‹ Christophe ColombChapitre 8 sur 11 · CHR. COLOMB · texte numérisé non relu

CHR. COLOMB

SiS6 NOUVELLE AMÉRICAINE.

— Maîtres , nous sommes pas bien; je ne sais ce que nous deviendrons si le bon Giu n'y met pas ordre. Dans toutes les plantations, nous voyons venir des marchands d'Europe qui colportent dans les cases du fil , des rubans , des images ; mais ce n'est qu'un prétexte pour parler. Ils disent que tout le monde doit être libre , que les hommes sont égaux, qu'il n'y a pas de maîtres et d'esclaves. Ce matin , j'ai vu Michel à la léte d'un groupe de noirs , qui écoulait attentivement un de ces beaux parleurs. Vous , ma vieille maîtresse, et vous, mon jeune mouché {\) , vous auriez su ce que H [2) disait..., moi pas comprendre; mais tous les noirs laper des mains; et crier : « Oui I oui! ce ça , liberté ! liberté! nous libres! Blanc ce nègre, et nègre ce blanc ; nous tous prendre la place des blancs. »

— Dieul Yoca, dit madame Fanchet , as-tu bien entendu ?

— Que peuvent-ils faire, ma mère? dit Arthur; ils n'ont pas de plan, de chef: il sera facile de les contenir.

— Mon jeune mouché ^ croyé pas ça; je suis encore toute tremblante de ce que j'ai vu hier soir à la nuit. J'étais cachée derrière un cafeyer sur le petit morne (3). Je les ai vus qui dansaient en rond , en faisant mille gambades , et qui chantaient à mi-voix :

(1) Jeune monsieur.

(2j Li, lui.

(3) Mornes, nionlagnes à pente douce propres à la culture du crifé.

Touyé M) les blancs!

Touyé, hrm,

La r(3 va riche à nous ,

A nous piiivres nègres !

Eux prendre pauvres noirs

Pour des chiens et des esclaves :

Eux à présent voir nous.'

Nous prendre la revanche !

Nous lil)res, libres comme au Congo!

Nous touyé tous les blancs ,

El nous danser sur leurs corps moris !

El bien d'autres choses, mes chers maîtres, que je peux pas vous dire. Il vous faut moi garder le secret. Ab I moi bien chagrine. Marie ! chère à moi ! loi partir, partir bien vile !

— Qu'csl-ce que cela signilie? » s'écria encore M. de Taverny. En mèuie temps, il mil la tète à la fenêtre , cl vit au loin une lueur rougeàtre. C'était l'incendie de I habitation de Noé.

M. de Taverny recommanda aux deux dames de ne pas quitter l'intérieur de leurs appartements, et leur promit do revenir promptemenl. 11 allait au Gap pour apprendre des nouvelles plus sûres.

1/assemblée était réunie en séance extraordinaire chez le gouverneur, quand M. de Taverny y arriva.

(4) Tuer. Les nègres raetlent tout en chansons , tantôt sur dis rimes, tantôt sans rimes, toujours sur une soit(>de ihylhme qui n'est pas fort régulier , mais qui , dans leur langago imparfait, .Vaccommode a lairqu'ds imitent ou qu'ils inventent.

Le plus grand liimulle y régnait : « Je l'avais bien prévu, s'écriait un membre ; il y a dix-huit mois que j'avais prédit que les noirs se soulèveraient.

— Eh ! monsieur, qu'importe ce qu'on a prévu, dit le gouverneur ; depuis trois mois le temps se perd en paroles. Nos rapports sont affreux. Les noirs ont gardé le secret le plus absolu, ce qui prouve qu'ils agissent de concert : ils sont excités depuis un an par les agents secrets qui leur sont envoyés de France... et par nous-mêmes qui ne nous entendons sur rien. Mais si une fois la licence leur est donnée, nous devons nous attendre aux horreurs les plus révoltâmes. Savezvous à quel étendard ils se sont raillés cette nuit?... Messieurs, c'est au corps d'un enfant porté sur une pique! Ils se sont jetés sur la plantation Noé, et l'ont incendiée; Flavilleet Clément sont en ce moment la proie des flammes; ils ont massacré M. Clément et son rafïineur. »

Un membre de l'assemblée se leva: a Monsieur, cria-t-il , il n'y a qu'un moyen de réprimer la révolle: j'offre la léle de tous mes noirs ; qu'on en fasse un cordon sur la route. Ce châtiment effraiera les autres; ils sauront quel sorties attend. >;

Une rumeur s'éleva : « C'est affreux I c'est abominable! Qui peut entendre une pareille horreur? C'est notre faute si les noirs se révoilent ; c'est la sévérité des maîtres qui a tout perdu.

— Non, c'est qu'on n'a pas encore été assez sévère.

— Mais encore, que faire?

— Eh! messieurs, s'écria vivement M. de Taverny, qui se mêla à la discussion , il faut armer, établir des

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camps dans les plaints, envoyer des posics dans les foris, et. surveiller de si prc'ts les démarches des noirs, qu'ils ne puissent remuer sans que. nous le voyions.

— Et des soldais ?

— Vous avez la milice , (|ui esl de trois mille hommes; les hommes de couleur nous offrent leur concours ; il faut raccepier.

— El s'ils nous irahissonl ?

— Ils ne nous trahiront pas. Le peuple <lu Cap veut les massacrer , parce qu'il les accuse de complicilé avec les nègres; c'est potir cela qu'ils s'offrent à notis.

— Eh bien! que tout colon se dévoue! (|uc tout homme devienne soldat ! Les noirs ne sont pas armés , mais ils sont quaianle contre un ; ils connaissent toutes nos tiiaisons , ils sont au milieu de nous; leurs armes sont riucendie vl le tiiassacre. w

Arthur eut un cotiimaïuîemenl du colé de l'ouest , cl revint dire à Halive qu'un peu de vigueur allai! tout prévenir.

Mais il u) avait pas d'accord entre les blancs; on n'agissait (jue partiellement.

M. de Touzard , Atnéricaiu , prit un coniniaiiilement , et (il un grand carnuge à l'habilalioii de M. de Lalotir , où près de quatre mille noirs s'étaieni

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