système qui complique et obscurcit tout.

De l'examen attentif, de Tétude constante et approfondie de Têtre humain, il résulte une chose, l'existence en nous de trois éléments : le corps physique, le corps fluidique ou périsprit et, enfin, l'âme ou esprit. Ce que l'on nomme l'inconscient, la personne seconde, le moi supérieur, la poly-conscience, etc., c'est tout simplement l'esprit qui, dans certaines conditions de dégagement et de clairvoyance, voit se produire en lui comme une manifestation de puissances cachées, un ensemble de ressources que ses existences antérieures ont accumulées en lui et qui étaient momentanément cachées sous le voile de la chair.

Non certes, l'homme n'a pas plusieurs consciences. L'unité psychique de Têtre est la condition essentielle de sa liberté et de sa responsabilité. Mais il y a en lui plusieurs états de

CHRISTIANISME ET SPIRITISME

conscience. A mesure que l'esprit se dégage de la matière et s'affranchit de son enveloppe charnelle, ses facultés, ses perceptions, s'étendent, ses souvenirs se réveillent, le rayonnement de sa personnalité s'élargit. C'est là ce qui se produit quelquefois, à l'état de trance^ de sommeil magnétique. Dans cet état, le voile de la matière retombe, l'âme se dégage et les puissances latentes reparaissent en elle. De là, certaines manifestations d'une même intelligence, qui ont pu faire croire à une double personnalité, à une pluralité de consciences.

Cependant cela ne suffît pas à expliquer les phénomènes spirites ; dans la plupart des cas, rintervention d'entités étrangères, de volontés libres et autonomes, s'impose comme la seule explication rationnelle.

Nous ne citerons que pour mémoire la théorie qui attribue ces manifestations aux démons. C'est là un argument bien démodé, car on en a fait usage dans tous les temps et contre presque toutes les innovations. « On doit juger Tarbre à (( ses fruits, » dit rE<îriture. Or, si on mesure tout le bien moral que le spiritisme a déjà réalisé dans le monde, si on considère combien de sceptiques, d'indifférents, de sensuels, ont été, par lui, guidés vers une conception plus haute et plus saine de la vie, de la justice et du devoir,

LE SPIRITISME ET LA SCIENCE

combien d'athées ont été ramenés à la pensée de Dieu, il faudrait en conclure que le démon, s'il est l'auteur des phénomènes d'outre-tombe, travaille contre lui-même, au détriment de ses propres intérêts. Ce que nous avons dit ailleurs ( i ) de l'enfer et des démons nous dispense d'insister. Satan n'est qu'un mythe. Aucun être n'est éternellement voué au mal.

Si la plupart des critiques adressées au spiritisme sont injustes et erronées, il faut reconnaître que, dans le nombre, il en est aussi de fondées. Beaucoup d'abus font obstacle à la marche et au développement du spiritualisme moderne. Ces abus doivent être attribués, non à ridée elle-même, mais à la mauvaise application qui en est faite dans certains milieux. N'en est-il pas ainsi de toutes les choses humaines ? Il n'est aucune idée, si sainte, si respectable soitelle, qui n'ait engendré des abus ; c'est la conséquence inévitable de l'infériorité de notre monde. En ce qui concerne le spiritisme, il faut signaler tout d'abord la médiumnité vénale, qui entraîne trop de sujets à la simulation des phénomènes; puis les fâcheuses pratiques en usage dans quelques groupes manquant de savoir, de préparation et de direction. Beaucoup de personnes font du

(1) Voir Après la Mort, chap. xxxvii.

CHRISTIANISME ET SPIRITISME

spiritisme un jeu frivole et, par ce qu'on a appelé « la danse des tables », attirent à elles des Esprits inférieurs et légers ; ceux-ci ne se font pas scrupule de les mystifier, et de nouer avec elles des rapports qui peuvent aller jusqu'à Tobsession.

D'autres se livrent sans contrôle à l'écriture médianimique ; elles obtiennent, en abondance, des messages faussement signés de noms célèbres, œuvres médiocres, dépourvues de style et d'originalité, et destinées trop souvent à capter leur confiance, dans le but de les égarer.

Il existe ainsi un spiritisme de bas étage, domaine exclusif des Esprits inférieurs, entaché parfois de fraude, de supercherie, de mensonge, et contre lequel on ne saurait trop se mettre en garde.

Ce sont ces pratiques qui ont fait croire à l'intervention de démons, alors qu'il ne s'agissait que d'Esprits vulgaires et arriérés. Il suffit d'acquérir quelque expérience de ces choses, pour distinguer la nature des êtres invisibles et se garer des embûches des Esprits attardés.

Les abus dont nous parlons ont souvent été signalés et même exagérés à plaisir. On s'en est servi pour combattre le spiritualisme moderne. Ce serait une erreur grave de ne voir dans l'usage du spiritisme que ces inconvénients et, sous pré-

LE SPIRITISME ET LA SCIENCE 315

texte de les éviter, de chercher à priver l'humanité des avantages réels, considérables, qu'elle peut retirer d'une étude sérieuse, d'une pratique sage et réfléchie de la médiumnité.

Quant aux dangers que présente le spiritisme, on peut facilement les conjurer, en écartant, dans les séances, toute pensée frivole, tout but intéressé, en procédant aux évocations avec un sentiment pieux et élevé. « Les semblables s'attirent », nous dit un proverbe. Rien n'est plus vrai dans le domaine des études occultes. Les questions banales et les faciles plaisanteries en usage dans certains milieux attirent les Esprits mystificateurs. Au contraire, les dispositions sérieuses, les pensées graves et recueillies, plaisent aux Intelligences supérieures.

Il est dangereux de travailler seul, sans contrôle, sans protection efficace, dangereux de se livrer isolément aux évocations spirites. Pour éviter les influences mauvaises et les manifestations grossières, on doit s'unir à un petit nombre de personnes éclairées, portées au bien, sous la direction d'un croyant expérimenté. Dans ces conditions, demandez à Dieu, d'un cœur sincère, de permettre à un Esprit élevé de vous prêter son appui, d'écarter les rôdeurs de Tombre, de faciliter l'accès de votre groupe à ceux que vous aimez et dont vous pleurez le départ ; demandez

CHRISTIANISME ET SPIRITISME

aux Intelligences supérieures de vous apporter leurs enseignements, de guider vos pas dans cette voie féconde de la communion spirituelle. Si vos sentiments sont désintéressés, si vous ne recherchez dans ces études qu'un moyen d'amélioration, ils seront heureux de répondre à vos appels, et le spiritisme deviendra pour vous une source de lumières et de hautes inspirations.

Il résulte de notre exposé que nous touchons à une heure décisive de l'histoire de la science.

La science expérimentale a franchi la limite qui sépare deux mondes, le visible et l'invisible. Elle se trouve en présence d'un infini vivant. C'est ce que disait le professeur Ch. Richet, de l'Académie de médecine de Paris, dans son rapport sur les séances spirites de Milan : « C'est « un monde nouveau qui s'ouvre à nous. » Depuis un demi-siècle, lentement mais sûrement, la science s'achemine, de découvertes en découvertes, vers une connaissance de la vie fluidique, de la vie invisible, en parfait accord avec l'enseignement du spiritualisme moderne ; de cette concordance va se dégager la plus puissante certitude que l'homme ait jamais possédée de la survivance de l'âme et de son indestructibilité.

LE SPIRITISME ET LA SCIENCE

Actuellement, cette question, serrée de près pendant des années, résolue par de nombreux savants, ne l'est pas encore par la science officielle qui hésite encore ; mais son verdict ne saurait tarder. Au-dessus des questions d'intérêt, au-dessus des rivalités, des sophismes, des arguties, des contradictions, le problème se pose d'une manière impérieuse devant le tribunal de la pensée. En face des faits spirites, de leur persistance, de leur renouvellement incessant et de leur prodigieuse variété, il faut se prononcer et dire si la mort est le néant, ou bien s'il y a une destinée humaine.

C'est là un débat vraiment grave et solennel. Toutes les négations et toutes les espérances sont en jeu. Toutes les écoles sont intéressées à la solution du problème, intéressées à savoir s'il y a, comme nous l'établissons, une preuve objective de la survivance de l'être, dégagée de tout caractère mystique.

Les écoles matérialistes, d'une part, les Eglises, de l'autre, s'inquiètent et s'agitent, parce qu'elles voient là pour elles une cause de décadence et d'amoindrissement, tandis qu'en réalité cette constatation de la survivance serait un moyen de rapprochement et de conciliation. De là aussi, toutes les objurgations, toutes les protestations qui s'élèvent. Mais, quelles que

CHRISTIANISME ET SPIRITISME

soient Tindécision delà science, l'opposition des écoles, l'obstination avec laquelle on combat ridée nouvelle et les découvertes qui l'ont fait naître, les puissances invisibles qui agissent dans le monde ne mettront pas moins d'énergie et de ténacité à les défendre et à les propager. Plus haut que les intérêts des écoles, plus haut que les théories et les systèmes, il y a une chose qui doit triompher et s'imposer, c'est la vérité.

Le monde invisible, refoulé depuis longtemps dans ses profondeurs, soit par le matérialisme qui en niait l'existence, soit par l'Eglise qui, sous prétexte de sorcellerie^ en arrêtait les manifestations, le monde invisible se recueillait depuis des siècles. Aujourd'hui, il entre de nouveau en action. Les manifestations occultes se produisent sous toutes les formes, depuis les plus banales jusqu'aux plus raffinées, suivant le degré d'élévation des Intelligences qui interviennent. Elles se déroulent d'après un plan majestueux, dont le but apparaît clairement ; ce but, c'est de démontrer à l'homme qu'il n'est pas seulement matière périssable, qu'il y a en lui une essence qui survit au corps, et peut entrer en communication avec d'autres êtres humains après la mort, une individualité appelée à se développer librement, à travers l'infini du temps et l'immensité des espaces.

LE SPIRITISME ET LA SCIENCE

L'invisible a fait peu à peu irruption dans le monde visible et, en dépit des dédains, des hostilités, des résistances, il est évident que son action va s'étendre et se multiplier de plus en plus, jusqu'à ce que l'homme arrive enfin à se mieux connaître, à discerner la loi de sa vie et de ses destinées.

11 y a donc, dans l'observation de ces faits, le germe d'une révolution qui embrassera, de proche en proche, tout le domaine des connaissances humaines.

D'abord, au point de vue scientifique, ces faits nous ouvrent tout un monde de forces, d'influences, de formes de vie, dans lequel nous étions plongés sans en soupçonner l'existence, un monde dont la grandeur, les richesses, les énergies en réserve défient tout calcul, toute prévision. Ils nous apprennent aussi à voir en l'homme le siège de facultés, de puissances cachées, dont l'utilisation et le développement peuvent nous élever à des hauteurs imposantes.

La vie nous apparaît maintenant sous un double aspect : elle est à la fois corporelle et fluidique. L'existence de l'homme est tour à tour terrestre et extraterrestre. Elle s'accomplit alternativement sur terre, dans la chair, puis dans l'atmosphère ou dans l'espace, toujours sous la forme humaine, mais impalpable et

CHRISTIANISME ET SPIRITISME

impondérable. Ces deux modes de vie alternent et se succèdent en un rythme harmonique, comme le jour succède à la nuit, la veille au sommeil, et Tété à l'hiver.

Au point de vue philosophique et moral, les conséquences du phénomène spirite ne sont pas moins considérables.

Depuis plus de cinquante ans, on a constaté les faits ; quand, de ces faits, on a voulu remonter aux causes qui les produisent ; quand, de l'ensemble des phénomènes, on a voulu dégager la loi qui les régit, on s'est trouvé en présence d'un ordre de choses qui entraîne forcément une conception nouvelle de l'univers et de la vie. Non seulement on a été obligé de reconnaître l'existence d'êtres invisibles qui sont les Esprits des morts, mais aussi que ces êtres sont reliés par les liens d'une étroite solidarité et qu'ils évoluent vers un but commun, vers des états toujours plus élevés.

Par cette conception, toutes les idées de loi, toutes les notions de progrès, de justice, de devoir, s'éclairent d'une lumière nouvelle. Le sentiment des responsabilités morales s'accroît. On entrevoit là le remède attendu, le remède possible aux maux, aux défaillances, aux misères qui désolent et affaiblissent l'humanité. Car, chose remarquable, cette révélation arrive à

LA DOCTRINE DES ESPRITS

l'heure précise où toutes les doctrines s'affaissent sous le poids du temps, à l'heure où les systèmes religieux se lézardent, où l'homme semblait réduit à chercher sa voie dans la nuit. Elle arrive à l'heure où la société est travaillée par d'immenses forces destructives, où, des masses profondes, monte vers le ciel un cri de souffrance et de désespoir. C'est à cette heure que nous parviennent les messages de paix, d'espérance et d'amour que les Puissances de Tespace, les Esprits de lumière, apportent à la pauvre humanité troublée.

Page 1