ORIGINE DES ÉVANGILES
attiraient de nombreux prosélytes autour des disciples du Christ, car ils ne contenaient rien qui ne pût s'allier à certaines doctrines juives, prêchées dans le Temple et dans les synagogues.
Avec Paul et après lui, des courants nouveaux s'établissent, et des doctrines confuses surgissent au scindes communautés chrétiennes. Successivement, la prédestination et la grâce, la divinité du Christ, la chute et la rédemption, la croyance à Satan et à Tenfer, seront jetées dans les esprits et viendront altérer la pureté et la simplicité de l'enseignement du fils de Marie.
Cet état de choses va se poursuivre et s'aggraver, en même temps que les convulsions politiques et sociales agiteront l'enfance du monde chrétien.
Les premiers Evangiles nous reportent à l'époque troublée où la Judée, soulevée contre les Romains, vit la ruine de Jérusalem et la dispersion du peuple juif (an 70). C'est au milieu du sang et des larmes qu'ils ont été écrits, et les espérances qu'ils expriment semblent jaillir d'un abîme de douleurs, alors que, dans les âmes attristées, s'éveille l'idéal nouveau, l'aspiration vers un monde meilleur, appelé « royaume des cieux », où seront redressées toutes les injustices présentes.
A cette époque, tous les apôtres, à l'exception
CHRISTIANISME ET SPIRITISME
de Jean et de Philippe, étaient morts; le lien qui unissait les chrétiens était encore bien faible. Ceux-ci formaient des groupes isolés les uns des autres et portant le nom d'églises {ecclesia, assemblée), dirigés chacun par un évêque ou surveillant nommé à l'élection.
Chaque église était livrée à ses propres inspirations ; elle n'avait, pour se diriger, qu'une tradition incertaine, fixée en quelques manuscrits, qui résumaient plus ou moins fidèlement les actes et les paroles de Jésus, et que chaque évêque interprétait à son gré.
Ajoutons, à ces difficultés si grandes, celles provenant de la fragilité des parchemins, à une époque où l'imprimerie était inconnue, l'inintelligence de certains copistes, tous les maux que peut faire naître l'absence de direction et de contrôle, et nous comprendrons aisément que l'unité de doctrine et de croyance n'ait pu se maintenir en des temps aussi tourmentés.
Les trois Evangiles synoptiques (i) sont fortement imprégnés de la pensée judéo-chrétienne des apôtres, mais déjà l'évangile de Jean s'inspire d'une autre influence. On y trouve un reflet de la philosophie grecque, rajeunie par les doctrines de l'école d'Alexandrie.
(l) On désigne ainsi ceux de Marc, Luc et Matthieu.
AUTHENTICITÉ DES ÉVANGILES 35
Vers la fin du premier siècle, les disciples des grands philosophes grecs avaient ouvert des écoles dans toutes les villes importantes de l'Orient. Les chrétiens se trouvant en contact avec eux, des discussions fréquentes s'élevaient entre les partisans des diverses doctrines. Recrutés dans les rangs inférieurs de la population, peu lettrés pour la plupart, les chrétiens étaient mal préparés à ces luttes de la pensée. De leur côté, les théoriciens grecs furent frappés de la grandeur et de l'élévation morale du christianisme. De là un rapprochement, une pénétration des doctrines, qui se produisit sur certains points. Le christianisme naissant subissait peu à peu l'influence grecque, qui l'amenait à faire du Christ, le Verbe, le Logos de Platon.