IV. — La Doctrine secrète
Quelle est la véritable doctrine du Christ ? Ses principes essentiels sont clairement énoncés dans l'Évangile. C'est l'universelle paternité de Dieu et la fraternité des hommes, avec les conséquences morales qui en découlent; c'est la vie immortelle ouverte à tous et permettant à chacun de réaliser en lui le « royaume de Dieu », c'est-àniire la perfection, par le détachement
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des biens matériels, le pardon des injures et l'amour du prochain.
Aimer, pour Jésus, c'est en un seul mot toute la religion, c'est toute la philosophie :
« Aimez vos ennemis; faites du bien à ceux qui « vous persécutent et vous calomnient, afin que vous « soyez les enfants de votre Père qui est dans les « cieux, qui fait lever son soleil sur les bons et sur « les méchants et fait pleuvoir sur les justes et les « injustes. Car, si vous n'aimez que ceux qui vous « aiment, quelle récompense en aurez-vous? » {Matthieu^ V, 44 et suiv.)
Cet amour, Dieu lui-même nous en d'onne l'exemple, car toujours ses bras sont ouverts au pécheur :
« Ainsi votre Père qui est dans les cieux ne veut « pas qu'un seul de ces petits périsse. »
Le sermon sur la montagne résume en traits ineffaçables renseignement populaire de Jésus. La loi morale y est exprimée sous une forme que nul n'a égalée. Les hommes y apprennent que les plus sûrs moyens d'élévation sont les vertus humbles et cachées.
« Heureux les pauvres en esprit (c'est-à-dire les w esprits simples et droits)^ car le royaume des tf cieux est à eux. — Heureux ceux qui pleurent, car
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« ils seront consolés. — Heureux ceux qui sont affa- « més de justice, car ils seront rassasiés. — Heureux « ceux qui sont miséricordieux, car ils obtiendront « miséricorde. — Heureux ceux qui ont le cœur pur, « car ils verront Dieu. » [Matth.y v, i à 12 ; Lac, vi, 20 à 25.)
Ce que veut Jésus, ce n'est pas un culte fastueux; ce n'est pas une religion sacerdotale, riche en cérémonies et en pratiques qui étouffent la pensée; non, c'est un culte simple et pur, tout de sentiment, consistant dans le rapport direct, sans intermédiaire, de la conscience humaine avec Dieu, son Père :
« Le temps vient où les vrais croyants adoreront « le Père en esprit et en vérité, car ce sont là les « adorateurs que le Père cherche. Dieu est esprit, et « il faut que ceux qui l'adorent, l'adorent en esprit « et en vérité. »
L'ascétisme est chose vaine. Jésus se borne à prier et à méditer dans les lieux solitaires, dans ces temples naturels qui ont pour colonnes les montagnes, pour coupole le dôme des cieux,et d'où la pensée s'élève plus librement vers le Créateur.
A ceux qui croient se sauver par le jeûne et l'abstinence, il dit :
« Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui « souille l'âme, mais ce qui en sort. »
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Aux partisans des longues oraisons :
« Votre Père sait de quoi vous avez besoin avant « que vous le lui demandiez. »
Il n'impose que la charité, la bonté, la simplicité :
« Ne jugez pas et vous ne serez point jugés. Par- « donnez et on vous pardonnera. Soyez miséricor- « dieux, comme votre Père céleste est miséricordieux. « Donner est plus doux que recevoir, »
« Celui qui s'humilie sera élevé ; celui qui s'élève « sera humilié. »
« Que ta main gauche ne sache pas ce que fait « ta droite, afin que ton aumône reste dans le secret, « et alors ton Père qui voit dans le secret te la ren- « dra. »
Et tout se résume en ces mots, d'une éloquente concision :
« Aimez votre prochain comme vous*mêmes et « soyez parfaits comme votre Père céleste est par- « fait. C'est là toute la loi et les prophètes. »
Sous la douce et suave parole de Jésus, tout imprégnée du sentiment de la nature, cette doctrine revêt un charme pénétrant, irrésistible. Elle est pleine de tendre sollicitude pour les faibles et les déshérités. C'est la glorification, c'est Texaltation de la pauvreté, de la simpli-
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cité. Les biens matériels nous rendent esclaves ; ils enchaînent Thomme à la terre. La richesse est une entrave ; elle arrête les essors de l'âme ; elle la retient loin du « royaume de Dieu ». Le renoncement, l'humilité, détachent ces liens et facilitent notre ascension vers la lumière.
C'est par là que la doctrine évangélique est restée à travers les siècles la plus haute expression du spiritualisme, le suprême remède aux maux terrestres, la consolation des âmes affligées cette traversée de la vie, semée de tant d'angoisses et de larmes. C'est elle qui fait encore, en dépit des éléments étrangers qui y ont été mêlés, toute la grandeur, toute la puissance morale du christianisme.
La doctrine secrète allait plus loin. Sous le voile des paraboles et des fictions, elle cachait des vues profondes. Cette immortalité promise à tous, elle en précisait les formes en affirmant la succession des vies terrestres, dans lesquelles l'âme, réincarnée en des corps nouveaux, subissait les conséquences de ses existences antérieures et préparait les conditions de sa destinée future. Elle enseignait la pluralité des mondes habités, les alternances de vie de chaque être,
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dans le monde terrestre où il reparaît à la naissance, dans le monde spirituel où il retourne à la mort, recueillant dans Pun et l'autre de ces milieux les fruits bons ou mauvais de son passé. Elle enseignait l'union étroite et la solidarité de ces deux mondes et, par suite, la communication possible de l'homme avec les Esprits des morts qui peuplent l'étendue.
Delà, l'amour actif, non seulement pour ceux qui souffrent dans le cercle de l'existence terrestre, mais aussi pour les âmes qui errent autour de nous, poursuivies par de douloureux souvenirs. De là, le dévouement pour les deux humanités, visible et invisible, la loi de fraternité dans la vie et dans la mort, et la célébration de ce que l'on appelait « les mystères », la communion par la pensée et par le cœur avec ceux. Esprits bons ou médiocres, inférieurs ou élevés, qui composent ce monde invisible qui nous entoure, et sur lequel s'ouvrent deux issues par où passent alternativement tous les êtres : le berceau et la tombe.
La loi de réincarnation est indiquée dans plusieurs passages de TÉvangile. Elle doit être considérée sous deux aspects différents : le retour dans la chair des Esprits en voie de perfectionnement, la réincarnation des Esprits envoyés sur terre en mission.
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Dans son entretien avec Nicodème, Jésus s'exprime ainsi :
« En vérité, je vous le dis, si quelqu'un ne naît de (( nouveau, il ne peut voirie royaume de Dieu. » Nicodème lui objecte : « Comment un homme peut- « il renaître, étant devenu vieux ? » Jésus répond : « En vérité, je vous dis que si un homme ne renaît « de l'eau et de l'esprit, il ne peut entrer dans le « royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est « chair, et ce qui est né de l'esprit est esprit. Ne i« t'étonne point de ce que je t'ai dit : Il faut que « vous naissiez de nouveau. Le vent souffle où il « veut, et tu en entends le bruit, mais tu ne sais ni « d'où il vient ni où il va. Il en est de même de tout <( homme qui est né de l'esprit. » {Jean, m, 3 à 8.)
Jésus ajoute ces paroles significatives :
« Tu es maître en Israël, et tu ignores ces choses? »
Ce qui démontre qu'il ne s'agissait pas du baptême, qui était connu des Juifs et de Nicodème, mais bien de la réincarnation déjà enseignée par le Zohar, livre sacré des Hébreux (i).
Ce vent ou cet esprit qui souffle où il veut^ c'est l'âme qui choisit un nouveau corps, une nouvelle demeure, sans que les hommes sachent
(1) Voir note complémentaire, n» 5.
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(Toù elle vient ni où elle va. C'est la seule explication satisfaisante.
Dans la Kabbale hébraïque, /'ea«, c'était la matière primaire, l'élément fructifiant. Quant à l'expression Saint-Esprit, qui se trouve dans le texte et qui le rend incompréhensible, il faut remarquer que le mot Saint n'y figure pas à l'origine et qu'il y a été introduit longtemps après, ainsi que dans beaucoup d'autres cas (i). Il faut donc lire : renaître de la matière et de lesprit.
Un autre jour, à propos d'un aveugle-né rencontré sur le chemin, les disciples demandent à Jésus :
« Maître, qui est-ce qui a péché? Est-ce cet « homme, ou son père, ou sa mère, pour qu'il soit « ainsi né aveugle? » {Jean, ix, i, 2.)
D'abord, la question indique que les disciples attribuaient l'infirmité de l'aveugle à une expiation. Dans leur pensée, la faute a précédé la punition ; elle en a été la cause première. C'est la loi de la conséquence des actes fixant les conditions de la destinée. Ici, il s'agit d un aveugle de naissance ; la faute ne peut s'expliquer que par une existence antérieure.
(1) Voir Bellemare, Spirite el Chrétien, pp. 351 et suiv.
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De là, celte idée de la pénitence, qui revient à chaque instant dans les Ecritures. « Faites péniîence », disent-elles sans cesse, c'est-à-dire accomplissez la réparation qui est le but de votre nouvelle vie ; rectifiez votre passé, spiri» tualisez-vous, car vous ne sortirez du domaine terrestre, du cercle des épreuves, qu'après « avoir payé jusqu'à la dernière obole ».{Matih^^ V, 26.)
En vain les théologiens ont-ils cherché à expliquer autrement que par la réincarnation ce passage de l'Evangile. Ils sent tombés dans des raisonnements au moins étranges. C'est ainsi que le synode d'Amsterdam n'a pu sortir d'em-^ barras que par cette déclaration : « L'aveugle-ni « avait péché dans le sein de sa mère (1). »
C'était aussi une opinion accréditée à cette époque, que des Esprits éminents venaient, dans de nouvelles incarnations, continuer, achever des missions interrompues par la mort. Par exemple, Elie était revenu sur terre en la personne de Jean-Baptiste. Jésus l'affirme en ces termes, en s'adressant à la foule :
« Qu'êtes-vous allés voir ? Un prophète? Oui, je « vous le déclare, et plus qu'un prophète... — Et si « vous voulez comprendre, il est lui-même Elle qui
(1) Voir note complémentaire, n» 5.
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« devait venir. — Que celui qui a des oreilles pour « entendre, entende. » [Matth.^ xi, 9, i4,
Plus tard, après la décapitation de Jean-Baptiste, il le répète à ses disciples :
« Et ses disciples Tinlerrogèrent, disant : Pour- « quoi donc les scribes prétendent -ils qu'il faut « qu'Élie vienne premièrement? — Et lui, répon- « dant, leur dit : Élie, en effet, devait venir et réta- « blir toutes choses. Mais je vous le dis : Élie est « déjà venu, ils ne l'ont pas connu et ils lui ont fait « ce qu'ils ont voulu. — Alors ses disciples com- « prirent que c'était de Jean-Baptiste qu'il parlait. » {Mallh., XVII, 10, 11, 12, i5.)
Ainsi, pour Jésus comme pour ses disciples, Élie et Jean-Baptiste étaient une seule et même individualité. Or, cette individualité ayant revêtu successivement deux corps, un tel fait ne peut s'expliquer que par la loi de réincarnation.
Dans une circonstance mémorable, Jésus demande à ses disciples : « Que dit-on du fils de rhomme? » Et ils lui répondent :
« Les uns disent : C'est Jean-Baptiste; les autres, M Élie ; les autres, Jérémie ou l'un des prophètes. » {Matth., XVI, i3, 14 ; Marc, viii, 28.)
Jésus ne proteste pas contre cette opinion comme doctrine, pas plus qu'il n'avait protesté dans le cas de Taveugle-né.
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Du reste, l'idée de la pluralité des vies, des échelons successifs à parcourir pour s'élever vers la perfection, ne se trouve-t-elle pas contenue implicitement dans ces paroles célèbres : <c Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ? » Comment Tâme humaine pourrait-elle parvenir à Tétat parfait en une seule existence ?
Nous retrouvons la doctrine secrète, dissimulée sous des voiles plus ou moins transparents, dans les œuvres des apôtres et des Pères de l'Église des premiers siècles. Ceux-ci ne pouvaient en parler ouvertement. De là les obscurités de leur langage.
Barnabé écrivait aux premiers fidèles :
« Autant que je l'ai pu, je crois m'être expliqué « simplement et n'avoir rien omis de ce qui peut « contribuer à votre instruction et à votre salut, en « ce qui regarde les choses présentes, car si je vous « écrivais touchant les choses futures, vous ne com- « prendriez pas, parce qu'elles sont exposées en « paraboles. » (Épître catholique de saint Barnabe, xvn, 1,5.)
C'est en suivant cette règle qu'un disciple de saint Paul, Hermas, décrit la loi des réincarnations sous la figure de « pierres blanches, carrées et taillées », tirées de l'eau pour servir à la
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construction d'un édifice spirituel. {Livre du Pasteur, lil, xvi, 3, 5.)
M Pourquoi ces pierres ont-elles été tirées d'un ^ lieu profond, et employées ensuite dans la struc- « ture de cette tour, puisqu'elles étaient déjà ani-> « mées de l'esprit? — Il était nécessaire, me dit le « Seigneur, qu'avant d'être admises dans l'édifice, « elles fussent élevées par le moyen de l'eau. Elles « ne pouvaient autrement entrer dans le royaume de « Dieu qu'en se dépouillant de Tinfirmité de leur « première vie. »
Evidemment, ces pierres, ce sont les âmes des hommes; les eaux (î), ce sont les régions obscures, inférieures, les vies matérielles, vies d'épreuve et de douleur, pendant lesquelles les âmes sont taillées, polies, lentement préparées^ afin de prendre place un jour dans l'édifice de la vie supérieure, de la vie céleste. C'est bien là un symbole de la réincarnation, dont l'idée était encore admise au troisième siècle et répandue parmi les chrétiens.
Parmi les Pères de l'Eglise, Origène est un de ceux qui se sont prononcés le plus éloquemment en faveur de la pluralité des existences.
(1) Cette parabole acquiert une plus grande force du fait que, pour les Juifs Kabbalistes, l'eau était la représentation, de la matière, l'élément primaire, ce que nous appellerions aujourd'hui l'éther cosmique.
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Son autorité était grande. Saint Jérôme le considère, « après les Apôtres, comme le grané maître de l'Eglise, vérité, dit-il, que l'ignorance seule pourrait nier ». Et il professe une telle admiration pour Origène, qu'il se chargerait, écritil, de toutes les calomnies qui ont été dirigées contre lui, pourvu qu'à ce prix, lui, Jérôme, pût avoir sa science profonde des Écritures.
Dans son livre célèbre. Des Principes^ Origène développe les puissants arguments qui montrent dans la préexistence et la survivance des âmes en d'autres corps, dans la succession des vies, en un mot, le correctif nécessaire s l'inégalité apparente des conditions humaines, une compensation au mal physique comme a^ mal moral qui semble régner sur le monde, si l'on n'admet qu'une seule existence terrestre pour chaque âme. Origène erre sur un point cependant. C'est lorsqu'il suppose que l'union de l'esprit au corps est toujours une punition. Il perd de vue la nécessité de l'éducation des âmes et la laborieuse réalisation du progrès.
Une opinion erronée s'est glissée dans beaucoup de milieux au sujet des doctrines d'Origène, en général, et de la pluralité des existences, en particulier, que l'on considère cornm^ ayant été condamnées, par le concile de Chalcédoine, d'abord, et, plus tard, par le cinquième
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concile de Constantinople. Or, si Ton remonte aiix sources (i), on reconnaît que ces conciles ont rejeté, non pas la croyance à la pluralité des vies de l'âme, mais simplement la préexistence, telle que l'enseignait Origène, sous cette forme particulière que les hommes étaient des anges déchus, et que le point de départ avait été pour tous la nature angélique.
En réalité, la question de la pluralité des existences de l'âme n'a jamais été tranchée par les conciles. Elle reste ouverte aux résolutions de l'Église dans l'avenir, et c'est là un point qu'il importe d'établir.
Comme la loi des renaissances, la pluralité des mondes est indiquée dans l'Évangile, sous forme de parabole :
« Il y a plusieurs demeures dans la maison de « mon Père. Je m'en vais vous préparer le lieu et, « après que je m'en serai allé et que je vous aurai « préparé le lieu, je reviendrai, et je vous retirerai à « moi, afin que là où je serai, vous soyez aussi... » (Jean, xiv, 2 et 3.)
La maison du Père, c'est le ciel infini ; les demeures promises, ce sont les mondes qui parcourent l'espace, sphères de lumière près des-
(1) Voir Pezzani, la Pluralité des existences, pp. 187, 190.
quelles notre pauvre terre n'est qu'une obscure et chétive planète. C'est vers ces mondes que Jésus guidera les âmes qui s'attacheront à lui et à sa doctrine. Ils lui sont familiers, et il saura nous y préparer une place suivant nos mérites.
Origène commente ces paroles en termes précis :
« Le Seigneur fait allusion aux stations différentes « que les âmes doivent occuper, après qu'elles ont k été dépouillées de leurs corps actuels et qu'elles en « ont revêtu de nouveaux. »
Les premiers chrétiens communiquaient avec les Esprits des morts et recevaient d'eux des enseignements. Aucun doute n'est possible sur ce point, car les témoignages abondent. Ces témoignages découlent des textes mêmes des livres canoniques, textes qui ont échappé aux vicissitudes des temps, et dont l'authenticité n'est pas douteuse (i).
Le christianisme tout entier s'appuie sur des faits d'apparition et de manifestation des morlë,
(1) Voir noie n* 6, à la fin du volume.
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Il fournit d'innombrables preuves de l'existence du monde invisible et des âmes qui le peuplent.
Ces preuves sont également abondantes dans l'Ancien et le Nouveau Testament. Dans l'un comme dans l'autre, on trouvera des apparitions d'anges (i), celles des Esprits des justes, des avertissements et des révélations donnés par les âmes des morts, le don de prophétie (2) et le don de guérir (3). On trouvera dans le Nouveau Testament les apparitions de Jésus lui-même, après son supplice et son ensevelissement.
L'existence du Christ n^avait été qu'une communion constante avec le monde invisible. Le fîls de Marie était doué de facultés qui lui permettaient de s'entretenir avec les Esprits. Parfois ceux-ci se rendaient visibles à ses côtés. Ses disciples effrayés le virent converser un jour sur le Thabor avec Moïse et Elie (4).
(1) En hébreu, le véritable sens du mot ange : melach, est messager.
(2) Le don de prophétie ne coiïsistait pas seulement à prédire l'avenir, mais, d'une manière plus étendue, à parler et à donner des enseignements sous l'influence des Esprits.
(3) Voir, pour l'ensemble de ces phénomènes, la note complémentaire n** 7, sur les faits spirites dans la Bible^ à la fin du volume.
(4) Jésus avait choisi ses disciples, non parmi des hommes instruits, mais parmi des sensitifs et des voyants, doués de facultés raédianimiques.
Dans les moments difficiles, lorsqu'une question l'embarrasse, comme dans le cas de la femme adultère, il évoque les âmes supérieures^ et son doigt trace sur le sable la réponse à faire, comme le médium de nos jours, mû par une force étrangère, trace des caractères sur l'ardoise.
Ces faits sont connus, relatés, mais beaucoup d'autres, se rattachant à ce commerce continuel de Jésus avec l'invisible, sont restés ignorés des hommes, même de ceux qui l'entouraient.
Les rapports du Christ avec le monde des Esprits s'affirment par le soutien constant que cet envoyé divin a reçu de l'Au-delà.
Parfois, malgré son courage, malgré Tabnégation qui inspire ses actes, troublé par la grandeur de sa tâche, il élève son âme vers Dieu; il prie, il implore des forces nouvelles, et il est exaucé. Un souffle puissant passe sur son front. Sous une impulsion irrésistible, il reproduit les pensées suggérées; il se sent secouru, réconforté.
Aux heures de solitude, ses yeux distinguent des lettres de feu qui retracent les volontés d'en haut (i) ; des voix bruissent à ses oreilles,
(1) Ces détails, qui étonneront peut-être le lecteur, ne sont
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apportant la réponse à ses ardentes prières. C'est la transmission directe des enseignements qu'il doit répandre, des préceptes régénérateurs pour la propagation desquels il est venu sur la terre. Les vibrations de la pensée suprême qui anime l'univers sont sensibles pour lui; elles lui inculquent ces principes éternels qu'il répandra et qui ne s'effaceront jamais de la mémoire des hommes. Il perçoit de célestes accents, et ses lèvres répètent les paroles entendues, révélation sublime, mystère encore pour beaucoup d'êtres humains, mais, pour lui, confirmation absolue de cette protection constante et des intuitions qui lui parviennent des mondes supérieurs.
Et, lorsque cette grande vie fut accomplie, lorsque le sacrifice fut consommé, que Jésus fut mis en croix, puis descendu dans une tombe, son esprit s'affirme par de nouvelles manifestations. Cette âme puissante, qu'aucune tombe ne pouvait retenir, apparaît à ceux qu'elle avait laissés sur la terre tristes, abattus, découragés. Elle leur dit que la mort n'est rien. Par sa présence, elleleur rend l énergie, la force morale
pas un produit de notre imagination. Ils nous ont été communiqués par un Esprit élevé dont la vie a été mêlée à celle du Christ. Il en est de même de plusieurs passages de cet ouvrage.
nécessaires pour accomplir la mission qui leur est confiée.
Les apparitions du Christ sont connues et ont eu de nombreux témoins. Elles présentent des analogies frappantes avec celles que Pon constate de nos jours, à tous les degrés, depuis la forme éthérée, sans consistance, apparue à Marie-Madeleine, et qui n'aurait supporté aucun contact, jusqu'à la matérialisation complète, telle que la vit Thomas dont la main put toucher les plaies du Christ (i). De là ces contrastes dans les paroles de Jésus : « Ne me touche pas, » dit-il à Marie-Madeleine, alors qu'il engage Thomas à poser son doigt sur la marque des clous : « Approche aussi ta main, ajoute-t-il, et « mets-la sur mon côté. »
Jésus apparaît et disparaît instantanément. Il pénètre dans une maison, les portes fermées. A Emmaûs, il s'entretient avec deux de ses disciples qui ne le reconnaissent pas, puis s'évanouit tout à coup. Il est en possession de ce corps fluidique, éthéré, qui se retrouve en chacun de nous, de ce corps subtil, enveloppe inséparable de chaque âme, qu'un esprit élevé comme le sien sait diriger, modifier, condenser, dissocier à volonté (2). Et il le condense à tel
(1) Jean, xx, U-17, 24-28.
(2) Voir note n° 9, sur le Périsprit ou corps fluidique.
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point, qu'il se rend visible et tangible pour les assistants.
Les apparitions de Jésus après sa mort sont la base même, le point vital de la doctrine chrétienne, et c'est pourquoi saint Paul a dit : « Si « Christ n'est pas ressuscité^ votre foi est vaine. » Dans le christianisme, l'immortalité n'est pas une espérance, c'est un fait naturel, un fait appuyé sur le témoignage des sens. Les apôtres ne croyaient pas seulement à la résurrection, ils en étaient sûrs.
Aussi leur prédication prenait-elle ce ton chaleureux et pénétrant qu'inspire une conviction ardente. Par le supplice de Jésus, le christianisme était frappé au cœur. Les disciples, consternés, étaient prêts à se disperser. Mais le Christ leur apparut, et leur foi en lui devint si profonde que, pour la confesser, ils bravèrent tous les tourments. Les apparitions du Christ après sa mort assurèrent la persistance de l'idée chrétienne, en lui donnant pour base tout un ensemble de faits.
Il est vrai que les hommes ont jeté la confusion sur ces phénomènes, en leur attribuant un caractère miraculeux. Le miracle est une dérogation aux lois éternelles, voulues et fixées par Dieu ; or il serait peu digne de la Puissance suprême de sortir de sa propre nature et de varier dans ses décrets.
Selon rÉglise, Jésus serait ressuscité avec son corps charnel. Cela est contraire au texte primitif de l'Evangile. Des apparitions soudaines, avec changements de forme, se produisant dans des endroits clos, ne peuvent être que des manifestations spirites, fluidiques et naturelles. Jésus est ressuscité comme nous ressusciterons tous, lorsque notre esprit abandonnera sa prison de chair.
Dans Marc et Matthieu, et dans le récit de Paul Cor.,xv), ces apparitions sont décrites de la manière la plus concise. D'après Paul, le corps du Christ est incorruptible ; il n'a ni chair ni sang. Cette opinion découle de la tradition la plus ancienne. La matérialité n'est venue que plus tard, avec Luc. Le récit se complique alors et s'agrémente de détails merveilleux, dans le but évident d'impressionner le lecteur (i).
Cette manière de voir, comme en général toute la théorie du miracle, résulte d'une fausse interprétation des lois de l'univers. Il en est de même de l'idée du surnaturel, qui correspond à
(1) Clément d'Alexandrie rapporte une tradition qui circulait encore de son temgs, d'après laquelle Jean aurait enfoncé sa main dans le corps de Jésus, et elle aurait passé au travers sans rencontrer de résistance. [Jésus de Nazareth, par Albert Réville, 2« volume. Note de la p. 470.)
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une conception insuffisante de l'ordre du monde et des règles de la vie. En réalité, il n'y a rien en dehors de la nature, laquelle est Tœuvre dir vine dans son majestueux épanouissement. L'erreur de riiomme provient de Pidée étroite qu'il se fait de la vie et de ses formes, limitées pour lui au cercle tracé par ses sens. Or, nos sens n'embrassent qu'une portion fort restreinte de l'empire des choses. Au delà des bornes qu'ils nous imposent, lavie se déploie sous des aspects riches et variés, sous des formes subtiles, quintessenciées, qui se graduent, se multiplient et se renouvellent à l'infini.
A ce domaine de l'invisible appartient le monde fluidique ; il est peuplé des Esprits des hommes qui ont habité la terre et ont dépouillé leur enveloppe grossière. Ils subsistent sous cette forme subtile, dont nous venons de parler, forme encore matérielle, quoique éthérée, caria matière a bien des états qui ne nous sont pas familiers. Cette forme est Timage ou plutôt le canevas des corps charnels que ces Esprits ont animés dans leurs vies successives. Ils passent, mais elle demeure, comme l'âme dont elle est l'organisme indestructible.
Les Esprits occupent des situations variées, en rapport avec leur élévation morale. Leur rayonnement, leur éclat, leur puissance, sont
d'autant plus grands qu'ils sont arrivés plus haut dans l'échelle des vertus, des perfections, et qu'ils ont servi avec plus de dévouement la cause du bien et de l'humanité. Ce sont ces êtres ou Esprits qui se manifestent à toutes les époques de rhistoire et dans tous les milieux, par l'intermédiaire de sujets spécialement doués, que, suivant les temps, on nomme devins, sibylles, prophètes ou médiums.
Les apparitions qui marquent les premiers i temps du christianisme, comme les époques bibliques plus lointaines, ne sont pas des phénomènes isolés, mais la manifestation d'une loi universelle, éternelle, qui a toujours réglé les rapports entre les habitants des deux mondes, le monde de la matière grossière, auquel nous appartenons, et le monde fluidique, invisible, peuplé par les Esprits de ceux que nous appelons si improprement les morts (i).
C'est seulement à une époque récente que cet ordre de manifestations a pu être étudié par la science. Grâce aux observations de nombreux savants, l'existence du monde des Esprits a été établie d'une manière positive, et les lois qui le régissent ont été déterminées avec une certaine précision.
(1) Voir mes autres ouvrages, notamment Après la mort et Dans l'Invisible : Spiritisme et Médiumnité.
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On a pu constater la présence, en chaque être humain, d'un double fluidique, survivant à la mort, et, dans ce double, on a reconnu l'enveloppe impérissable de l'esprit. Ce double, qui se dégage déjà pendant le sommeil et l'extase, qui se transporte et agit à distance durant la vie, devient, après la séparation définitive du corps charnel, et d'une manière plus complète, le serviteur fidèle et le centre des forces actives de l'esprit.
C'est au moyen de cette enveloppe fluidique que l'Esprit préside à ces manifestations d'outretombe, qui ne sont plus un secret pour personne, depuis que des commissions scientifiques en ont étudié les multiples aspects, jusqu'à peser et photographier les Esprits, comme l'ont fait W. Crookes pour celui de Katie King, Russell Wallace et Aksakof pour ceux d'Abdullah et de John King (i).
C'est ainsi que des phénomènes, étranges sans doute, peu étudiés jusqu'ici, mais parfaitement naturels, puisqu'ils sont produits par des Esprits, c'est-à-dire par des êtres semblables
(1) W. Crookes, Recherches sur les phénomènes spirites ; RussELL Wallace, le Moderne Spiritualisme ; Aksakof, Animisme et Spiritisme. Voir, pour toute une série de phénomènes analogues et plus récents : Léon Denis, Dans l'Invisible : Spiritisme et Médiumnilé, chap. xx.
à nous dans leur principe essentiel de vie, sont entrés peu à peu dans le domaine de Tobservation et sont passés dans l'ordre des faits établis.
11 est probable que le don des langues, communiqué aux apôtres, présentait des analogies avec le phénomène que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de xénoglossie. La lumière odique de Reichenbach et la matière radiante expliquent l'auréole des saints ; les flammes ou « langues de feu», apparues le jour de la Pentecôte, se retrouvent à notre époque dans les faits signalés au Congrès spiritualiste de 1900, par le docteur Bayol, sénateur des Bouches-du-Rhône (1). Enfin, les visions des martyrs sont des phénomènes du même ordre que ceux constatés de nos jours au moment du décès de certaines personnes (2). De même, la disparition du corps du Christ dans le sépulcre peut s'expliquer par la désagrégation de la matière, observée il y a quelques années, au cours de séances d'expérimentation psychique (3).
Trop longtemps, les hommes n'ont vu là que des faits miraculeux, provoqués par Dieu même ou par ses anges, opinion entretenue soigneuse-
(1) Voir Dans VInuisible : Spiritisme et Médiamnité^ p. 332.
(2) Voir la mort d'Étienne : Actes, vu, 55, 56.
(3) Voir Dans l'Invisible, p. 346.
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ment par les prêtres, afin de frapper l'imagination des masses et de les rendre plus dociles à leur pouvoir.
Nous trouvons dans les Ecritures des exemples fréquents des méprises dont ces phénomènes furent l'objet. A Pathmos, Jean voit apparaître un génie qu'il veut d'abord adorer, mais qui lui affirme être l'Esprit d'un de ses frères, les prophètes (i). Dans ce cas, Terreur a été dissipée : l'Esprit a fait connaître sa personnalité ; dans combien d'autres la méprise n'at-elle pas persisté? 11 en est de même de l'intervention si fréquente des anges dans la Bible. Il faut se mettre en garde contre les tendances des juifs et des chrétiens à attribuer à Dieu et à ses anges des phénomènes produits par les Esprits des morts, et sur lesquels il appartenait à notre époque de faire la lumière, en les replaçant dans leur ordre véritable.
A l'époque de Jésus, la croyance à l'immortalité était affaiblie. Les Juifs étaient divisés au sujet de la vie future. Les sceptiques saducéens augmentaient en nombre et en influence. Jésus vieut. Il ouvre plus larges les Voies qui font communiquer le monde terrestre avec le monde spirituel. Il rapproche les Invisibles des humains
(1) Apoc, XIX, 10.
à tel point qu'ils peuvent correspondre de nouveau. De sa main puissante, il soulève le voile de la mort et, au sein de l'ombre, des visions apparaissent; au milieu du silence, des voix se font entendre; et ces visions et ces voix viennent affirmer à l'homme l'immortalité de sa vie.
Le christianisme primitif a donc ce caractère particulier d'avoir rapproché les deux humanités : terrestre et céleste; il a rendu plus intenses les relations entre le monde visible et le monde i invisible. En effet, dans chaque groupe chrétien, comme actuellement dans chaque groupe spirite, on se livrait à des évocations; on possédait des médiums parlants, inspirés, à effets physiques, comme il est dit au chapitre xii de la
Épîlre de saint Paul aux Corinthiens. Alors, comme aujourd'hui, certains sujets possédaient le don de prophétie, le don de guérir, de chasser les mauvais Esprits (i).
Dans l'épître citée, saint Paul parle aussi du corps spirituel, incorruptible, impondérable :
« L'homme est mis en terre comme un corps ani- « mal et il ressuscitera comme un corps spirituel ; de « même qu'il y a un corps animal, il y a un corps « spirituel. » (I Corinth.^ xv, 44-)
(1) Acles, xxr, 11 ; xxvii, 22-24 ; m, 3-8 ; v, 12-16 ; viii, 7 ; IX, 33, 34; xiv, 8 et suiv. ; xrx, 11, 12, etc.
CHRISTIANISME ET SPIRITISME
C'était un phénomène spirite, Tapparition de Jésus sur la route de Damas, qui avait fait de saint Paul un chrétien (i). Paul n'avait pas connu le Christ et, au moment de cette vision qui décida de sa destinée, il était loin d'être préparé à sa tâche future : « Ne respirant tou- « jours que menaces et carnage, contre les dis- « ciples du Seigneur » et pourvu, contre eux, de lettres d'emprisonnement, il se rendait à Damas pour les persécuter. Ici, l'on n'invoquera pas, comme on pourrait le faire pour les apôtres, un phénomène d'hallucination, provoqué par l'idée constante de leur Maître. D'ailleurs, cette vision ne fut pas isolée : dans tout le cours ultérieur de son existence, Paul resta en rapports constants avec l'invisihle et notamment avec le Christ, dont il recevait les instructions indispensables à sa mission. Lui-même nous apprend qu'il puise ses inspirations dans ses entretiens secrets avec le fils de Marie.
Saint Paul ne fut pas seulement assisté par des Esprits de lumière dont il était l'interprète, le porte-parole (2), des Esprits inférieurs l'obsédaient parfois, et il devait résister à leur influence (3). C'est ainsi que dans tous les milieux,
il) Actes, IX, 1-18.
(2) II Corinth., xii, 2-4.
(3) Ibid., XII, 7-9 ; Éphés., vi, 12.
pour l'éducation de l'homme et le développement de sa raison, la lumière et Pombre, la vérité et Terreur se mêlent. Il en est de même dans le domaine du spiritualisme moderne, où tous les ordres de manifestations se rencontrent, depuis les messages du caractère le plus élevé, jusqu'aux phénomènes grossiers produits par des Esprits arriérés. Mais ceux-là aussi ont leur utilité au point de vue des éléments d'observation et des cas d'identité qu'ils fournissent à la science.
Saint Paul connaissait ces choses. Instruit par l'expérience, il avertissait les prophètes (i), ses frères, de se tenir en garde contre ces embûches. Et il ajoutait comme conséquence : « Les Es- <( prils des prophètes sont soumis aux pro- (( phèies » (I Cor., xiv, 82), c'est-à-dire qu'il ne faut pas accepter aveuglément les instructions des Esprits, mais les soumettre au contrôle de îa raison.
Dans le même sens, saint Jean disait :
« Mes bien-aimés, ne croyez pas à tout Esprit, « mais éprouvez si les Esprits sont de Dieu. » (I Épît.^ IV, 1.)
Les Actes des Apôtres fournissent de nom-
fl) On appelait alors les médiums prophètes.
CHRISTIANISME ET SPIRITISME
breuses indications sur les rapports des disciples de Jésus avec le monde invisible. On y voit comment, en suivant les enseignements des Esprits (i), les apôtres acquirent une plus grande largeur de vues. Ils en vinrent à ne plus faire de distinction entre les viandes, à ouvrir la barrière qui séparait les Juifs des Gentils, à remplacer la circoncision par le baptême (2).
Les communications des chrétiens avec les âmes des défunts étaient chose si fréquente dans les premiers siècles, que des instructions précises circulaient parmi eux sur ce sujet.
Hermas, disciple des apôtres, le même que saint Paul fait saluer de sa part dans son Epîire aux Bomains {xvi^ i4), indique, à son tour, dans son Livre du Pasteur (3), les moyens de distinguer entre les bons et les mauvais Esprits.
(1) Dans la version grecque des Évangiles et des Actes, le mot Esprit est souvent isolé. Saint Jérôme y ajoute celui de Saint, et ce sont les traducteurs français de la Vulgate qui en ont fait le Saint-Esprit. (Voir Bellemare, Spirife et Chrétien, pp. 270 et suiv.)
(2) Actes des Apôtres, x, 10-16, 28, 29, 44-48 ; xvi, 6-10 ; xxi, 4; Ep. Romains, xiY, 14; I Cor., xii et xiv. — Voir aussi note n» 6.
(3) Ce Livre du Pasteur était lu dans les églises, comme le sont actuellement les Évangiles et les Épîtres, jusqu'au cinquième siècle. Saint Clément d'Alexandrie et Origène en parlent avec respect. Il figure dans le plus ancien catalogue des livres canoniques reçus par l'Église romaine et publié par Caïus vers 220.
Dans les lignes suivantes, écrites il y a dixhuit cents ans, on croirait lire la description fidèle des séances d'évocations telles qu'elles se pratiquent de nos jours, dans beaucoup de milieux :
« L'Esprit qui vient de la part de Dieu est paisible « et humble ; il s'éloigne de toute malice et de tout « vain désir de ce monde, et se met au-dessus de « tous les hommes. Il ne répond pas à tous ceux « qui rinlerrogent, ni aux personnes particulières, « car l'Esprit venant de Dieu ne parle pas à l'homme « quand l'homme le veut, mais quand Dieu le per- « met. Donc, lorsqu'un homme qui a un Esprit ve- « nant de Dieu vient dans l'assemblée des fidèles et « que l'on a fait la prière, l'Esprit remplit cet « homme qui parle dans l'assemblée comme Dieu K veut. » (C'est le médium parlant.)
( Au contraire, on reconnaît l'Esprit terrestre, « vain, sans sagesse et sans force, en ce qu'il s'agite, « s'élève et prend la première place. Il est importun, « bavard et ne prophétise pas sans récompense. Un « prophète de Dieu n'agit pas ainsi. »
Les Esprits manifestaient alors leur présence de mille manières, soit en se rendant visibles (i), ou en désagrégeant la matière, comme ils le firent pour libérer Pierre de ses chaînes et l'ex-
(1) Actes, va, 55, 56; m, 10, 12 ; x, 3 ; xvi, 9, etc.
CHRISTIANISME ET SPIRITISME
traire de sa prison (i), soit encore en provoquant des cas de lévitation (2). Ces phénomènes étaient parfois si impressionnants, que des magiciens eux-mêmes en étaient touchés au point de se convertir (3).
Animés de cet esprit de charité, d'abnégation que leur communiquait le Christ, les premiers chrétiens vivaient dans une étroite solidarité. « Ils possédaient tout en commun » et « étaient aimés de tout le peuple » (4).
La révélation des Esprits se poursuivit longtemps après la période apostolique. Durant les deuxième et troisième siècles, les chrétiens s'adressaient directement aux âmes des morts pour décider des points de doctrine.
Saint Grégoire le thaumaturge, évêque de Néo-Césarée, déclare « avoir reçu de Jean <c rÉvangéliste, dans une vision, le symbole de « la foi, prêché par lui à son église » (5).
Origène, ce sage que saint Jérôme considérait comme le grand maître de l'Église après les
{!) Actes, XII, 7-10. Voir aussi v, 19 ; xvi, 26.
(2) Ibid., VIII, 39, 10.
(3) Ibid., VIII, 9-13.
(4) Ibid., II, UA7 ; iv, 32-36.
(5) Abrégé de l'Histoire ecclésiastique, par Tabbé Racine. Saint Grégoire de Nysse, dans sa Vie de saint Grégoire le thaumaturge, rapporte cette vision. Voir Œuvres de saint Grégoire de Nysse, édition de 1638, t. III, pp. 545 et 546.
apôtres, parle souvent, dans ses œuvres, des manifestations des morts.
Dans sa controverse avec Celse, il dit :
(( Je ne doute pas que Celse ne se moque de moi, « mais les railleries ne m'empêcheront pas de dire « que beaucoup de personnes ont embrassé le chris- <( tianisme comme malgré elles, leur cœur ayant été (( tellement changé soudain par quelque Esprit, soit « par une apparition, soit dans un songe, qu'au lieu <( de l'aversion qu'elles avaient pour notre foi, elles « l'ont aimée jusqu'à mourir pour elle. Je prends (( Dieu à témoin de la vérité de ce que je dis ; il sait « que je ne veux pas rendre recommandable la doc- (( trine de Jésus-Christ par des histoires fabuleuses, « mais par la vérité de faits incontestables (i). »
L'empereur Constantin était lui-même doué de facultés médianimiques et subissait l'influence des Esprits. Les principaux événements de sa vie : sa conversion au christianisme, la fondation de Byzance, etc., sont marqués par des interventions occultes. Nous en trouvons la démonstration dans les faits suivants, dont nous empruntons le récit à M. Albert de Broglie, historien froid et sévère, peu enclin au mysticisme (2) :
(1) Origène, édition bénédictine de 1733, t. I, pp. 361 et
(2) Alb. de Broglie, rÉglise el V Empire romain au quatrième siècle, t. I, pp. 214 et suiv.
CHRISTIANISME ET SPIRITISME
« Au moment de porter la main sur Rome, un sen* « liment intérieur pressa Constantin de se recom- « mander à quelque puissance surnaturelle, et d'ap- « peler la protection divine à l'aide des forces hu- « maines. Mais Tembarras était grand pour un Romain « pieux de cet âge..... Il se demanda avec anxiété de « quel Dieu il allait implorer l'assistance. Il tomba « alors dans une méditation rêveuse sur les vicissi- M tudes politiques dont il avait été lui-même témoin. »
Il constate que placer sa confiance dans la multitude des dieux porte malheur, alors que son père Constance, secret adorateur du Dieu unique, avait fini ses jours en paix.
« Constantin se décida à prier le Dieu de son père « de prêter main-forte à son entreprise.
« La réponse à cette prière fut une vision miracu- « leuse qu'il racontait lui-même, bien des années « après, à l'historien Eusèbe, en l'attestant par ser- « ment et avec les détails suivants: Une après-midi, « pendant une marche qu'il faisait à la tête de ses « troupes, il aperçut dans le ciel, au-dessus du soleil « déjà incliné vers l'occident, une croix de lumière « portant cette inscription : 'Ev toûtw vi'xa (triomphez « par ceci). Toute son armée et beaucoup de spec- « tateurs, qui l'environnaient, virent comme lui ce « prodige avec stupéfaction. Il demeura fort en peine « de savoir ce que signifiait cette apparition. La nuit « le trouva encore dans la môme perplexité. Mais, « pendant son sommeil, le Christ lui-même lui ap-
« parut avec la croix qui s'était fait voir dans le ciel « et lui ordonna de faire façonner, sur ce modèle, un « étendard militaire dont il se servirait comme de « protection dans les combats. Au point du jour, « Constantin se leva et fit part de la révélation à ses « confidents. Sur-le-champ, des orfèvres furent ap- « pelés, et l'Empereur leur donna ses instructions « pour que la croix mystérieuse fût reproduite en or « et en pierreries. »
Plus loin, au sujet de l'adoption de Byzance comme capitale de l'Empire, le même auteur relate ceci : Quand les yeux de Constantin s'arrêtèrent sur Byzance, elle ne présentait plus que les débris d'une grande cité. Dans le choix qu'il fit de cette ville, il crut que l'intervention divine ne lui avait pas fait défaut. Par une confidence miraculeuse, ilavaitsu, disait-on, qu'à Rome l'Empire n'était pas en sûreté. Pour ce choix, on parlait aussi d'un songe, etc. Philostorge rapporte que :
*c ...pendant qu'il (Constantin) traçait, une pique à « la main, la nouvelle enceinte de la ville, ceux qui « le suivaient, voyant qu'il avançait toujours de « manière à comprendre un espace immense, lui i( demandèrent respectueusement jusqu'où donc il « comptait aller. — J'irai, répondit-il, jusqu'à ce que « celui qui est devant moi s'arrête (i). »
(1) Philostorge, ii, 9. Voir lÉglise el VEnipire romain au quatrième siècle, par M. Alb. de Broglie, t. II, p. 153.
CHRISTIANISME ET SPIRITISME
Il est probable que Constantin subit, sans le savoir, l'influence des Invisibles pour tout ce qui devait favoriser l'établissement de la nouvelle religion, souvent au détriment du bien de l'État et de ses propres intérêts. Son caractère, sa vie intime n'en furent nullement modifiés. Constantin resta toujours cruel et fourbe, réfractaire à la morale évangélique. Ceci démontre qu'il fut,pour le reste, un instrument entre les mains des hautes Entités, dont la mission était de faire triompher le christianisme.
Sur la question qui nous occupe, le célèbre évêque d'Hippone, saint Augustin, n'est pas moins affîrmatif. Dans ses Confessions (i),il parle de ses efforts infructueux pour renoncer à sa vie de débauche. Un jour qu'il priait Dieu avec ferveur pour qu'il l'éclairât, il entendit subitement une voix lui répéter à différentes reprises ces mots : « Toile et lege, prends et lis. » S'étant assuré que ces paroles ne provenaient pas d'un être vivant, il fut persuadé que c'était un ordre divin lui disant d'ouvrir les saintes Ecritures, et d'y lire le premier passage qui tomberait sous ses regards. Ce furent des conseils de saint Paul sur la pureté des mœurs.
Dans ses lettres, le même auteur mentionne
(1) Confessions, liv.VIII, ch. xii.
des « apparitions de défunts, allant et venant « dans leur demeure accoutumée, — faisant des « prédictions que les événements réalisent » (i).
Son traité De Cura pro moriais parle en ces termes des manifestations des morts :
« Les Esprits des morts peuvent être envoyés aux « vivants; ils peuvent leur dévoiler l'avenir qu'eux- « mêmes ont appris, soit par d'autres Esprits, soit « par les anges, soit par une révélation divine (2). »
Dans sa Cité de Dieu, au sujet du corps lucide, éthéré, aromal, qui est le périsprit des spirites, il parle des opérations théurgiques, qui le rendent propre à communiquer avec les Esprits et les anges et à recevoir des visions.
Saint Clément d'Alexandrie, saint Grégoire de Nysse, dans son Discours catéchétique ^ saint Jérôme lui-même, dans sa controverse fameuse avec Vigilantius le Gaulois, se prononcent dans le même sens.
Saint Thomas d'Aquin, TAnge de l'école, nous dit Tabbé Poussin, professeur au séminaire de Nice, dans son ouvrage : Le Spiritisme devant VEglise (1866), « communiquait avec les habi- « tants de l'autre monde, avec des morts qui lui
(1) Lettre à Éuodius, Ep, CLIX, édition des Bénédictins, t. II, col. 562, et De Cura pro morîuis, t. VI, col. 523.
(2) De Cura pro mortuis, édition bénédictine, t. VI, col. 52
CHRISTIANISME ET SPIRITISME
« apprenaient l'état des âmes auxquelles il s'in- « téressait, avec des saints qui le réconfortaient « et lui ouvraient les trésors de la science di- « vine » (i).
L'Église, par la voix des conciles, crut bon de condamner les pratiques spirites lorsque, de démocratique et populaire qu'elle était à l'origine, elle devint despotique et autoritaire. Seule, elle voulut posséder le privilège des communications occultes et le droit de les interpréter. Tous les laïques convaincus de rapport avec les défunts furent persécutés comme sorciers et brûlés.
Mais ce monopole des relations avec le monde invisible, malgré ses jugements et ses condamnations, malgré les exécutions en masse, l'Eglise n'a jamais pu l'obtenir. Au contraire, à partir de ce moment, les manifestations les plus éclatantes se produisent en dehors d'elle. La source des hautes inspirations, fermée pour les clercs, reste ouverte pour les hérétiques. L'histoire l'atteste. Ce sont les voix de Jeanne d'Arc, ce sont les génies familiers du Tasse et de Jérôme Cardan, les phénomènes macabres du moyen âge produits par des Esprits d'ordre inférieur, les convulsionnaires de Saint-Médard, puis les petits
(i) On lit dans la Somme {l, qu. 89, 8, 2a») : « L'Esprit {anima separala) peut apparaître aux vivants. »
prophètes inspirés des Gévennes, Swedenborg et son école ; mille autres faits encore forment une chaîne ininterrompue, qui, depuis les manifestations de la plus haute antiquité, nous amène au spiritualisme moderne.
Cependant, à une époque récente, au sein de rÉglise , quelques rares penseurs scrutaient encore le problème de l'invisible. Sous le titre : Du Discernement des Esprits, le cardinal Bona, ce Fénelon de l'Italie, consacrait un ouvrage à l'étude des différentes catégories d'Esprits qui peuvent se manifester aux hommes.
« On a sujet de s'étonner, — dit-il, — qu'il se soit « pu trouver des hommes de bon sens qui aient osé « nier tout à fait les apparitions et les communica- « tions des âmes avec les vivants, ou les attribuer à « une imagination trompée ou bien à Tart des dé- « mons, »
Ce cardinal ne prévoyait pas les anathèmes des prêtres catholiques contre le spiritisme (i).
Il faut donc le reconnaître, les dignitaires de PEglise qui, du haut de la chaire, ont fulminé contre les pratiques spirites, se sont égarés. Ils n'ont pas su comprendre que les manifestations des âmes sont une des bases du christianisme,
(1) Voir note complémentaire, n» 6, à la fm du volume.
que le mouvement spirite, à vingt siècles de distance, est la reproduction du mouvement chrétien à son origine. Ils n'ont pas su se rappeler à temps que nier la communication avec les morts ou bien l'attribuer à l'intervention des démons, c'est se mettre en contradiction avec les Pères de TEglise et avec les apôtres euxmêmes. Déjà les prêtres de Jérusalem accusaient Jésus d'agir sous l'influence de Belzébuth. La théorie du démon a fait son temps. Elle n'est plus de mise aujourd'hui.
En réalité, le spiritisme se retrouve dans tous les milieux, non comme une superstition, mais comme une loi fondamentale de la nature.
Les rapports entre les hommes et les Esprits ont toujours existé, avec plus ou moins d'intensité. Par ce moyen, une révélation continue s'est répandue sur le monde. Il coule à travers les temps un grand courant de puissance spirituelle dont le monde invisible est la source. Parfois ce courant se cache dans Tombre ; il se dissimule sous la voûte des temples de l'Inde et de l'Egypte, dans les sanctuaires mystérieux de la Gaule et de la Grèce ; il n'est connu que des sages, des initiés. Mais parfois aussi, aux époques voulues par Dieu, il sort des lieux cachés, il reparaît au grand jour, à la vue de tous; il apporte à l'humanité ces trésors, ces richesses ou-
ALTÉRATION DU CHRISTIANISME
bliées, qui vont Fembellir, Tenrichir, la régénérer.
C'est ainsi que les vérités supérieures se révèlent à travers les siècles, pour faciliter, stimuler l'évolution des êtres. Elles se manifestent par l'intervention au milieu de nous, à l'aide de médiums puissants, des Esprits de génie qui ont vécu sur terre, qui y ont souffert pour le Bien et la Justice. Ces Esprits d'élite sont retournés à la vie de Tespace, mais ils n'ont pas cessé de veiller sur l'humanité et de communiquer avec elle.
; A certaines heures de l'histoire, un souffle d'en haut passe sur le monde ; les brumes qui enveloppent la pensée humaine se dissipent ; le& superstitions, les doutes, les chimères s'évanouissent ; les grandes lois de la destinée se révèlent, la vérité apparaît !
Heureux alors ceux qui savent la reconnaître et l'accueillir !