CUR. COLOMB
278 NOUVELLE AMélllC\INE.
prière innocente , faite avec amour , est sur la terre ce qui semble donner le mieux l'idée de la paix des anges.
Telle était Marie. Elle entrait dans la vie sans expérience du monde, ignorante du mal, mais elle portail en elle la règle la plus sûre , la droiture d'une âme qui ne pense qu'au bien.
Ses entretiens avec Arthur devenaient de plus en plus confiants. En présence de cette âme pure ♦ l'affection d'Arthur prenait quelque chose de grave et de doux comme elle : il aimait et il admirait. Il sentait que c'était par l'âme surtout qu'il pouvait lui plaire , et il perfectionnait à cause d'elle son cœur et sa raison. La parole du Sage,« Ne vous attachez jamais qu'à des objets dignes , b avait là son application : on devient meilleur par l'union de sentiments avec les gens vertueux. Ainsi , ce n'était pas une passion aveugle ou un goût passager qui unissait les jeunes fiancés , c'était une appréciation mutuelle de leurs bonnes qualités.
Un jour, par une chaleur dont la brise adoucissait l'ardeur, Marie était assise auprès de la maison de sa mère , dans un bosquet dont l'odeur embaumée s'exhalait au loin.
C'était le temps où l'acacia des îles était en fleurs, et où le lilas de nos contrées ouvrait ses mille
NOUVELLB AMÉIUCAINE. '271)
grappes , plus oiloranles sous le ciel des iropiqiies ; des rosiers , dont la Heur passe plus vile que les noires, mais donl la couleur esl plus hrillante, avaient élé plaulL's pour Marie le jour m»ju)e de sa naissance , el avaieul jusque-là grandi coniuie elle, (le hosquei , composé de (leurs douces el odoril'éranles , élail nommé le bosquet de Marie. Vu érable rouge s'élevait au fond pour dominer les piaules plus faibles , el derrière, un magiiilique caialpa élendaii l'ombre de ses larges feuilles, comme pour proléger le bosquet de la jeune (ille.
Marie élail là , aliendanl riieure où M. de Taverny venait ordinairement à Balive, et elle roulait dans son esprit des pensées pleines d'espérance. Sa vieille négresse , assise un peu plus loin sur une nalle , effeuillait de l'oranger qu'elle devait conOre.
« Mon Dieu! disait Marie, <|u'ai-j(î fait pour lanl de joie"' Vous m'avez donné la meilleure des mères; vous avez veillé sur les jours de mon enfance ; elle s'est passée si douce , que je n'ai jamais versé de pleurs. J'ai vu aulour de moi Ions les cœurs ouveris à l'affeclion; aujourd'hui, mon Dieu! vous me failes rencontrer un époux selon votre cœur, qui me promet , pour lonle la durée de mon existence , le bonheur (jui a entouré mes jeunes Jtnnees. J'ai entendu dire que la vie esl une épreuve , el «jue tous les hommes doivenl boire, à leur tour. ;• la coupe d'ameriume...O mon Dieu! la coupe esi pour moi délicieuse; ô mon Dieu! conserve/.-moi ma mère el mon Ailbui! Aucun malheur peut-il me frapper près d'eux! * Telles étaient les pensées de Marie.
280 NOUVELLE AMÉHICaINE.
A ce njomeni , la vieille négresse poussa un cri. Un serpent , comme il s'en trouve trop souvent en Amérique, montrait sa léîe horrible à travers les arbres qui louchaient la robe de Marie. Arthur arrivait ; il accourt plein d'effroi au cri qu'il entend. Marie s'était levée pour courir hors du bosquet, et l'affreux anima! la suivait de toute la rapidité de sa marche ondoyante... Arthur a vu le danger; il s'élance , et d'un coup de sa canne rompt en deux le reptile. Un second coup , assené sur la léie plaie du serpent , l'achève , et Pou n'a plus rien à craindre du tronçon qui se débat en roulant sur la poussière. Marie , que la vue de ce combat avoit remplie de frayeur , est ramenée , toute tremblante encore , soulenue par son llancé. Madame Fanchet ne sait comment témoigner sa leconnaissance; et Arthur ne peut que dire, en prenant la main émue de la jeune fille : « Marie! c'est un heureux pronostic; ainsi votre époux sera toujours là pour .vous défendre et vous protéger. » Mais Marie resta quelque temps pensive. « Hélas! se dit-elle , le péril est proche au moment où il est le moins prévu ! ^